UNE VASTE PROTESTA EN PERSPECTIVE

    Lila Tam   La rentrée sociale s’annonce explosive. La riposte à la décision de mettre fin à la retraite anticipée sans conditions d’âge a été bien préparée pendant les mois de juillet et août. Dés l’annonce de la mesure lors de la tripartite de juin dernier, les syndicats autonomes et les travailleurs de différents secteurs sont montés au créneau pour afficher leur mécontentement. Ce qui augure d’une rentrée sociale houleuse sur fond de crise économique. Les syndicats autonomes ne comptent,d’ailleurs, pas baisser les bras. Ils ont projeté pour ce mois de septembre un vaste mouvement de protestation. C’est à l’issue d’une rencontre organisée fin juillet dernier que les représentants de 16 syndicats dont ceux de l’éducation, de la santé, des affaires religieuses, de l’administration publique et de l’énergie ont annoncé la couleur quant aux actions prévues dans ce cadre. Ainsi, il a été décidé de se référer à l’arbitrage du président de la République pour statuer rapidement sur la question. Aussi, une demande d’audience a été adressée au Premier ministre pour demander des éclairages sur ce dossier. Il y a lieu de rappeler, en effet, que l’abrogation par le gouvernement de l’ordonnance 97-13 du 31 mai 1997 régissant le départ à la retraite sans condition d’âge a été très mal accueillie. Les travailleurs de la société nationale des véhicules industriels ont été les premiers à dénoncer une telle mesure en organisant des rassemblements au niveau de la zone industrielle de Rouiba. Un mouvement suivi par la suite par les travailleurs de Sonatrach dans les installations du sud du pays, à Hassi Messaoud et Hassi R’mel, notamment où les réunions se sont multipliées pour débattre de cette question brûlantes. Les employés de Sonatrach ont même boycotté la restauration dans les bases de vie et dans les usines. Une manière pour ces derniers de protester contre la décision du gouvernement. D’autres actions similaires sont prévues dans les semaines à venir. Et ce en attendant que les détails sur la nouvelle loi régissant les retraites soient communiqués. L’attention est surtout focalisée sur les métiers à risques. C’est-à-dire les catégories qui ouvrent droit à la retraite avant 60 ans. Or, à ce sujet, les choses ne sont pas encore claires, du moins, selon les déclarations des représentants de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA). La commission installée pour trancher sur ce dossier peine à avancer dans l’élaboration de la liste des métiers pénibles, selon une source proche du dossier. Et pour cause, dans chaque secteur, les voix s’élèvent pour dire que les métiers sont à risque alors qu’aucune définition de la pénibilité du travail n’existe. Du côté des enseignants, des médecins, des travailleurs des mines et des pétroliers, l’on affirme que le travail présente de grands risques sur la santé. Il reste à savoir si la commission prendra en considération ces affirmations. C’est dire la délicatesse du dossier. Ce qu’a, d’ailleurs, avancé récemment Abdelmadjid Sidi Saïd indiquant que «la question est très sensible et délicate». Il faut rappeler que la Centrale syndicale mise dans la sélection des métiers sur trois critères à savoir les heures supplémentaires, l’exposition à des maladies et les conditions climatiques. Une fois la définition «du taux de pénibilité» de chaque métier arrêtée, l’étape suivante sera consacrée à la mise en œuvre d’un système de points pour fixer le taux d’abattement des années de travail pour chaque métier. A partir de là, les choses seront plus claires. Mais il risque d’y avoir, aussi, des contestations. Le travail peut même prendre beaucoup plus de temps que prévu connaissant les difficultés que rencontre déjà la première phase. A titre de rappel, l’avant-projet de loi «rétablissant l’obligation d’un âge minimal» de retraite à 60 ans pour les hommes et 55 pour les femmes prévoit des départs anticipés pour les travailleurs «en poste de haute pénibilité», et différés de cinq ans sous conditions pour certaines catégories à haute expertise ou déficitaires. Il a été adopté, le 26 juillet dernier, par le Conseil des ministres et l’entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2017. Pour le gouvernement tout comme l’UGTA, le maintien de la retraite sans limite d’âge est devenu un risque pour l’équilibre financier de la Caisse nationale de retraite (CNR). L.T.  

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