Un rideau de fer numérique s’est abattu sur le monde

Par Hakim Soufi
P-DG de la CIAR
 
Depuis quelques années maintenant, nous assistons à une des plus profondes mutations technologiques que le monde et l’humanité aient jamais connues.
En effet, le bond technologique que nous avons connu et sans commune mesure avec ce qui prévalait ne serait-ce que dans les années 90.
Ainsi, nous avons vu l’émergence de deux entités extrêmement puissantes, capables de mobiliser des moyens financiers autrement plus importants que ce que peuvent déployer les Etats eux-mêmes.
Ces deux entités sont plus connus par les acronymes que sont GAFAM et BATX, respectivement Google, Apple, Facebook, Amazon et MicroSoft et de l’autre côté Baidu, AliBaba, Tencent & Xiaomi. Deux entités qui représentent respectivement,
Pour les GAFAM :
  • plus de 3.200 milliards de dollars de capitalisation boursière laquelle représente environ le PIB de l’Allemagne avec des chiffres tout simplement stratosphériques comme suit :
  • 680.000 salariés à travers le monde
  • plus de 80 milliards de dollars de trésorerie dans leurs caisses, soit plus que le PIB de la Suède
  • 102 milliards de dollars de bénéfices nets sur le dernier exercice
Pour les BATX :
  • Plus de 670 milliards de dollars de capitalisation boursière,
  • 143.000 salariés
  • 52 milliards de dollars de chiffres d’affaires principalement en Chine
  • 40 milliards de dollars de bénéfice nets en 2017
A la lecture de ces chiffres, nous comprenons très vite comment la technologie est une des solutions de sortie de crise ; qu’elle peut générer des effets d’entraînements ; qu’elle peut amener de l’emploi par l’entreprenariat avec tout son lot de recettes fiscales, parafiscales, et tant d’autres choses encore.
Passons à un autre volet, juste pour comprendre l’impact des technologies sur l’humanité toute entière. En effet, quand on visualise l’accélération d’adoption des outils technologiques durant l’Histoire, on voit que tout s’accélère à une vitesse vertigineuse, oui, tout s’accélère !
En effet, pour atteindre 50 millions d’utilisateurs, il a fallu 75 ans au téléphonepour s’imposer, 38 ans à la radio, 13 ans à la télévision, 4 ans à l’Internet, 3 ans et demi à Facebook, 6 mois à Instagram, 19 jours à une application comme Pokémon Go.
Alors que le président d’Intel affirmait, en 1992, que « l’idée même d’un appareil de communication sans fil dans chaque poche était une illusion », 25 ans plus tard le smartphoneétait dans la poche de milliards d’individus. Un microprocesseur contenait 2 300 transistors en 1971, celui d’un iPhone en possède aujourd’hui 3,3 milliards et la dernière puce d’IBM en compte 30 milliards.
Ainsi, pour en revenir au cœur de notre sujet, deux immenses « entités » technologiques sont en train de prendre le pas sur toutes les institutions mondiales non en s’y opposant mais au contraire, en en prenant le contrôle puisque ces mêmes institutions les utilisent pour vivre ou pourrais je dire pour survivre dans ce monde où la vitesse fait force de loi.
Ces deux « entités » se basent, d’une part sur la nécessité de se connecter à la connaissance et pour cela on notera qu’il y’a 04 milliards de personnes qui sont connectés à internet et 5,1 milliards d’habitants sur la planète ont un mobile.
D’autre part, ces deux « entités » se disputent 7 secteurs clefs à savoir les télécoms et l’IT, la santé, la distribution, les énergies, les médias et le divertissement, la finance et enfin le voyage et les loisirs autant dire tous les aspects de la vie d’un individu.
La seule différence qui les séparent est que les GAFAM évoluent dans un système que j’appellerais « ouverts » c’est à dire une évolution dans leur pays et à l’international soutenue en cela par un système libéral qui doit générer des bénéfices et donc aussi des recettes. A l’opposé, nées à la fin des années 90, Baidu, Alibaba et Tencent ont bénéficié d’un marché chinois très dynamique. Leur connaissance des pratiques culturelles chinoises leur a aussi permis de s’immiscer dans les habitudes de consommation et les vies quotidiennes des consommateurs.
Ainsi les BATX développent une ribambelle de services spécifiquement pour l’internaute chinois. Et ça paye. Comme le note le journal « Le Monde »  dans une de ses éditions: “En 2005, aux États-Unis, 70 % des internautes ont plus de 30 ans. En Chine, c’est l’inverse : 70 % ont moins de 30 ans. Les e-mails n’ont jamais été populaires en Chine. Les jeunes Chinois de la génération de l’enfant unique découvrent le Web en discutant sur QQ (un service de messagerie instantanée lancé par Tencent) ou en jouant en réseau dans des cafés Internet.”
Passant la crise internet des années 2000 sans heurts, les BATX ont aussi bénéficié du soutien du gouvernement chinois, alors que des services comme Google, Facebook ou encore eBay se heurtent tous à la censure ou à des bras de fer réglementaire. Ça ne vous rappelle rien ? Moi si. Savez-vous ce que cela veut dire ? cela signifie que notre pays est absolument dans cette phase, celle où l’émergence d’acteurs digitaux forts peut survenir et apporter un souffle nouveau à une économie encore trop dépendante des hydrocarbures et autres industries qui n’ont pas grand avenir ou du moins dont l’avenir est menacée. Beaucoup croient que nous sommes dans une phase de crise. Nous pouvons dire que sou vivons une ère d’opportunités. Il s’agit donc pour notre pays de savoir s’en saisir et de savoir s’en servir pour faire émerger une véritable économie numérique. C’est à notre portée, j’en suis intimement convaincu.
Donc d’un côté, nous avons 05 sociétés américaines qui apportent des services au monde entier et de l’autre nous avons 05 sociétés chinoises qui ont été faites par, pour et dans leur pays la Chine qui leur a offert sur un plateau non seulement plus d’un milliards et demi de clients mais aussi et surtout la capacité de ne pas se heurter à une concurrence qui les aura laminés. Ils leur ont offerts un marché pour se développer et se préparer à l’internationalisation.
La Chine a enfanté un dragon qu’elle a élevé pour faire d’elle un exemple de réussite sur tout le continent asiatique d’abord et le monde ensuite face aux fameux GAFAM qui font, pour grande partie, les Etats-Unis,
Aujourd’hui, d’un côté les BATX se préparent et pour certaines c’est déjà fait à sortir des seules frontières chinoises et asiatiques et s’apprêtent à attaquer tous les marchés mondiaux avec la bénédiction de leur pays qui a d’ores et déjà pignon sur rue en Afrique par exemple. De l’autre les GAFAM sont en train d’enregistrer des records de bénéfices nets et de capitalisation boursière et sont déjà positionnés dans presque tous le semais du monde.
De ce fait, ce nouveau rapport de force me rappelle personnellement celui de la Russie et des Etats Unis après la seconde guerre mondiale. Il y a 72 ans, le 5 mars 1946, Churchill prononça un discours devant les étudiants de Fulton dans le Missouri, au cours duquel le vieux lion, jeune retraité de 72 ans, proclama la célèbre phrase: «De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent». C’était un autre temps, d’autres considérations et d’autres visions stratégiques. Aujourd’hui nous pouvons le dire sans prendre le risque de se tromper, et au vu de l’implication des technologies dans nos vies et donc de l’importance vitale de préserver les intérêts des pays et de leurs entreprises dans tous les secteurs,  « un rideau de fer numérique s’est abattu sur le Monde ». A nous d’y voir les opportunités, de promouvoir ces nouveaux métiers et de tracer dans ce monde de demain les sillons d’un avenir radieux pour notre économie, pour notre peuple et pour, par et à travers notre pays.  

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