RECYCLAGE DES DÉCHETS : L’ALGÉRIE PERD 300 MILLIONS D’EUROS PAR AN

    Klilya B.   L’inexistence d’une industrie du recyclage coûte cher à l’Algérie. Selon le ministre des Ressources en eau et de l’Environnement, M. Abdelkader Ouali, l’Algérie enregistre un manque à gagner de 38 milliards de dinars, ce qui représente l’équivalent de 300 millions d’euros par an. C’est ce que représentait une industrie de recyclage en Algérie. Pour M. Ouali, « en plus de sa contribution à l’amélioration des conditions de vie des citoyens à travers l’élimination des déchets, l’investissement dans le secteur de l’environnement offre la possibilité de recyclage et de récupération de nombreux matériaux actuellement jetés dans la nature, tels que le fer, le plastique, l’aluminium et le papier. Des matériaux jusqu’à présent importés au prix fort ». Autrement dit, les pertes induites par l’inexistence de cette industrie dépasse largement la valeur du marché et implique ces sorties de devises lesquelles auraient pu être évitées. Il est vrai que l’industrie du recyclage demeure en-deçà de ses potentialités. Selon les chiffres avancés par le département de l’environnement, quelques 2 000 microentreprises sont opérationnelles dans plusieurs domaines liés à la protection de l’environnement tels l’entretien des espaces verts et le recyclage des déchets, dont 50 unités dédiées au recyclage.  Cependant, cela reste insuffisant pour porter l’industrie du recyclage à sa pleine capacité. Il est ainsi  fait état de 13,5 millions de tonnes de déchets produits par an dont 60% recyclables. Cependant, seuls 5 ou 6% de ce volume sont recyclés. L’industrie du recyclage représente aussi une opportunité pour le traitement des déchets solides. Il existe aujourd’hui en Algérie 6300 décharges sauvages, sans oublier les centre d’enfouissement techniques dont nul ne tire profit. Bien que le traitement des déchets solides est élevé depuis 2013 au rang de spécialité à part entière enseignée à l’université de Tizi Ouzou, l’inexistence d’une culture du recyclage et du tri des déchets qu’ils soient ménagers, industriels ou hospitaliers fait obstacle à l’émergence d’une véritable industrie en la matière. Pourtant les opportunités existent que ce soit pour la production d’énergie à partir des déchets organiques, ou de matériaux de base comme le plastique, le papier ou la sidérurgie en général. Seules quelques entreprises ont réussi à mettre en place un véritable process dans ce domaine, Tonic ou General emballage et «Madar For Paper» Rouïba pour le papier et le carton, «Recycal» Eucalyptus pour récupérer et recycler des emballages plastiques, d’une capacité de traitement de 60 tonnes/jour,  ou encore Lafarge qui se sert des fours de ses cimenterie pour l’incinération des déchets non recyclables.  Celui-ci a réussi à éliminer  106 tonnes de médicaments périmés recueillis dans 12 wilayas du pays, en coopération avec le ministère chargé de l’Environnement et le Syndicat national algérien des pharmacies et officines (Snapo). Une initiative qui a poussé M. Abdelkader Ouali à instruire le Directeur général de l’Environnement au ministère de réfléchir sur la possibilité d’étendre ce processus d’incinération des déchets non recyclables à toutes les usines de ciment du territoire national et de procéder à une campagne de sensibilisation auprès des pharmaciens et centres de soins pour la collecte des médicaments périmés et leur orientation vers ces entreprises. Une initiative qui semble pourtant n’être qu’une goutte d’eau dans l’océan de déchets dans lequel notre pays se noie chaque jour un peu plus. Des mécanismes et avantages fiscaux ont été mis en place dans le cadre de la loi de finances 2014 pour favoriser l’émergence de cette industrie. Ainsi, les investisseurs dans les métiers du recyclage bénéficient d’une exonération fiscale pendant les deux premières années de leur activité. Selon l’article 32 de la loi de finances 2014, les activités de collecte du papier usagé et de déchets ménagers ainsi que les autres déchets recyclables, sont assimilées à des activités artisanales, soumises au régime de l’impôt forfaitaire unique, au taux de 5%. Les personnes physiques qui investissent dans ces activités artisanales «bénéficient d’exonération d’impôts durant les deux premières années». Ces investisseurs bénéficient également d’une réduction graduelle d’impôts durant les trois années qui suivent la période d’exonération. Au final, les investisseurs dans le domaine du recyclage bénéficient d’une réduction d’impôts de 70%, contre 50% la quatrième année et 25% la cinquième année, selon l’article 32 de la loi de finances 2014. Des avantages qui viennent s’ajouter aux exonérations fiscales dont peut bénéficier un investisseur qui crée son activité dans le cadre de l’un des dispositifs de soutien à l’emploi comme le dispositif Ansej ou Cnac. Qu’est ce qui fait donc obstacle à l’émergence de l’industrie du recyclage? Certains évoquent les difficultés bureaucratiques, auxquelles, disons-le, doivent faire face la majorité des investisseurs. D’autres pointent du doigt des mentalités qui doivent évoluer. K.B.

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