RATIONALISATION DES DÉPENSES ET DEMANDE SOCIALE

    Une réunion Gouvernement-Wali est prévue pour ce mois de septembre 2016. Sera-t-elle une énième réunionite, tout comme les précédentes, sans actions concrètes et où le suivi a fait cruellement défaut, ou débouchera-t-elle, enfin, sur des actions opérationnelles ?   Par Dr Abderrahmane Mebtoul Professeur des Universités, Expert International   La pression démographique, souvent oubliée, sera le principal défi des années à venir avec l’accroissement des besoins sociaux, posant la problématique des liens entre développement et sécurité. La crise liée à la chute du prix des hydrocarbures et ses conséquences sur le budget de l’État, implique la révision des politiques menées, jusqu’à aujourd’hui. L’ère des transferts des budgets de l’État pour pallier aux déficits de gestion est révolue. Or, en dépit des instructions du Président de la République et du Premier-ministre, allant dans le sens d’une rationalisation des dépenses, la gestion tant des Ministères que des collectivités locales demeure empreinte d’une forte tendance à la dépense sans analyser les impacts. L’objectif est une réorganisation institutionnelle devant être sous tendue par le triptyque stratégie/ suivi de la stratégie/exécution.   UNE MENTALITÉ RENTIÈRE   Il s’agit de replacer l’action du gouvernement dans le cadre d’une véritable politique de l’aménagement du territoire en Algérie, structure qui devrait être rattachée au Ministère de l’Intérieur. L’Algérie s’étend sur 2 380 000 km2, dont 2 100 000 km2 d’espace saharien. La densité paraît faible, mais neuf dixièmes de la population sont concentrés sur les terres du nord. L’objectif stratégique à l’horizon 2016/2030 est éviter que plus de 95% de la population vive sur moins de 10% du territoire et avoir une autre vision de l’aménagement pour un espace équilibré et solidaire.  Les collectivités locales,  les 48 wilayas et les 1541 communes doivent avoir d’autres missions que de se limiter à des guichets destinés à la prise en charge de certains services publics de base en s’appuyant essentiellement sur le budget de l’Etat. Car il n’y pas toujours des communes pauvres en Algérie, mais bien une mentalité rentière prévalant au niveau des collectivités locales.  Les rapports élaborés par les services du Ministère de tutelle montrent un bilan négatif en matière de dynamisation de l’économie locale, les impôts étant insuffisamment recouvrés, certains biens étant exploités sans contrepartie et d’autres détournés de leur vocation. Ces rapports précisent que les Walis et les présidents d’APC se sont limités aujourd’hui à des rôles limités, ceux de distribuer le couffin de Ramadhan, et de changer les carrelages des trottoirs et places publiques.  L’anarchie dont témoigne actuellement la croissance et les extensions désordonnées de nos villes, et notamment les plus grandes d’entre elles, ne pourra que s’accentuer, si l’on continue à accepter que les autorités locales demeurent livrées à elles-mêmes pour répondre, sous la contrainte, à la demande sociale en espace à bâtir. Les constructions anarchiques avec le manque d’homogénéisation dans le mode architectural, le taux accéléré d’urbanisation avec des bidonvilles autour des grandes villes, avec le risque de l’extension de nouvelles formes de violence à travers le banditisme et de maux sociaux comme la drogue et la prostitution, des routes, des infrastructures et des ouvrages d’art qui ont coûté à la collectivité nationale plusieurs dizaines de milliards de centimes et qui sont au final inutilisables en cas d’intempéries, des routes éventrées à l’intérieur des villes où la plupart des autorités se complaisent uniquement aux axes principaux visitées par les officiels. Des ordures qui s’amoncellent depuis des mois à travers la majorité des quartiers périphériques , des logements que les citoyens refont surtout les seconds œuvres avec des VRD non finies , des espaces verts qui font place à du béton, la construction d’unités dangereuses et polluantes près des villes, des sites touristiques près des côtes de plusieurs centaines de lits qui déversent à la mer leurs déchets sans compter le manque d’eau pour l’hygiène, témoignent d’actions urgentes à prendre, pour ralentir le rythme de la détérioration de notre environnement. Si la centralisation à outrance, favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité loin des besoins réels des populations, elle produit par contre le blocage de la société. Les expériences historiques montrent clairement que si la centralisation a été nécessaire dans une première phase, elle a, vite, atteint ses limites et ce sont les pays qui ont développé des décentralisations réelles et non des déconcentrations, synchronisant gouvernance centrale et locale, qui ont le mieux réussi leur développement. Le pays le plus décentralisé au monde ce sont les Etats Unis d’Amérique. N’oublions pas les cantons suisses, les Länder allemands ect... Une réorganisation du pouvoir local dont la base est la commune, pour une société plus participative et citoyenne s’impose supposant d’imaginer d’autres modes de gestion des Ministères et de tous les appareils de l’État. C’est dans ce contexte, que les collectivités locales doivent doit apparaître comme un élément fédérateur de toutes les initiatives qui participent à l’amélioration de l’espace territorial, de passer du stade de collectivités locales providences à celui de collectivités locales entreprises et citoyennes responsables de l’aménagement, du développement et du marketing de son territoire. D’une manière plus générale, la mise en place d’une véritable décentralisation impliquant les acteurs locaux, doit avoir pour conséquence un meilleur gouvernement réel ressenti comme tel par la population, l’argument de base résidant dans la proximité géographique.   LA RÉFORME DE L’ÉTAT EN QUESTION   L’on devra impérativement prendre en compte les facteurs sociaux et culturels devant procéder à une réorganisation institutionnelle du sommet à la base se fondant sur un Etat régulateur et non gestionnaire se fondant sur le triptyque  stratégie/ suivi de la stratégie/ exécution. Cette nouvelle organisation ne devant pas être imposée mais se faire progressivement et en concertation avec les populations locales et prenant en compte les spécificités régionales. L’Algérie ayant, selon la constitution,  un régime semi-présidentiel, je préconise la création de grands départements au niveau de la Présidence de la République chargés d’élaborer la stratégie socio-économique en symbiose avec l’organisation gouvernementale  et de grands ministères avec des secrétariats d’État techniques chargé du suivi de la stratégie , le parlement et le Sénat étant chargés de la législation de lois appropriés et du contrôle démocratique. Afin de débureaucratiser tant la société que l’économie, au niveau régional  je propose la création de cinq grands pôles régionaux (Est ; Centre ;  Est ;  Sud-Est et Sud-Ouest), avec un gouverneur chargé non de gérer mais de représenter l’État central assisté de walis managers, évitant de toujours puiser dans l’école nationale d’administration. L’objectif étant de manager et non de bureaucratiser. Connaissez-vous le nom du préfet de Paris, de Bordeaux? Evidemment non, mais tout le monde connait le président du conseil régional et le maire de Paris de Bordeaux et le maire et le gouverneur de New York. L’objectif est une véritable décentralisation et non déconcentration, qui favorisera une société plus participative et citoyenne. Chargée de l’exécution, ce sont les entreprises qui créent la richesse et non l’administration, de la mise en œuvre concrètes de projets à valeur ajoutée. Les structures qui me semblent les plus appropriées pour créer ce dynamisme, ce sont les chambres de commerce régionales (plusieurs wilayas). Les représentants de l’État, jouant le rôle de facilitateur, l’action des chambres de commerce, seul interlocuteur des pouvoirs publics tant au niveau national et régional et lieu de concertation mais surtout d’impulsion pour la concrétisation de projets, serait quadruple : - premièrement, dynamiser les infrastructures de base et préparer des sites confiés à des agences de promotions immobilières publiques et privées; -deuxièmement, mettre à la disposition des sociétés une main-d’œuvre qualifiée grâce à un système de formation performant et évolutif allant des ingénieurs, aux gestionnaires, aux techniciens spécialisés et ce, grâce aux pôles universitaires et des centres de recherche, évitant ce mythe d’une université par wilayas. A titre d’exemple, la chambre de commerce offrirait un poste pour 10 candidats en formation, les 90 % non retenus ne constituant pas une perte pour la région. L’apprentissage en dynamique est un capital humain pour de futures sociétés qui s’installeraient dans la région, une société installée payant des impôts qui couvriront largement les avances en capital de la formation avancée. Cette formation devra être adaptée pour tenir compte de la norme qualité standard, le label qualité étant exigé pour tout exportateur en direction de l’Europe, de l’Amérique, de l’Afrique ou de l’Asie. Ainsi, nous assisterions à une symbiose entre l’université et les entreprises. Car les sociétés ont besoin de l’accès aux chercheurs, aux laboratoires pour les tests d’expérimentation et l’université a besoin des sociétés comme support financier et surtout pour améliorer la recherche. Les étudiants vivent ainsi la dialectique entre la théorie et la pratique ; - la troisième action est de favoriser des entreprises souples reposant sur la mobilité et les initiatives individuelles. Des tests ont montré que l’initiative personnelle, pour certains produits, permet d’économiser certains équipements (donc d’avoir un amortissement moindre dans la structure des coûts) et de faire passer le processus de 7 minutes soit 420 secondes à 45 secondes soit une économie de temps de plus de 90 % améliorant la productivité du travail de l’équipe. Ce qu’on qualifie d’équipes auto- dirigées ;   - la quatrième action, est d’intensifier les courants d’échange à travers différentes expériences entre les régions du pays et l’extérieur et l’élaboration de tableaux de prospectifs régionaux, horizon 2016/2020/2030. La mise à la disposition des futurs investisseurs de toutes les commodités nécessaires ainsi que des prestations de services divers (réseau commercial, loisirs) est fondamentale. Cette symbiose entre ces différentes structures et certains segments de la société civile doit aboutir à un tableau de bord d’orientation des futures activités de la région, afin de faciliter la venue des investisseurs.   REFONTE DES FINANCES LOCALES   Ces actions synchronisées doivent avoir pour objectif de rapprocher l’État du citoyen pour satisfaire la demande sociale en croissance avec la pression démographique. Cela signifie qu’il existe une solution locale aux problèmes locaux et que celle-ci est nécessairement meilleure qu’une solution nationale généralisée. Outre la refonte du statut de l’administration tant centrale que locale, il va sans dire que les prérogatives nouvelles qui en découleront pour l’autorité locale ne pourront s’exercer que si elles sont accompagnées par une réforme des finances locales, devant imaginer un système de péréquation entre les APC riches et les APC les plus pauvres. Dans le même temps, l’État doit sauvegarder ses missions fondamentales de garant de tout ce qui constitue les intérêts de la communauté nationale (cohésion et justice sociale, sauvegarde du patrimoine public, égalité des chances pour l’épanouissement de tous les citoyens…). En effet, l’autonomie de la gestion locale ne peut s’exercer que dans le respect des politiques et stratégies que met en œuvre l’État, tant pour régler et orienter le développement économique et social du pays, que pour aider et organiser le développement équitable et la bonne gestion de toutes les composantes de l’espace national. . Tirons les leçons de toutes ces tensions sociales qui se manifestent à travers la majorité des wilayas (voir les derniers rapports-2016- alarmants de la gendarmerie nationale et de la DGSN). Il existe un lien dialectique entre sécurité et développement, entendu développement multidimensionnel, à ne pas circonscrire uniquement à l’économique. S’attacher à une vision bureaucratique matérielle du passé serait une grave erreur politique.   EN FINIR AVEC LA RENTE   En résumé, la pleine réussite de ce processus complexe éminemment politique implique de poser le rôle de l’État et son articulation avec le marché dans la future stratégie socio- économique ce qui renvoie au mode de gouvernance tant local qu’international. L’ensemble des actions citées précédemment implique une vision stratégique, d’où l’importance d’un organe de planification stratégique sous l’autorité du Président de la République ou du Premier-ministre et non seulement une série d’actions conjoncturelles, d’une réorganisation tant territoriale que gouvernementale autour de grands pôles régionaux et de grands ministères, notamment l’économie, l’éducation et la recherche scientifique. D’où l’urgence d’une révision de l’actuelle politique socio-économique qui doit être fondée sur la bonne gouvernance, l’économie de la connaissance et des entrepreneurs créateurs de richesses et non de rentiers, un Etat de Droit, devant favoriser une société participative et citoyenne passant par la restructuration du système partisan ainsi que la société civile comme puissant réseau de mobilisation afin d’éviter l’affrontement direct citoyens/forces de sécurité. Espérons la fin des discours démagogiques, pour rétablir la confiance État-citoyens et reconnaissons une prise de conscience de la part du gouvernement, face à la chute drastique du cours des hydrocarbures, en espérant ne pas renouveler l’expérience malheureuse de la crise de 1986, ce qu’aucun patriote ne souhaite. Face aux tensions budgétaires 2016/2020, la prochaine rencontre Gouvernement /Walis, débouchera t- elle sur des actions opérationnelles? Permettra-t-elle de concilier deux facteurs apparemment contradictoires, la rationalisation des dépenses et l’optimalisation de la demande sociale afin d’aboutir à de véritables technopôles régionaux ? Or, en dépit des instructions du Président de la République et du Premier-ministre, allant dans le sens d’une rationalisation des dépenses, la gestion tant des ministères que des collectivités locales demeure empreinte d’une forte tendance à la dépense peu corrélée aux impacts. A.M. Email : ademmebtoul @gmail.com   Références Ouvrage du professeur Abderrahmane Mebtoul - Economie de marché, bonne gouvernance et Etat de Droit en arabe-anglais-français Edition Dar Gharb 2002(140 pages chaque volume) ou a été mis en relief les rôles respectifs de l’Etat et du marché Ouvrage collectif sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul « enjeux et défis de l’Algérie 2004/2009 face aux enjeux de la mondialisation » - Casbah Editions Alger mai 2004, 2 tomes 500 pages avec les universitaires et praticiens de l’économie Voir Dynamisation régionale et pôles d’excellence (l’expérience de Greenville USA - contribution du Pr Abderrahmane Mebtoul 29/11/2007(www.google.com) , écrit suite à une tournée aux USA notamment à New York- Virginie, Washington et en Caroline du Sud    

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