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Quand Ouyahia parle de  la quasi-faillite de l’Etat !

    « Il n’y a plus d’argent ». Le mot est lâché. Après moult tergiversations et après s’être soigneusement renié au lendemain de sa fameuse déclaration à propos de l’impossibilité de payer les salaires de novembre des fonctionnaires, le Premier-ministre passe aux aveux. Jeudi, il annonce avec aplomb face aux députés qu’au 31 août dernier les caisses de l’Etat ne comptaient plus que 50 milliards de dinars.  C’est la bérézina dans la mesure où l’Etat a besoin de 200 milliards de dinars par mois pour fonctionner. « Des cantines scolaires ont fermé. Il n’y a plus d’argent », a-t-il été forcé de reconnaître.  Il aura fallu l’apport des recouvrements fiscaux du mois de septembre qui ont renfloué le Trésor public à hauteur de 360 milliards de dinars. Cela suffira-t-il pour autant ? Ouyahia pense qu’il faudra trouver de nouvelles ressources. L’aveu, loin d’être désintéressé, n’était au final qu’un préambule  à l’argumentaire que le Premier ministre a développé en faveur du recours aux financements non conventionnels plus familièrement appelés planche à billet.
 Des propositions illusoires
Le chef de l’Exécutif commencera d’abord par écarter toutes les solutions alternatives en matière de financement. Que ce soit le recours aux fonds de l’informel, le recouvrement des créances que les banques publiques détiennent sur les opérateurs privés, ou le recouvrement des dettes fiscales, Ouyahia pense que toutes les propositions présentées à ce propos sont illusoires. C’est ainsi qu’il explique que les fonds de l’informel ne représentent que 1.700  milliards de dinars, soit moins de 17 milliards de dollars, manne que le chef de l’Exécutif considère comme insuffisante pour régler les problèmes du Trésor. Au chapitre des recouvrements des dettes fiscales, que la Cour des comptes a estimé à 12.000 milliards de dinars, Ouyahia rappelle que plus de 7.000 miliards de dinars sont le fruit d’amendes judiciaires dans le cadre de la dissolution des EPE, et qui tombent sous le coup de l’extinction vu que la dernière opération en la matière date de 1989. Il ne parlera pas des amendes dûes dans le cadre de l’affaire de la BCIA. Par contre il mettra en doute les compétences  de la Cour des comptes et de ses magistrats qui auraient fait selon lui une erreur. Bref, le Premier ministre estime le montant des dettes fiscales à 2.500 milliards de dinars que le Trésor ne pourra pas récupérer tant qu’elles feront l’objet de dossier de contentieux au niveau de l’administration fiscale ou des tribunaux administratifs. Enfin et pour ce qui est des créances compromises au niveau des banques, Ouyahia estime que celles-ci ne représentent que 11 % des 8.467 milliards de dinars de crédits accordés par les banques au 12 septembre. Ces créances compromises ne représentent donc que 800 milliards de dinars. Ouyahia évitera cependant d’évoquer les montants des garanties versés aux banques par les  fonds de garantie aux crédits (Fgar et CGPME)  pour la couverture de certaines de ces créances.
Des arguments noyés sous une montagne de chiffres
Et c’est dans le plus pur style Ouyahia que celui-ci a fait défiler les chiffres pour justifier le recours à la planche à billet. En grand démagogue, il défend la comparaison de la situation de l’Algérie avec de grandes économies occidentales. C’est ainsi qu’il explique que l’Algérie bénéficie d’une belle marge de manœuvre dans la mesure où la masse monétaire globale en circulation soit 14.500 milliards de dinars, reste très en deçà des réserves de change, Or compris. Mais si l’on se penche sur ces chiffres on se rend compte que l’équivalent en dollars de la masse monétaire en circulation  libellée en dinars est de 130 milliards de dollars soit 127 % des réserves de changes estimée à 102 milliards de dollars en septembre. Qu’à cela ne tienne, le Premier ministre insiste. D’autres pays supportent des taux bien plus importants comme le Maroc avec ratio de 630 % et la Turquie le ratio de 379 %. Il recourt aussi à l’argument politique estimant que la planche à billet inquiète les ennemis du régime. Il s’explique aussi sur les délais fixés pour le recours à la planche à billet à 5 ans. Il considère que cela n’est pas le fruit d’un calcul politique dans la perspective des présidentielle de 2019, pour lesquelles, le gouvernement voudraient s’assurer de ressources financières, mais que ce délai représente le temps qu’il faudra pour implémenter les réformes. Le chef de l’Exécutif explique ainsi qu’un décret présidentiel instituera un organe indépendant chargé du suivi de la mise en œuvre du programme du gouvernement de la mise en place des réformes. Et d’ajouter que les financements de la Banque d’Algérie n’induiront pas un partage des dividendes. Il en veut, pour preuve, le fait que le budget de fonctionnement n’augmentera  pas dans le cadre de la loi de finances 2018, et risque même de baisser en 2019. Pour lui, cet argent servira à financer la croissance, des investissements dans le cadre des programmes communaux de développement, des Fonds du Sud et des Hauts-Plateaux,  à honorer les créances détenues par les entrepreneurs sur le Trésor public, et à rembourser les dettes de la CNR auprès de la Cnas. Dans une conférence de presse organisée en marge, Ouyahia a estimé que le recours au financement de la Banque d’Algérie ne provoquera pas d’inflation ni « à 3 chiffres ni à 4 chiffres ». Il explique que c’est une solution qui permettra au gouvernement « d’éviter une crise financière étouffante »,  et que le recours à ces financements sera réduit d’année en année grâce à la réduction du déficit et la hausse de la croissance. Il défiera ses détracteurs en déclarant que « le gouvernement est là et les experts sont là. D’ici trois ou six mois, on verra si cette solution est bonne ou pas ». Un point sur lequel tout le monde s’accorde : seul le temps démontera la pertinence ou pas de la démarche du gouvernement.  

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