QUALITÉ DE L’ESSENCE : LA POLÉMIQUE S’INSTALLE

Fodhil Ben M’hamed   Après l’introduction en janvier dernier de la nouvelle tarification des carburants traditionnels (essences et gasoil) dans le cadre de la loi de finances 2016, la polémique ne cesse de prendre de l’ampleur sur la qualité de ces carburant, alors que les spéculations sont allées même jusqu’à dire qu’il s’agit d’essence frelaté, et ce, malgré les garanties du ministère de l’Énergie. A l’origine de cette polémique se trouvent des rumeurs sur la qualité des carburants induites par la hausse des prix. Pour rappel, et selon la nouvelle tarification en vigueur depuis le 1er janvier 2016, le gasoil coûte désormais 18,76 dinars le litre au lieu de 13,70 dinars. L’essence super est à 31,42 dinars le litre au lieu de 23 dinars. L’essence sans plomb vaut 31,02 dinars le litre au lieu de 22,60 dinars. Ce qui veut dire que sur un plein d’essence avec une voiture dotée d’un réservoir de 40 litres, la moyenne, l’automobiliste doit payer 280 dinars de plus pour l’essence et 200 dinars de plus pour le gasoil. Or, la qualité de l’essence distribuée dans certaines stations-services continue de susciter le débat parmi les usagers. Certains se plaignent surtout du fait que le carburant qu’ils utilisent serait plus léger et rapidement combustible. Par conséquent, il brûlerait deux fois plus vite. Ils estiment que la nouvelle tarification est loin de justifier ce fait. Plusieurs autres automobilistes ont déploré des pannes imputées à la mauvaise qualité de ces carburants. Khelifa, salarié d’une société privée implantée à Rouiba, partage ce même constat. Ayant une voiture citadine de petite cylindrée de fabrication chinoise (1.3 litre), il a admis qu’il paye désormais plus de deux fois plus par mois pour le carburant de son automobile depuis janvier dernier. ‘’Les autorités parlent d’une augmentation de 30% maximum, c’est-à-dire un tiers de plus, alors que le plein de ma QQ est devenu presque deux fois plus cher et s’évapore plus vite qu’à la normale’’, a-t-il dénoncé, ajoutant qu’il s’était contraint depuis un certain temps de travailler comme clandestin à la fin de la journée en emportant avec lui des passagers vers la ville de Blida pour tenter d’atténuer les effets de cette hausse sur son budget de petit salarié.   DES NIVEAUX ÉLEVÉS D’OCTANE   Un autre automobiliste possédant une grosse cylindrée allemande dotée d’un moteur diesel (2.0 l) a, quant à lui, dénoncé une qualité bien inférieure du carburant qu’il utilise, assurant ne pas avoir changé de station-service depuis de longues années sauf pour extrême nécessité. Selon ce haut cadre d’une succursale algérienne d’une multinationale, les performances de son véhicule ont été sérieusement affectées par la mauvaise qualité du gasoil distribué au niveau de certaines stations-services l’obligeant à amener son bolide au contrôle trois fois depuis début 2016.   ‘’Je ne dis pas que toutes les stations-services vendent du carburant frelaté ou de mauvaise qualité, mais il y a certaines stations qui sont tellement vétustes que les conditions de stockage se sont nettement détériorées ce qui a négativement impacté la qualité, alors que d’autres distributeurs ajoutent délibérément de l’eau à l’essence pour augmenter leur rentabilité’’, a-t-il admis. En réponse à ces propos, Naftal assure que ses carburants livrés aux stations-services sont contrôlés et analysés. Cette situation qui tend à faire l’unanimité parmi les usagers, pourrait engendrer des situations complexes, selon certains observateurs. De même, les automobilistes ne peuvent s’empêcher de penser à une manœuvre pour doubler indirectement les revenus issus des taxes appliquées depuis janvier, sans risquer, pour autant, de faire face à l’ire et les contestations des automobilistes. Malgré toutes les assurances des autorités, la polémique ne fait qu’enfler. D’autre part, des spécialistes ont relevé la présence d’un taux élevé d’octane dans l’essence proposé à la vente au niveau de plusieurs stations-services. Cet hydrocarbure saturé est la molécule de référence de la réaction de combustion des moteurs à essence. Autrement dit, si ce dernier comporte un taux anormalement élevé d’octane, il brûle plus rapidement, a-t-on expliqué. Si cela e confirme, cela induira certainement un impact sur la consommation nationale de carburants qui risque d’augmenter et annuler ainsi l’effet espéré de la hausse des tarifs, mais aussi sur le niveau des émissions de particules. Chose qui peut affecter la qualité de l’air et par ricochet la santé publique.   LES OFFICIELS DÉMENTENT   Ainsi, et en plus du coût élevé de l’essence et de sa qualité contestée, le consommateur note également que son plein dure beaucoup moins longtemps, laissant planer le doute quant à une possible manipulation par Naftal des composants du carburant en y ajoutant de l’octane pour favoriser sa combustion rapide, chose que la compagnie nationale de commercialisation des produits pétroliers nie catégoriquement. Par ailleurs, c’est le ministre de l’Energie, Salah Khebri, qui ne cesse d’assurer les automobilistes sur la qualité du carburant qu’ils utilisent. ‘’Le carburant distribué n’est pas frelaté et ne fait l’objet d’aucune anomalie. Il répond à toutes les normes techniques comme l’attestent les analyses effectuées en aval et en amont du produit’’, soulignait le ministre, selon lequel, il est normal que la consommation se réduise considérablement avec la nouvelle tarification. Tout en niant les rumeurs qui circulaient dernièrement, selon lesquelles l’essence serait ‘’légère et rapidement combustible’’, le ministre a tenu à expliquer que ‘’ces rumeurs ont été favorisées par un effet psychologique suite à l’augmentation des prix du carburant’’. M. Khebri a aussi soutenu que 500 DA d’essence actuellement ne couvre systématiquement pas le même trajet parcouru comme l’an dernier. F.B.M.

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