Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!

Production cinématographique : Combien coûte un film en Algérie ?

Screenshot from 2016-03-08 00-29-22

Réaliser un film en Algérie relève d’une véritable aventure. Pour la simple raison qu’il n’existe pas d’industrie cinématographique. L’expérience accumulée durant les années 1960 et 1970 a été perdue, faute d’une politique culturelle cohérente et durable. La dissolution, dans les années 1980, des organismes d’État comme l’Office national pour le commerce et l’industrie cinématographique (ONCIC) et le Centre algérien pour l’art et l’industrie cinématographique (CAAIC), à la faveur de choix économiques libéraux mal étudiés, a aggravé la situation. Constat étonnant pour le seul pays arabe et africain à avoir décroché la Palme d’or au Festival de Cannes grâce au long métrage de Mohamed Lakhdar Hamina, « Chroniques des années de braise »(1975).

Par Fayçal Métaoui

Le cinéma algérien a connu un arrêt presque complet durant les années de violence à partir du début 1990. Certains parlent d’«une génération qui manque».

Dans les années 2000, la production cinématographique a repris grâce, notamment, aux budgets consacrés à des manifestations telles que «Alger, Capitale de la culture arabe», le «Festival culturel panafricain» et «Tlemcen, Capitale de la culture islamique». Les producteurs sollicités pour la réalisation de films pouvaient recevoir entre 10 et 70 millions de dinars. «Aujourd’hui, pour produire un long métrage contemporain moyen, il faut au minimum un budget de 150 millions de dinars», explique Belkacem Hadjadj, réalisateur et producteur.

Le coût du matériel technique est assez élevé mais tout dépend de la nature du film (long métrage fiction, documentaire, court métrage…etc.), de la durée et du lieu du tournage. Pour un tournage de quatre semaines d’un long métrage fiction, il faut prévoir entre 6 à 7 millions de dinars pour le matériel et accessoires (image, son et éclairage).

Plus la durée du tournage est longue, plus le coût augmente. Certains réalisateurs réduisent la durée du tournage pour faire des économies. Par exemple, Mohamed Lakhadar Hamina a tourné son film «Crépuscule des ombres» en douze semaines au lieu de dix huit. «Crépuscule des ombres» a finalement coûté presque 6 millions d’euros. Une fois le tournage terminé, commence alors la période de la post-production qui comprend le montage, la post-synchronisation (musique, bruitage… etc.), l’étalonnage, le titrage, le sous-titrage et le format (35 mm, DCP… etc.).

Pour une post-production d’une durée de cinq mois, le budget peut dépasser les 15 millions de dinars. Souvent, les travaux sont exécutés à l’étranger.

Ce qui augmente, parfois, les frais. Les cinéastes regrettent l’inexistence de studios de mixage et de laboratoires d’image en Algérie.

SALAIRES VARIABLES

Les salaires des acteurs diffèrent d’une production cinématographique à l’autre. En règle générale, les « stars » sont payées d’après un pourcentage négocié et calculé à partir du budget global d’un film. Un taux qui peut être fixé à 12 % pour les grosses pointures.

Mais, globalement, le salaire est compris, pour les films tournés en Algérie, entre 3 et 6 millions de dinars. Côté technique, les chefs opérateurs sont payés à la semaine, entre 100.000 à 150.000 dinars, selon l’importance de la production.

La norme européenne pour ce poste est de 2700 euros par semaine. Pour les réalisateurs, les salaires sont variables. La barre admise est de 3 millions de dinars. Parfois, les réalisateurs sont eux même producteurs. Ils calculent alors leurs rémunérations d’après des paramètres variables. En Algérie, il n’existe pas de barème connu pour le scénario. Un scénario de qualité écrit par un scénariste reconnu par les professionnels peut valoir de 1 à 1,5 millions de dinars.

INEXISTENCE D’UN MARCHÉ DU CINÉMA

Belkacem Hadjadj regrette l’inexistence d’un marché du cinéma en Algérie. «Quelque soit le genre ou la qualité des films qu’on fait, nous n’avons pas de salles où les projeter. Il n’y a pas de public. Et puis, les chaînes de télé n’ont aucune obligation d’acheter nos films. En France, par exemple, les chaînes sont tenues par des cahiers de charges qui les obligent à coproduire et à diffuser du cinéma français», dit-il. En Europe, et selon les pays, les télévisions publiques ou privées participent de 20 à 40 % au budget d’un film à travers le mécanisme de la coproduction (l’exemple de Canal+, en France, de la BBC, en Grande Bretagne, et de la Rai, en Italie). «En Algérie, l’ENTV ne participe que faiblement à la production d’un long métrage.

Il faut courir pendant plusieurs mois et appeler des centaines de fois les responsables pour avoir une somme qui peut varier entre 5 et 10 millions de dinars. Vous aurez 10 millions de dinars, si vous avez de la chance ! La somme d’argent qui vous sera versée en tranches et souvent après avoir achevé la réalisation du film», explique Djamila Sahraoui, réalisatrice du film

« Yema », qui a décroché une vingtaine de prix sur la scène internationale. Pour obtenir un financement de l’ex-RTA, les producteurs et cinéastes doivent passer par une commission de lecture de scénarii. Et, il arrive que l’ENTV refuse de soutenir des films importants comme « Zabana ! » de Said Ould Khelifa qui relate l’histoire du premier condamné à mort de la guerre de libération nationale. Le comble est que l’ENTV, qui fonctionne grâce à l’argent public, ne donne aucune explication sur ses choix.

SUBVENTIONS DE L’ÉTAT

Les producteurs et les réalisateurs sollicitent souvent le Fonds de développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique (FDATIC) du ministère de la Culture qui existe depuis 1969. L’État finance le cinéma à travers ce fond d’affectation spéciale. «A sa création, le cinéma s’autofinançait déjà grâce à la billetterie et à l’existence d’organismes tels que l’ONCIC et le CAAIC. Les films étaient normalement distribués dans les salles. En 2000, le FDATIC a été réactivé sur de nouvelles bases avec la mise en place d’une commission de lecture qui décide de l’octroi des subventions de l’État. La commission prend sa décision après avoir lu un scénario qui est pris en charge par un producteur. La commission décide soit d’un financement direct, soit d’un financement, mais sous réserve de réécriture du scénario. Et, il arrive que la celle-ci refuse des scénarii», explique Tahar Boukela, directeur du FDATIC. Le FDATIC ne peut pas accorder plus de 25 millions de dinars de subventions, selon l’importance du projet. La commission prend en compte le fait que le FDATIC finance , également, l’organisation des manifestations cinématographiques nationales, la préservation des archives filmées, l’équipement des salles et la distribution des films. Habituellement, et selon plusieurs cinéastes, le FDATIC n’accorde que 5 à 16 millions de dinars, à peine 10 à 15 % du montant global du budget des longs métrages. D’où l’appel du cinéaste Lamine Merbah, afin d’augmenter la dotation du FDATIC pour améliorer la production cinématographique en Algérie. Une production réduite à cinq ou six films par an, trois fois moins que le Maroc. Karim Moussaoui a attendu sept ans pour réaliser son troisième court métrage, «Jours d’avant», qui a obtenu plusieurs prix en Algérie et à l’étranger. «Il n’y a pas assez de ressources de financement.

Manque flagrant de salles de projection

«J’ai réalisé « Crépuscule des ombres » projeté en avant première à Alger. Mais, après, où mon film va-t-il passer? J’ai envie que les jeunes regardent ce film qui évoque une période de la guerre de libération, mais où?», s’interroge Mohamed Lakhdar Hamina. Lui, comme d’autres, cinéastes se plaignent du manque de salles de cinéma en Algérie. Azzeddine Mihoubi, ministre de la Culture, a révélé que 95 % des salles de cinéma sont fermées en Algérie. En 1962, notre pays possédait 470 salles de cinéma dont une cinquantaine à Oran. Au début des années 1980, le nombre de salle était de 320. Aujourd’hui, à peine une quarantaine de salles existent au niveau national. L’Algérie, contrairement au Maroc, par exemple, n’a toujours pas adopté une politique de construction de multiplex cinématographique. « Et sans salles, il est difficile de distribuer des films. Et sans distribution de film, on ne peut pas parler d’industrie cinématographique », regrette un cinéaste. Il souligne que sans l’existence d’un véritable marché du film, aucun investisseur privé ne mettra un sou pour la production d’un long ou d’un court métrage. «Dans les années 1970, les salles étaient pleines et les recettes importantes. Ces recettes couvraient les dépenses de productions. A cette époque, tous les grands films étaient financés par le public grâce à la fiscalité calculée à partir des recettes d’entrées», rappelle le critique Ahmed Bedjaoui.

F.M

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *