Privatisation des banques publiques : de grands groupes internationaux à la rescousse

Samira Ghrib   La baisse des cours du brut et le déficit en ressources financières qui en découle met les banques de la place au premier plan pour ce qui du financement de la croissance. Or, la baisse des prix du pétrole a induit un fort déclin des dépôts du secteur hydrocarbures au niveau des banques et par ricochet une contraction des ressources bancaires. L’emprunt national pour la croissance économique n’a rien arrangé en aspirant une bonne partie de ces ressources à l’effet d’éponger le déficit du Trésor public . Les banques sont, aujourd’hui, plus que jamais, sommées de trouver de nouvelles ressources, que ce soit par l’élargissement de l’offre d’épargne ou la recherche de nouveaux capitaux. L’ouverture des capitaux des banques publiques semble la solution toute trouvée, pour pallier à la problématique des ressources financières à court terme. Toutefois, si les pouvoirs publics peinent à parler de privatisation des banques publiques en raison de la « charge émotionnelle» que cette option peut provoquer au sein de l’opinion publique, l’ouverture du capital des banques publiques risque fort de se traduire en privatisation. Selon une source proche du dossier, le secteur bancaire devrait fortement bénéficier de l’ouverture du capital de ces institutions via la bourse d’Alger. Mais pas seulement. Notre source évoque, même, la possibilité de recourir au partenariat avec de grands groupes bancaires internationaux, à l’effet de donner un coup de fouet à un système bancaire sclérosé et résolument attaché à des pratiques d’un autre âge. La prise de participation devrait, dans ce sens, atteindre les 60 % dans les capitaux des banques publiques. Les dispositions prévues dans le cadre de du projet de loi de Finances pour 2017 (PLF 2017), semblent revoir certaines dispositions de la Loi sur la Monnaie et le Crédit et de la Loi de Finances 2016, pour préparer le terrain. Ainsi, l’article 94 du PLF 2017 introduit une dérogation au profit du secteur bancaire qui ne sera plus soumis à la règle des 51/49 qui régit actuellement l’investissement étranger. Il stipule que « nonobstant les dispositions de l’article 66 de la loi n° 15-18 du 30 décembre 2015 portant loi de finances pour 2016, les investissements étrangers directs ou en partenariat dans le capital social des banques et des établissements financiers, peuvent être réalisés au-delà du seuil de 49% ».   DÉDIABOLISER LES PRIVATISATIONS   L’exposé des motifs se fera d’ailleurs plus clair en estimant que «l’arrivée d’investisseurs étrangers est de nature à impulser un nouvel élan au processus de modernisation du secteur bancaire et financier, pour le dynamiser davantage et ce, sous l’effet de l’intensification de la concurrence et de l’apport attendu de ces investisseurs en termes d’expertise, d’innovation et de modernisation. Cependant, pour attirer des investisseurs étrangers jouissant d’une solidité financière appréciable, d’une notoriété internationale importante et d’une expertise avérée dans les métiers de la banque et de la finance, il est nécessaire de revoir le niveau de participation autorisé pour cet actionnariat ». La messe est dite. Pour attirer les grandes banques, il devient nécessaire de se passer de la sacro-sainte règle des 51/49. Or, malgré les efforts entrepris pour la modernisation du secteur financier, les banques de la place n’arrivent toujours pas à passer le cap et diversifier leur offre en direction des épargnants potentiels. De source bancaire, on estime cependant que les privatisations devront bénéficier aux banques, et passer par des partenariat avec de grands groupes internationaux qui auront à apporter un véritable savoir-faire, et une stratégie de développement du réseau bancaire, pour outrepasser les expériences du passé, lorsque l’installation de banques étrangères en Algérie ne s’est pas accompagnée par ce saut qualitatif des services bancaires, et encore moins par l’élargissement du réseau d’agences. La refonte du secteur bancaire et financier passe aussi par l’introduction des banques à la Bourse d’Alger. Dans ce sens, le PLF 2017 modifie certaines dispositions de la Loi sur la Monnaie et le Crédit afin de faciliter l’introduction des banques à la Bourse d’Alger. Le projet de loi de Finances ajoute ainsi 3 alinéas à l’article 94 en précisant qu’ « à l’exception des cessions sur la bourse des valeurs mobilières, toute cession d’actions ou titres assimilés d’une banque ou d’un établissement financier doit être autorisée, préalablement, par le Gouverneur de la Banque d’Algérie dans les conditions prévues par un règlement pris par le conseil ». La Banque d’Algérie ne se défait de ses prérogatives en matière de contrôle bancaire, pour autant. Il est, ainsi, précisé que «les cessions d’actions d’une banque ou d’un établissement financier en bourse susceptibles d’entrainer son contrôle et, dans tous les cas, toute opération dont il résulte l’acquisition du dixième, du cinquième, du tiers, de la moitié ou des deux tiers du capital ou des droits de vote, doivent être autorisées préalablement par le Gouverneur de la Banque d’Algérie». Comme il est stipulé que « les actions des banques et des établissements sont nominatives. La Banque d’Algérie peut demander, à tout moment, l’identité des actionnaires des banques et établissements financiers détenant une fraction des droits de vote ». Des réformes motivées selon l’exposé des motifs par la nécessité « d’accroître la contribution de la bourse dans la mobilisation de l’épargne pour le financement de l’économie ». Les rédacteurs du texte font, d’ailleurs, leur mea culpa en avouant que les dispositions de la Loi sur la Monnaie et le Crédit constituent une entrave à l’introduction de toute banque en bourse. Les amendements apportés dans le cadre du PLF 2017, ont pour objectif de mettre fin à des dispositions soumettant les « cessions d’actions ou titres assimilés d’une banque ou d’un établissement financier à l’autorisation préalable du gouverneur de la Banque d’Algérie dans les conditions prévues par un règlement pris par le conseil de la monnaie et du crédit ».   LE CPA EN TÊTE DE LISTE   Il n’en demeure pas moins que l’ouverture du capital des banques ne devra pas être perçue comme une menace pour le secteur bancaire et financier, selon les promoteurs du projet. Evoquant la possibilité d’introduire des banques publiques en bourse, le Gouverneur de la Banque d’Algérie, M. Mohamed Loukal, nous confiait en marge du 15e Forum international de l’énergie tenu fin septembre à Alger, qu’il faut dédiaboliser la question. Il ajoute que, dans le contexte actuel des choses, le marché bancaire et financier a besoin d’être émulé par la concurrence, dans la mesure où les banques sont aujourd’hui tenues de diversifier leur offre d’épargne pour attirer de nouveaux épargnants et consolider leurs ressources. L’introduction des banques en bourse est, en cela, susceptible de leur permettre de trouver de nouvelles ressources sur le marché financier. Une question demeure cependant. Les banques de la place sont-elles pour autant prêtes pour ce processus. Une banque est sur toutes les lèvres et qui serait la plus indiquée pour sauter le pas. Figurant dans la short-liste des 8 entreprises publiques proposées à l’introduction en bourse, le Crédit populaire d’Algérie à le plus d’atouts, nous dit-on, d’autant que le processus de privatisation de la banque publique avait quasiment aboutit avant qu’il ne soit brutalement interrompu en 2007. Les datas rooms avaient été organisés, et six banques internationales avaient soumissionné. Cependant, le retrait de trois grandes banques internationales à savoir l’espagnole Banco de Santander, l’américaine Citibank, et la française Crédit Agricole en raison des prémices de la crise des subprimes avaient alors fait échouer le processus. S.G.  

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