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Planche à billets : particularités algériennes

   
« La monnaie, en soi, ne peut ni être consommée, ni être utilisée directement en tant que bien de production au sein du processus productif. La monnaie, en soi, est donc improductive ; c’est un stock mort qui ne produit rien ».
Murray Newton Rothbard (1926 - 1995).
  Les financiers (banquiers) sont des magiciens ! C’est une réalité et un fait indiscutable. Pourquoi ? Et bien parce que contrairement à ce qu’on nous a toujours appris que l’on pouvait tout acheter sauf du temps, les financiers peuvent vous vendre du temps. Vous pouvez ainsi consommer ce que vous n’aurez que dans l’avenir et ce grâce aux techniques, de plus en plus sophistiquées (de moins en moins maîtrisées) développées par les financiers.
N’est-ce pas magique ? Pour peu que vous réalisiez ce que vous projeter. L’avenir est hélas incertain.
Le gouvernement Algérien, vient de décider d’autoriser la Banque d’Algérie à créer plus de monnaie.
La Banque d’Algérie est désormais autorisée à prêter directement au Trésor Public, pour le financement des déficits publics, le remboursement de la dette publique et l’allocation de ressources au Fonds National d’Investissement.
Concrètement et stricto-sensu, la Banque d’Algérie va recourir à la planche à billets : la création, pure et simple, sans contrepartie économique, de monnaie, provoquant une augmentation de la masse monétaire. Le terme planche à billet, péjoratif pour toutes générations confondues, renferme, au sens large, toute technique non conventionnelle de politique monétaire visant (pour le politiquement correct) la stimulation de l’économie.
Plus subtiles certes, le Q.E. (Quantitative Easing ou assouplissement quantitatif) de la F.E.D. (Fédéral Réserve ou la réserve fédérale Américaine), ou encore, le L.T.R.O. (Long term refinancing operations ou opérations de refinancement à long terme), tel que pratiqué par la BCE (Banque Centrale Européenne) restent des formes de la planche à billet. L’usage du L.T.R.O. et du Q.E. restent incontestablement similaires puisque dans les deux cas l’objectif est le même: soutenir l’économie en injectant de la liquidité et en faisant baisser les taux. Encore des périphrases adoptées pour cacher la nature arbitraire et inflationniste du procédé dit aussi mesure non conventionnelle.
John Law. Un monétariste anglais qui a inventé le billet de banque et la «planche à billets». L’homme qui a inspiré Wolfgang Goethe (Faust), Michaël Boulgakov (Le maître et Marguerite) et des centaines d’autres écrivains, musiciens, artistes et surtout politiciens. Avec toutes les planches à billets lancées aujourd’hui de manière frénétique par la Fédéral Reserve, la Bank of Japan, la Bank of England et la Banque Centrale Européenne (des milliards de milliards d’euros, dollars yens et livres) de fausse monnaie, le temps est à se demander si les gens retiennent quelque chose ou quoi que ce soit de l’histoire.
Alors que la planche à billets n’a jamais autant fonctionné en temps de paix, et que les faits montrent que les économies les plus flexibles, les plus aptes à se restructurer, s’en sortent mieux. Alors qu’aujourd’hui, Keynes (même s’il n’a jamais prouvé ses dires, ou qu’il n’a jamais été obligé de les prouver) sert toujours de justification théorique aux appels à une relance par la création monétaire, qui ne donne pas de résultat. L’idée trouve encore aujourd’hui preneur, en fait elle offre aux politiciens avides de pouvoir, manquant de compétence et d’imagination, un moyen miraculeux, sans aucun effort, de soi-disant relancer l’économie. Des théories scientifiques (pour le moins contestables), font maintenant le lit du populisme, au laxisme budgétaire on rajoute du laxisme monétaire et on veut faire croire que ça irait mieux. Dans une précédente contribution intitulée « Une médication douloureuse pour une croissance réelle », nous avons frontalement soutenu que le déficit pénalisait la croissance, alors qu’un excèdent budgétaire la favorisait, ce n’est pas dogmatique, c’est tout juste les résultats de lectures d’expériences. La politique monétaire ne peut pas tout faire. Les États doivent se prendre en main et avoir le courage de lancer des réformes courageuses afin de réduire leurs déficits.
Dans les fait, on a méthodiquement procédé à l’assèchement des banques pour financer l’endettement public déjà en 2016 par le lancement d’un emprunt obligataire prétendument qualifié d’«emprunt national pour la croissance économique», souscrit essentiellement par des institutionnels notamment des banquiers et des assureurs. Ensuite, abaissé, par deux fois en moins de 15 mois, le taux des réserves obligatoires des banques. Pour à la fin autoriser, en réformant la loi sur la monnaie et le crédit, la création monétaire pure et simple, sans contrepartie aucune : la planche à billet.
Si la capacité d’un État, via sa Banque centrale, à créer massivement de la monnaie ex nihilo est un outil économique puissant qui, rigoureusement contrôlé, peut contribuer à stimuler l’économie, il peut également la fragiliser sérieusement et durablement.
L’abus de la planche est, quant à lui, catégoriquement désastreux. Les expériences d’abord de l’Allemagne (sous la République de Weimar) des années d’après première guerre mondiale est édifiant : création monétaire ouverte, rationnement imposé à la population et enfin stérilisation de la masse monétaire (d’une grande partie du moins) dans des produits financiers dont l’achat était imposé par l’État.
Ensuite, celles, plus récentes, de la Grèce en 1994 où les prix doublaient en moins de 5 jours et du Zimbabwe, lorsqu’en 2008 les prix, doublaient chaque 24 heures. Enfin, des épisodes d’hyperinflations, il y en a eu, en fait, une trentaine. Toutes ont eu lieu au 20ème siècle. La planche à billets, sous toutes ses formes, pratiquée, avec un soin insoupçonnable, aussi bien par la Banque Centrale Européenne (B.C.E.), la Reserve fédérale Américaine (F.E.D.) ou encore la Banque Centrale Japonaise (B.o.J.), reste l’apanage de ces puissances au vu des particularités de leurs situations respectives, des objectifs précis arrêtés par des autorités informées, des cycles de leur économies et des perspectives bien étudiées. L’application hasardeuse à notre cas est une preuve supplémentaire de méconnaissance de l’orthodoxie du monétarisme et des relations de ces phénomènes avec la sphère économique et leur retombées, réelles ou supposées, sur la croissance économique.La planche à billets reste, contrairement aux idées reçues, un outil collectiviste qui dilue les responsabilités, capitalise, malheureusement, les gains et socialise les pertes. L’intérêt, en plus, du système est qu’aussi bien les bénéfices que les inconvénients ne sont immédiatement ni facilement perceptibles par l’œil non exercé, ni aisément rattachables à leur cause originelle.     Aussi, nous voulions faire état de la particularité de notre situation qui présage un échec de cette politique, qui ne reste, tout au plus qu’un palliatif, en période de crise incontrôlable et grave, elle-même source de dangers bien plus dommageables.
PREMIÈREMENT,
Une monnaie est recherchée pour sa qualité (loi de Gresham inversée), et l’augmentation de la quantité de monnaie peut entrainer les utilisateurs vers la recherche de valeurs refuges : l’immobilier, l’or ou la devise. S’en suivra, spéculation et surtout encouragement et installation, durablement, du marché parallèle de la devise.   Créer de la monnaie est inévitablement suivi d’un delta d’inflation. Le problème est que l’inflation dans notre pays est déjà importante et se rapproche dangereusement d’un taux à deux chiffres. Les planches à billets lancées, aussi bien, par la B.C.E., la F.E.D. ou encore de la B.o.J. avaient pour but de contrecarrer les déflations et ramener l’inflation à des taux raisonnables autour de 2%.
DEUXIÈMEMENT,
L’injection de quantités de monnaie supplémentaires augmente la masse mais ne restaure ni même entretient la confiance. L’activité est une affaire de confiance. D’autant plus que cette confiance sera ébranlée puisque les particuliers, ménages et institutionnels qui ont fait confiance à l’emprunt obligataire vont assister impuissants au laminage, en règle, de leurs épargnes. Si les entreprises perdent ainsi leurs surfaces financières, la confiance en l’avenir et que les ménages, particulièrement, ne bénéficient pas de capacité d’endettement supplémentaire, la création monétaire ne sert à rien.
TROISIÈMEMENT,
Contrairement aux enjeux intra-muros, au demeurant peu compliqués, ce qui se passe aux Etats Unis, en Europe, en Chine et au Japon où les politiques de création monétaires et de dévaluation représentent l’avènement d’une guerre totale des monnaies qui prend le relais des guerres commerciales. Les dévaluations et planches à billets des uns sont suivies par le même procédé des autres, flouant, au passage, les créanciers et les acheteurs de bons de trésor nationaux. Chacun défend les bases d’une industrie qui existe, essaye de renforcer une compétitivité réelle mise à mal par des procédés financiers actionnés sous d’autres cieux. Où en est-on de tout cela ? Il nous faudra, au lieu de tergiverser sur des procédés peu contrôlables, jeter les bases d’un cercle vertueux : Une épargne respectable, entreprise viable, des investissements productifs, distribution de salaires, des prix dynamiques et pouvoir d’achat, hausse de la consommation, hausse de l’activité, une inflation raisonnable pour déboucher sur une croissance auto alimentée, sans perfusion, et davantage de recettes fiscales.
QUATRIÈMEMENT,
L’activation de la « planche à billets » au sens strict pour financer un déficit public ou soutenir un investissement est censée générer, à court comme à long termes, à la fois une hausse de la production en volume et de l’inflation. Et si la première est supérieure à la seconde, le pouvoir d’achat augmente, ce qui est le cas pour des dépenses publiques répondant à de réels besoins collectifs qu‘il convient de définir démocratiquement (le recours inopportun depuis des années, décidé dans l’opacité, au soutien de la croissance par la dépense publique n’a rien donné). La question de l’équité de la répartition des gains et la prise en charge des pertes entre les différentes catégories sociales relevant, quant à elle, d’une politique des revenus des pouvoirs publics au service de la justice sociale, notamment dans le cadre d’une forte progressivité du système des prélèvements obligatoires (Système actuel perçu plutôt comme inique pour les individus et sources de concurrence déloyale pour les entreprises). Par ailleurs, le degré d’ouverture de l’économie et son niveau de compétitivité reste la clef pour que les effets volumes aient des retombées positifs sur l’activité et la croissance économiques (Le degré d’ouverture -hors hydrocarbures bien sur- de notre économie est pratiquement incalculable et notre compétitivité reste très faible).
Brahim Chahed Expert finnacier. Cadre d'une entreprise publique

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