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Opep: au-delà du succès diplomatique…

Melissa Roumadi-Belferag   Les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ont fini par s’entendre. Réunis à Alger, en marge du 15e Forum international de l’énergie, les principaux producteurs de pétrole de l’Opep se sont accordés sur une baisse de la production de pétrole. La rencontre informelle s’est, d’ailleurs, transformée en réunion extraordinaire, séance tenante. L’accord a, d’ailleurs, été qualifié d’historique par l’ensemble des médias nationaux et internationaux, ainsi que par de nombreux observateurs. Il s’est traduit par un bond de près de 8% des cours du brut durant les trois séances de cotation ayant suivi l’accord. Le Baril de Brent de mer du Nord, pétrole de référence pour la cotation du pétrole algérien, a dépassé la barre des 50 dollars. Il est vrai que c’est la première fois depuis huit ans, que les membres de l’Organisation s’accordent sur une baisse de la production. La derniere entente du genre a été arrachée en décembre 2008, lors du Sommet de l’Opep à Oran, lorsqu’il a été décidé de réduire la production de pas moins de 2 millions de barils/jour. Il est vrai aussi qu’à la veille de la rencontre informelle de l’Opep, personne ne pariait sur l’éventualité d’un accord. Les divergences entre les principaux protagonistes à savoir l’Iran et l’Arabie saoudite semblaient avoir évolué en différents inconciliables. Le ministre saoudien du pétrole, M. Khalid Al Falih a commencé par se contenter d’une intervention indolore aux travaux de la première session de l’IEF 15. Il y fait l’état des lieux, dresse les perspective du marché, et avertit quant aux risques induits par une baisse trop marquée des cours sur l’investissement dans l’amont pétrolier et à terme sur l’approvisionnement du marché pétrolier. Si son pays a affiché sa disposition à baisser sa production de 500 000 barils/ jour, si l’Iran acceptait de geler sa production, le ministre saoudien a même déclaré ne pas s’attendre à un accord à l’issue des consultations, même s’il avouait que «les divergences se réduisaient». Il n’était pas non plus question «de se fixer un niveau des cours du baril à atteindre, dans l’état actuel des choses ». Cependant ce fut le ministre iranien du Pétrole, Bijan Zanganeh qui a fini par doucher tous les espoirs en déclarant que son pays préférait que la réunion d’Alger «se limite à des concertations», en insistant sur le fait que l’Iran entendait bien porter sa production à 4 millions de barils/jours contre 3,6 millions de barils/jours en septembre. Les préalables étaient posés, et rien ne semblait rapprocher les positions. Et le départ du ministre russe de l’Énergie, à la veille de la réunion informelle de l’Opep, n’a fait qu’éloigner la perspective d’un accord. Il est vrai que la Russie n’est pas membre de l’Opep, mais Alexander Novak a bien précisé que la participation de son pays à une action concertée était conditionnée par accord au sein de l’Opep.   MÉDIATION   Il aura fallu toute la détermination d’Alger qui a déployé des efforts de médiation pour parvenir un accord. Le ministre de l’Energie, M. Noureddine Bouterfa expliquait à la veille de l’ouverture de l’IEF 15 que l’Opep était condamnée à un accord. Aujourd’hui, l’optimisme du ministre semble justifié. Un accord obtenu à l’arraché, cependant. Entre les réunions qui se sont multipliées en marge du Forum entre saoudiens et iraniens avec la médiation du ministre de l’Energie, les négociations en coulisses, et les tractations nocturnes, il a fallu une réunion marathonienne de l’Opep, de près de 7 heures et des discussions serrées pour que l’Arabie saoudite cède face à l’Iran et produire une décision qui va au-delà de toutes les attentes. L’Opep décide de baisser sa production à des niveaux variant entre 32,5 et 33 millions de barils /jour contre 33,24 millions barils/jour actuellement. Alger réussit là où Doha a échoué. Ce succès diplomatique est renforcé car l’Opep affiche non seulement son intention de stabiliser le marché, mais avance un objectif chiffré. Ce qui laisse l’expert en marchés pétroliers Pierre Terzian, penser que la réunion de l’Opep à Alger marque un changement d’attitude au sein de l’Opep. Il explique dans Pétrostratégies, revue qu’il dirige, qu’« en annonçant dès à présent qu’elle a «opté» pour un « objectif de production de 32,5 à 33 millions de b/j » applicable à ses quatorze pays membres, l’OPEP frappe les esprits et peut ainsi espérer orienter le marché, pour les deux mois qui viennent, vers un prix plancher de 50 dollars/baril. Non seulement elle évite un effondrement des prix, mais elle peut réaliser un gain d’environ 5 dollars par baril, par rapport à la période précédente ». Il explique, aussi, le revirement de l’Arabie saoudite par plusieurs facteurs, notamment, les difficultés financières qui s’accumulent dans ce pays ainsi que les craintes induites par la baisse des investissements dans l’exploration et la production. Faut-il jubiler pour autant ? Selon un responsable du secteur de l’énergie qui a requis l’anonymat la réunion d’Alger marque un changement. Elle apporte surtout, grâce aux efforts de médiation menée par l’Algérie, une solution à un problème d’essence politique et non économique.   LA BATAILLE NE FAIT QUE COMMENCER   La même source explique que les différents entre l’Arabie saoudite et l’Iran étaient d’essence géopolitique, le fait que le Royaume wahabite a avancé, il y’a quelques mois, des propositions plus intéressantes sur le plan économique que l’Iran a refusé de prendre en considération. Le fait qu’aujourd’hui, c’est l’Arabie saoudite qui cède peut-il pour autant alimenter l’optimisme ? Selon notre interlocuteur, on peut regarder le verre à moitié plein ou moitié vide. Car il faut bien le reconnaître, l’accord d’Alger arrange tous les protagonistes dans une certaine mesure. Il offre à l’Iran une certaine marge de manœuvre. Pour les pays du Conseil de coopération du Golfe, ainsi que pour l’ensemble des membres de l’Opep, il permet un gain sur les cours du brut. Il offre à l’Opep un argument de taille pour pousser la Russie à geler sa production sur un niveau qui reste à déterminer. Un enjeu qui prend de l’importance, lorsqu’on sait que Moscou a augmenté les outputs de 400.000 barils/jour en septembre pour atteindre 11,1 mb/j. Il permet surtout à l’Arabie saoudite d’officialiser les nouveaux plafonds de production et par conséquence d’augmenter sa part de marché. Car il ne faut pas perdre de vue le fait que les quotas de l’Opep sont à 30 millions de barils/jour, alors que les niveaux de production dépassent très largement les 33 millions de barils/ jour. Si l’Opep entérine l’accord à Viennes, les niveaux de production baisseraient à 32,5 mb/j, dans le meilleur des cas. C’est làque les pessimistes ont voix au chapitre. Ces derniers considèrent qu’une baisse de la production variant entre 250.000 et 750.000 barils/ demeure un objectif en deçà des préalables à rééquilibrage du marché. Notre interlocuteur explique ainsi qu’entre la réunion d’Alger et celle de Viennes, il peut se passer beaucoup de choses. Entre l’obtention de l’accord et sa mise en œuvre, il y’a loin de la coupe aux lèvres. Ce qui fait dire à ce spécialiste que les négociations risquent d’être serrées à Viennes et de n’aboutir qu’à une baisse de 250.000 barils /jour. Il explique, ainsi, que l’Iran fera tout pour augmenter sa production durant les deux prochains mois. Il risque même de gonfler les chiffres de sa production à Viennes pour obtenir le maximum de concessions. Une pratique somme toute courante au sein des producteurs qui cherchent à obtenir des quotas sur mesure. La bataille des quotas ne fait donc que commencer. Il estime, aussi, qu’il ne faut surtout pas oublier la possibilité d’un retour en force du pétrole de schiste américain. Notre interlocuteur considère que la «théorie selon laquelle les points de crevage des gisements de schistes se situent à 80 dollars le baril relève plus de la blague que de l’hypothèse sérieuse.» L’expert estime que ces forages risquent de repartir dès que les cours dépassent les 50 dollars, grâce à la flexibilité des techniques d’exploitation et de la réduction des coûts sur ce genre de puits. « Ce n’est pas fini ! Il faudra se contenter d’un pétrole à 50 dollars, pour encore quelques années», assène-t-il. M.R.B.

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