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Mohamed Ghernaout. Ex-cadre à la Banque d’Algérie : «La planche à billets est une bombe à retardement»

  La décision d’amender la loi sur la monnaie et le crédit a fait couler beaucoup d’encre à propos du retour à la planche à billet. Quelle est la différence entre la création de monnaie fiduciaire ou la planche à billet classique et le dispositif de création monétaire ?
Le dispositif de création monétaire est plus large que le premier dans le sens ou on n’imprime plus les billets comme avant. Aujourd’hui le processus se fait par la base d’une écriture comptable par de la monnaie scripturale. Ce dispositif, rappelons-le, permet à la banque centrale d’acheter directement les bons émis par le Trésor. Il permet d’aller au-delà l’article 46 de la loi sur la monnaie et le crédit qui prévoit des avances de la banque centrale au Trésor public à la limite de 10% des recettes ordinaires de l’exercice budgétaire écoulé. Cela veut dire, concrètement, qu’avec ce dispositif, la Banque d’Algérie va devoir financer le déficit budgétaire prévu pour l’exercice à travers l’achat de bons du Trésor, c’est-à-dire, creuser davantage ce dernier. Ceci, conduira fatalement, toute chose étant égale par ailleurs, à une augmentation de la quantité de monnaie en circulation, notamment de la base monétaire et partant à une accélération du rythme d’inflation, causant dans son sillage l’érosion du pouvoir d’achat et, donc, l’appauvrissement d’une grande masse de la population notamment les salariés et les retraités. C’est ce qu’on désigne généralement par la taxe d’inflation. Et plus l’inflation est élevé, plus la taxe est élevé et moins est l’engagement de l’émetteur qui est ici la Banque d’Algérie. Et si l’inflation est élevée et si les taux d’intérêt ne sont suivis d’une augmentation, ils deviennent réels négatifs, ce qui entrave l’épargne monétaire et favorise d’autres alternatives de placement en dehors du secteur monétaire. Alors que la bourse ne joue qu’un rôle très réduit et demeure très passive, l’épargne se tourne vers des placements hautement spéculatifs tels que l’immobilier ou l’or et les produits électroménagers ainsi que les voitures de luxe qui sont, dans la majorité, importés. Ceci étant dit, ce retour à ce type de financement était prévisible, dans un contexte de baisse durable des recettes budgétaires et d’échecs des alternatives pour renflouer les caisses de l’État telles que les opérations de conformité fiscale et d’émission d’obligations. Dans une émission intitulée « le jeudi de l’économie » sur l’impact des prix de pétrole sur l’économe organisée par la chaine internationale de la radio nationale dont un résumé a été publié sur mon compte facebook, en parlant de la réforme du système bancaire pour lui faire jouer un rôle normatif dans le financement de l’économie, j’avais dit que ce que « certains entendent par réforme du système bancaire aujourd’hui, c’est réformer la loi de 1990 car elle a introduit des instruments de régulations normalisés alors qu’on veut retourner à la planche à billet ! ». Le temps m’a donné raison.
Croyez- vous que l’adoption de ce genre de dispositions reflète l’épuisement de solutions concrètes auxquelles pourrait recourir le gouvernement ?
Oui, dans le sens où les autres alternatives n’ont pas donné des bons résultats économiques. Il y a : -la dévaluation du dinar qui a été déjà été utilisée plusieurs fois et qui apparemment reste encore insuffisante car l’inflation qu’elle engendre annihile, de facto, son effet positif sur les recettes fiscales de l’État dans le sens où les prix intérieurs connaissent généralement des augmentations fulgurantes et notamment au niveau des biens d’équipement et partant la relance de la croissance et l’emploi qui sont les points d’achoppements de l’économie nationale; - L’augmentation de la pression fiscale des entreprises a atteint un niveau prohibitif et qui n’encouragera pas l’investissement du privé alors que l’État n’investit plus dans le secteur de production depuis les années 1990. Alors que celle-ci a une relation directe sur la création d’emploi qui a atteint un niveau critique, un geste dans ce sens par les autorités politiques du pays sera considéré comme contraire à ce que l’État prône dans les forums nationaux et internationaux en matière d’encouragement à l’investissement et son corollaire l’emploi et donc à la réduction du chômage qui a atteint un niveau très élevés chez les jeunes notamment ; - L’austérité budgétaire qui malgré qu’elle préserve les équilibres économiques du pays, elle ne favorise pas la croissance et notamment la création d’emploi qui demeure le nœud gordien de l’économie nationale. Pour le moyen et long terme, la restructuration de l’économie par la privatisation qui permet de dégager des recettes appréciables pour l’État et aux banques publiques de se faire rembourser leurs crédits, de se débarrasser de leur portefeuille malsain et de se faire une meilleure santé financière, n’a pas été envisagée, à ce jour, pour des raisons obscures. Pourtant cette restructuration, si elle est bien structurée et poursuivie, mettra fin à une pratique qui est devenue récurrente qui est la consolidation de la dette à court terme en crédit à moyen terme et la transformation de la dette à moyen et long terme en capital qui n’ont fait qu’empirer la situation des entreprises et des banques concernées, d’une part ainsi qu’au phénomène d’éviction des entreprises bancables ou plus viables et donc d’avoir une économie plus solide et une croissance économique plus soutenable, d’autre part. Cela étant dit, je me demande, encore, après plusieurs décennies d’échecs successifs de cette pratique malsaine, pourquoi l’État continue de maintenir sous perfusion des entreprises publiques non stratégiques moribondes alors que le bon sens indique qu’elles doivent être privatisées?
Quels sont les dommages collatéraux du recours à la création monétaire ? On évoque l’inflation, celle-ci est-elle liée à des facteurs monétaires ou plutôt à des destructions du marché?
Les dommages collatéraux sont nombreux et diversifiés. Cela dépend généralement de l’origine de la création monétaire : la banque centrale par des crédits directs à l’État, les banques commerciales par une pratique laxiste du crédit et une politique monétaire accommodante de la banque centrale, des rentrées très importantes des devises étrangères et leur versement dans l’économie sans un dispositif qui permet d’anesthésier leurs effets, etc. Les principaux dysfonctionnements engendrés par la création monétaire sont d’abord l’inflation, puis réévaluation de la monnaie nationale et l’arrêt des exportations des biens non traditionnels et l’encouragement des importations des biens et des services conduisant à des impacts négatifs sur tous les soldes intermédiaires de la balance des paiements, le surendettement, etc. Bref, l’Inflation étant le cancer d’une économie, et du fait des relations d’interdépendance entre les secteurs, toute l’économie se trouvera gangrénée. En d’autres termes, si aucune limite n’est faite à ce type de financement, ce dispositif peut conduire à des résultats non seulement contraires à ceux que les autorités ont fixé, tels que le non recours à l’endettement extérieur qui commence déjà avec celui contracté dernièrement avec la Banque africaine de développement mais à une destruction totale de l’économie et donc du pays. En d’autres termes, cette politique peut être qu’« UNE BOMBE A RETARDEMENT ». Cependant, vous avez raison, l’inflation n’a pas pour origine uniquement la création monétaire mais également les distorsions du marché. Il y a aussi l’inflation importée, celle dite par les coûts, etc. Donner plus de détails revient à donner un cours sur ce thème qui dépasse largement le spectre de ce papier. Cependant, tout observateur assidu de la scène économique nationale a dû remarquer qu’avec les mesures prises en matière de restrictions aux importations des biens de consommation et des biens de consommations durables ainsi que les véhicules par les gouvernements qui se sont succédés après la chute des prix de pétrole de 2014, certains marchés se sont trouvés déstructurés et les prix les concernant ont flambé : Concernant les produits frais, la banane est passé de 200 DA à 600 DA le kilo et la pomme de 200 DA à 1200 DA alors que les prix des voitures légères ont été multipliées par 2 pour ne citer que quelques exemples. Ce qui veut dire que le taux d’inflation reflété par l’indice des prix à la consommation du grand Alger est très loin de refléter la réalité du niveau réel d’inflation.
Les banques centrales des pays développées recourent aussi à ce genre de dispositifs en temps de crise (La FED et même la BCE pour acheter de la dette de la zone Euro), dans quelles mesures ont-elles pu gérer les effets secondaires ?
Le dispositif auquel recourent les banques centrales des pays développés n’est pas le même car il ne finance pas l’État combien même il vise la même finalité à savoir la relance de l’économie à travers l’amélioration de la liquidité des banques « quantitative easing ». Le dispositif de ces pays que nous avons connu avec la crise des surprimes et de la dette de certains pays d’Europe ne fait que se substituer au refinancement des banques commerciales sur le marché monétaire par le rachat d’actifs financiers. En d’autres termes, celui-ci ne vise pas l’augmentation du déficit budgétaire mais la relance du crédit bancaire qui peut s’il n’est pas accompagné d’une politique monétaire adéquate conduire à une accélération du rythme d’inflation. Seule les USA ont financé le déficit de l’État à travers l’émission de bons de trésor mais en mettant des garde-fous pour éviter l’inflation et les autres effets secondaires. Ils ont mis en place une politique monétaire judicieuse dans le sens où elle était accompagné par des mécanismes stricts et efficaces d’une part et qu’on n’a permis le recourt à ce dispositif qu’aux entreprises viables d’autre part. Pour les pays Européens les plus endettés, ces politiques ont été accompagnées par des mesures d’austérité budgétaires dont les conséquences sociales ont été, dans un premier temps, désastreuses comme en Grèce, en Espagne et au Portugal notamment.
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