MÉDICAMENTS : VA-T-ON PAYER PLUS CHER

Lyes Bensid   Révision de la nomenclature des médicaments remboursables, ruptures de stocks, développement du marché noir du médicament, hausse des prix du médicament importé et appels à la révision des prix du médicament dans un contexte de dépréciation du taux de change du dinar et de l’euro font craindre le pire. Devra-t-on payer plus cher pour se soigner ? La qualité de la couverture sanitaire risque-t-elle d’être impactée par la crise qui frappe notre pays de plein fouet dans le sillage de la baisse des cours du brut ? Des interrogations somme toutes légitimes au regard de l’évolution du marché du médicament en Algérie. La facture des médicaments importés a connu une inflation sans précédent au cours du premier trimestre 2016. Ainsi et malgré les mesures prises par le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière qui a interdit à l’importation pas moins de 357 médicament fabriqués localement, la facture est plutôt salée. Selon les données des Douanes algériennes, la valeur des médicaments à usage humain importés entre janvier et mars 2016 a augmenté de près de 40 %, alimentée, notamment, par une hausse des prix et dans une moindre mesure pas l’évolution des quantités importées. Se pose alors la question de savoir si cela aura un impact sur les prix des médicaments au niveau des officines, d’autant que l’effet prix à l’import est couplé à la dépréciation du dinar face au dollar (-19 %) en 9 mois. Ceci d’autant que le constat établi, il y’a quelques jours par le président de l’Union nationale des opérateurs en pharmacie (Unop), M. Abdelwahid Kerrar est sans appel. La production nationale ne couvre que 45 % du marché pharmaceutique nationale et elle est dans « l’incapacité de se substituer au médicament importé à court terme. » Les producteurs locaux se penchent aussi sur la question des prix. Ceux-ci étant administrés, ils n’ont pas évolué depuis 5 ans. Or, le président de l’Unop appelle la tutelle à une révision de la politique des prix du médicament dans un contexte de dépréciation du dinar. Pour sa part, le Directeur Marketing du groupe pharmaceutique public Saidal, M. Yahia Naïli nous explique que l’industrie pharmaceutique nationale « dépend de matières premières importées ». Et de conclure que dans ce contexte la dépréciation du dinar impactera forcément cette industrie. Il explique que l’Algérie « ne fabrique plus de matières premières pour des raisons de rentabilité. La matière première est majoritairement fabriquée en Chine et en Inde, des pays qui fabriquent local et qui commercialisent global. Ils bénéficient d’économies d’échelle, ce n’est pas le cas en Algérie ».   HARO SUR LE GASPILLAGE   Quant à la question de savoir si la situation actuelle risque d’affecter les prix du médicament en Algérie, M. Yahia Naili, pense qu’il est normal avec une hausse des coûts de fabrication du médicament, que les prix augmentent. « Si la situation ne change pas, des entreprises risquent de fermer. Cela ne sera bénéfique ni pour l’économie nationale, ni pour l’emploi ». En parallèle au risque de hausse des prix, c’est la révision de la nomenclature des médicaments remboursables qui suscitent le plus d’inquiétudes auprès des malades. Pour M. Messaoud Belambri, président du Syndicat des pharmaciens d’officine, cette révision est surtout motivée par le retrait des médicaments interdits à l’importation. Cela s’inscrit, explique-t-il, dans une démarche cohérente du gouvernement tendant à encourager l’industrie pharmaceutique nationale. Il en veut pour preuve que la moitié des médicaments retirés de la nomenclature sont concernés par l’interdiction d’importation. Il n’en demeure pas moins que le champ des médicaments de confort, non soumis au remboursement des caisses d’assurance maladie, semble s’élargir pour les malades. Un constat qui ne peut en aucun cas être dissocié des préoccupations liées aux menaces pesant sur les équilibres financiers de la Cnas et de la Casnos. Pour Yahia Naili, les dépenses de santé demeurent relativement faibles en Algérie. Cela justifie-t-il pour autant une démarche qui exclut de la réflexion le gaspillage induit par les formes de conditionnement du médicament et qui ne s’adaptent pas dans la majorité des cas aux prescriptions et délais de traitement des patients. Résultat, on se retrouve bien souvent avec des médicaments périmés plein nos boîtes à pharmacie et qui finissent à la poubelle, sans autre forme de traitement. A la question de savoir pourquoi pas une réflexion sur la commercialisation du médicament en vrac, permettant pourtant d’importantes économies, aussi bien pour les ménages que pour les caisses d’assurance maladie, M. Yahia Naïli explique que le conditionnement se fait selon des écoles, la commercialisation en vrac étant liée à l’école anglosaxone. Pour sa part, M. Belmabri explique que cette méthode est surtout utilisée au États-Unis et dans les pays anglo-saxons. Et d’ajouter que des pharmacies-pilotes expérimentent cette méthode en France et attendent d’en tirer les conclusions en matière de rentabilité et d’économie. Cependant, il estime que la commercialisation en vrac en Algérie devra passer par une refonte du cadre juridique ainsi que des systèmes de conditionnement, des emballages et de l’étiquetage et de distribution pour ne pas faire face à des erreurs et confusions entre les différentes formes de médicament. Il pense cependant que si une telle conversion peut paraître difficile, la méthode mérite réflexion. A moins que cela ne perturbe les tenants de l’industrie pharmaceutique dans notre pays… L.B.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *