Maazouz : » Haddad a donné 180 milliards de centimes à la campagne de Bouteflika »

    La seconde journée des audiences dans le procès des propriétaires d’unités de montage automobile a été un défilé d’accusés qui se sont tous évertués à nier en bloc les accusations et à se rejeter la responsabilité. Des audiences marquées surtout par les révélations sur les financements occultes de la campagne électorale du président déchu Bouteflika. Les éléments présentés par l’accusation et les révélations de Mohamed Maazouz, propriétaire du groupe Maazouz et des lignes de montage des camions Shackman et Higher, permettent de mieux comprendre les liens entre les avantages accordés à certains opérateurs et le financement de la campagne du président déchu, ainsi que de mieux cerner les motifs d’accusations pour corruption et népotisme. La première audience a été consacrée à l’interrogatoire de Mohamed Maazouz, les deux ex-Premier ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, Fares Sellal et l’ex-ministre de l’Industrie Youcef Yousfi. Maazouz comparaissait pour les privilèges dont il a bénéficié en 2018. Les éléments présentés par l’accusation démontrent que le groupe Maazouz a entamé ses activités avant d’avoir signé le cahier des charges et avant de présenter la garantie d’un partenaire étranger et d’avoir bénéficié d’une extension de 12 mois des exonérations fiscales prévues dans le cadre du dispositif, et qui a coûté 29 milliards de dinars au Trésor public. Mazouz a d’abord expliqué avoir été exclu de la liste des 5+5 des opérateurs autorisés à exercer l’activité de montage mais qu’il a, par la suite, reçu cette autorisation en février 2018, dans la mesure où il n’y avait pas d’opérateurs pouvant faire du montage de camions et de bus !!! Passons le fait que Maazouz oublie que la SNVI produit déjà des camions et des bus en partenariat avec Daimler, celui-ci a bénéficié d’une instruction d’Ahmed Ouyahia portant dérogation exceptionnelle pour le lancement immédiat des activités de montage soit avant la signature du cahier des charges du ministère de l’industrie. A ce propos, l’accusé répond n’avoir lancé ses activités qu’après avoir reçu le feu vert de Conseil national de l’investissement et qu’il n’a pas pu présenter de partenaire étranger car il n’avait pas vu le cahier des charges. Mais le cas Maazouz a suscité un conflit entre Ouyahia et Youcef Yousfi lequel a émis des réserves sur l’absence du partenaire étranger. Le ministre de l’industrie, qui a chargé Ouyahia, a cependant reconnu avoir signé des décisions en faveur du groupe Maazouz sur la base du rapport de la Commission technique. Mais voilà, le président de cette même commission technique, appelé à la barre affirme que sa commission n’a pas eu connaissance du dossier Maazouz. Chargé par ses coaccusés, Ahmed Ouyahia tient à sa défense : les réunions du CNI se tiennent sur la base des dossiers présentés par l’Agence nationale de développement de l’investissement, et les décisions d’exonération se prennent de manière collégiale. L’ex-Premier ministre a également motivé l’extension des délais d’exonération par les difficultés bureaucratiques auxquels font face les opérateurs. Une sollicitude dont a fait preuve Ouyahia et qu’il n’a pourtant pas affiché envers les opérateurs exclus à l’image d’Emin Auto et le Groupe Achaibou. A ce propos il affirme ne pas avoir reçu d’écrits de la part de ces opérateurs. « Un investisseur turc s’est constitué partie civile contre moi, je ne savais même pas qu’il existait », lance-t-il.
Un bonus de 90 millions de dinars pour Fares Sellal
 
Le juge appelle par la suite, à la barre Abdelmalek Sellal et son fils Fares. Il interroge Mohamed Maazouz sur ses liens avec Fares Sellal associé à hauteur de 23 % dans une filiale du groupe qu’il dirige et sur les possibles privilèges qu’il aurait pu obtenir de l’ex-Premier ministre et de son fils. Ce Maazouz nie en bloc. Sellal affirme pour sa part que « le dossier Maazouz a été transmis au gouvernement le 3 mai 2017 », soit juste après son départ. Il utile de rappeler dans ce sens que les élections législatives de 2017 se sont tenues le 4 mai, et que le nouveau gouvernement a été formé le 25 mai. Abdelmalek Sellal affirme aussi avoir « appris » ( !!!) que son fils Fares a été contacté pour gérer le groupe Maazouz et de poursuivre en prenant une posture paternelle : «  je lui ai conseillé de ne pas prendre de marchés publics et de ne pas s’impliquer en politique ». Le juge rebondit sur ce point et interroge le Premier ministre sur la contribution de son fils au capital de l’entreprise, lequel avoue qu’il n’ya pas eu de contribution financière. Le juge s’adresse ensuite à Fares Sellal pour l’apostropher : « vous avez empoché 90 millions de dinars lors de votre retrait du groupe Maazouz en 2016 ». Fares Sellal ne répond pas, mais c’est Maazouz qui se hasarde dans une explication.
Bairi m’a incité à financer la campagne de Bouteflika
Mohamed Maazouz a par la suite été interrogé sur les mouvements sur un compte bancaire non déclaré afin d’établir le lien avec les financements occultes de la campagne Bouteflika. S’appuyant sur le dossier d’accusation, le juge interroge Maazouz sur un compte non déclaré crédité de 492 milliards de centimes et qui a enregistré des mouvements de 128 milliards de centimes. L’accusé répond que le compte en question a été alimenté par les bénéfices obtenus de par son activité et les mouvements opérés représentent les sommes qu’il a versé à sa femme pour couvrir les soins de sa fille malade à l’étranger !!! Interrogé sur le financement de la campagne, Maazouz indique que c’est son « cousin » Mohamed Bairi, accessoirement vice-président du FCE chargé des relations avec les institutions,  qui l’a incité à financer la campagne de Bouteflika parce que « Ali Haddad a donné 180 milliards de centimes », et c’est ainsi qu’il a remis 39 milliards de centimes cash à Ali Haddad au siège du FCE à El Mouradia. Et au juge de conclure : « ce que vous avez fait est illégal ». Notons qu’Ali Haddad sera interrogé samedi par le tribunal de Sidi M’hamed dans le cadre du financement occulte de la campagne de Bouteflika.

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