Lignes de montage automobile : 11 mille milliards de centimes dilapidés !

Le dossier relatif aux unités de montage automobile a été ouvert aujourd’hui par le Tribunal de Sidi M’hamed.  Le premier volet du dossier concerne les unités de montage du Groupe Maazouz, la famille Larbaoui (Kia) et Mohamed Bairi (Iveco). Le dossier concerne l’octroi d’indu-avantages qui ont coûté au Trésor public la bagatelle de 110 milliards de dinars, soit 11 mille milliards de centimes, selon les propos du juge. Le Trésor public s’est constitué partie civile, de même que le groupe Emin Auto qui s’estime lésé par les dispositions prises par les responsables de l’époque ayant favorisé certains hommes d’affaires proches du clan présidentiel au détriment d’autres opérateurs exclus de l’activité de montage automobile même s’ils répondaient aux exigences du cahier des charges, comme le groupe Achaibou, dépossédé de la marque Kia, le groupe Cevital dépossédé, lui, de la marque Hyundai et le groupe Emin Auto. Les audiences ont vu défiler aujourd’hui plusieurs anciens responsables comme l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal ainsi que son fils Fares, l’ex-ministre de l’Industrie Youcef Yousfi, l’ex-ministre de l’Industrie Mahdjoub Beda, l’ex-ministre des Transports Abdelghani Zaalane, l’ex-wali de Boumerdes Yamina Nouria Zerhouni, l’ex-P-DG de la BNA Achour Aboud, ainsi que plusieurs cadres du ministère de l’Industrie, à l’image de l’ancienne secrétaire générale.
300 milliards sur le compte d’Ouyahia
Le juge a entamé les audiences par l'interrogatoire de l'ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia, notamment quant aux motivations qui l’ont poussé  à limiter la liste des opérateurs activant dans le montage automobile à 5 pour les véhicules de tourisme et 5 autres pour le véhicule utilitaire, au moment où près de 90 demandes avaient été déposées au niveau des services du ministère de l’Industrie.  Ouyahia a justifié cela par le souci de « préserver les réserves de change » et de rejeter par la même occasion les accusations de népotisme. Il explique que les opérateurs en question étaient en activité lorsqu’il a repris les rênes du gouvernement en 2017 et qu’il est impossible de faire du népotisme dans la mesure où les décisions d’octroi d’avantages ont été prises sur la base des dossiers de l’Andi (Agence nationale de développement de l’investissement) et dans le cadre du Conseil national de l’investissement où siègent pas moins de onze ministres. L’Ex-Premier ministre a également été interrogé sur l’octroi de dérogations exceptionnelles à Peugeot et à Ford alors que d’autres opérateurs ont été exclus. Il explique que Peugeot a obtenu son autorisation dans le cadre d’accords gouvernementaux algéro-français tout comme Renault, tandis que Ford a bénéficié de l’intervention des autorités américaines. Des propos qui dénotent de l’impact du lobbying de certaines puissances étrangères du temps du règne de Bouteflika. Ouyahia n’a pas réussi pour autant à avancer des arguments légaux pour justifier certaines mesures, sans fondement légal, comme l’instruction limitant le nombre d’opérateurs dans l’activité de montage, ou la prorogation du délai de 12 mois pour que les opérateurs se conforment au cahier des charges. Il affirmera que son seul souci était la création de richesses pour l’économie du pays ! L’ex-Premier ministre a aussi été interrogé sur l’un des ses comptes bancaires crédité de 300 milliards de centimes ! Il dira que ces fonds n’ont rien à voir avec ses fonctions officielles.  « Je ne suis pas stupide pour blanchir de l’argent dans une banque publique », lance-t-il sardonique. Le juge l’interroge alors sur les mouvements de 14 milliards de centimes au profit de son fils et de son épouse. Ouyahia répond alors que ce sont des aides pour que son épouse éponge les dettes fiscales d’un local commercial ( ! ) qu’elle possède et à son fils qui a créé une entreprise dans le cadre du dispositif Ansej !!!
Bouchouareb : un bouc-émissaire absent !
Le juge du tribunal de Sidi M’hamed a par la suite procédé à l’interrogatoire d’Abdelmalek Sellal  à propos de l’octroi d’avantages à des opérateurs économiques, notamment le groupe Mazouz, groupe dans lequel son fils Fares Sellal détenait 23 % du capital. L’ex-Premier ministre a nié en bloc les accusations et a indiqué que le dossier du groupe Maazouz a été traité en 2018, soit après son départ du gouvernement. Il s’évertue aussi à enfoncer l’ex-ministre de l’Industrie Abdesselam Bouchouareb en fuite à l’étranger. Il explique que son rôle en tant que Premier ministre se limitait à la coordination entre les représentants du Gouvernement sur lesquels il "n'avait aucune autorité", et c'est le cas, a-t-il dit "pour la gestion du ministère de l'Industrie à l'époque d’Abdeslam Bouchouareb". Il a précisé qu’il a demandé (verbalement) à Abdesselam Bouchouareb de revoir le cahier des charges qu’il a préparé seul, de même qu’il lui a demandé d’arrêter les abus dans la gestion du foncier industriel. Et c’est la même ligne de conduite que les deux ex-ministres de l’Industrie Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda ont décidé de suivre. Youcef Yousfi a expliqué que le cahier des charges a été préparé du temps d’Abdesselam Bouchouareb. Il a également affirmé ne pas avoir eu connaissance des dossiers Achaibou et Emin Auto. Interrogé sur les critères de choix des 10 opérateurs agréés pour le montage, Yousfi répond que le choix a été effectué par l’Andi. L’ancien ministre qui a eu à présider au destinées du département de l’Énergie et de la Sonatrach, adopte alors une ligne de défense assez étrange affirmant ne pas être « un homme de loi pour juger de la conformité de certains dossiers avec les dispositions légales », de même qu’il a dit ignorer le fait qu’il devait y avoir« une commission de recours » pour permettre aux opérateurs exclus d’introduire leurs recours !
Des injonctions venant d’en haut
 
Pour sa part Mahdjoub Bedda qui a également affirmé que le cahier des charges date de l’époque d’Abdesselam Bouchouareb, a affirmé pour sa défense avoir été le premier à avoir dénoncé les disfonctionnements dans le secteur automobile. Néanmoins, le juge l’interroge sur les motivations l’ayant conduit à signer 6 décisions au bénéfice du groupe Larbaoui et qui ont coûté 8 milliards de dinars au Trésor public. Mahdjoub Bedda affirmera qu’il a signé des documents préparés par les cadres du ministère de l’Industrie auxquels « il faisait confiance ». Mahdjoub Bedda a également affirmé avoir été limogé pour ses positions et que le ministère fonctionnait selon « des injonctions venant d’en haut ». Enfin, Nouria Zerhouni a été interrogée sur le déclassement et l’attribution de terrains agricoles dans la wilaya de Boumerdes à l’homme d’affaire Mohamed Bairi. Celle-ci a indiqué que l’attribution était légale dans la mesure où elle a reçu l’aval des services agricoles. Notons dans ce sens que le déclassement des terres agricoles fait partie des prérogatives du Conseil des ministres.

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