LETTRE OUVERTE AU GÉNÉRAL AHMED GAÏD SALAH

Par le DR Saïd Sadi
En ces moments décisifs pour la patrie, chaque Algérien est mis face à ses responsabilités. Vous tout particulièrement. Il est temps de partir. Parce que vous êtes âgé, parce que le système que vous avez soutenu a échoué et, surtout, parce qu’il est condamné par l’exceptionnelle mobilisation citoyenne qui fait renaître la nation depuis le 22 février.
Continuer de proclamer que l’armée est en phase avec le peuple qui exige un nouvel État à la mesure de ses espérances, de ses droits et de sa démographie renouvelée peut être louable. Mais faire le contraire de ce qui est martelé depuis maintenant un mois et demi ne peut pas convaincre grand monde ni, d’ailleurs, arrêter la dynamique qui a rendu à nos concitoyens civisme et espoir.
Depuis le début de ce mouvement, votre discours a beaucoup varié. Vous fûtes un partisan du cinquième mandat. Vous avez accusé les manifestants d’être manipulés en vue de déstabiliser leur pays pour, enfin, admettre, formellement, que le peuple avait raison, quitte à donner une interprétation opposée à ses revendications.
Tout en alternant menaces et promesses à l’encontre de nos compatriotes, vous avez assuré, hier à partir d’Oran, que des dossiers de corruption seront traités sans complaisance. Vous avez également décrété que la solution à la demande de changement radical est dans le parlement, instrument d’une gestion anachronique qui a pillé l’Algérie et décrédibilisé l’Etat.
Pour imposer ces décisions qui, d’ailleurs, ne relèvent pas de vos compétences - vous êtes vice-ministre de la défense - vos laudateurs, qui se retourneront contre vous sitôt que d’autres vents souffleront, expliquent qu’il faut éviter l’effondrement de l’Etat. L’Etat algérien a tenu dans des périodes critiques où le pouvoir politique a démissionné ou, plus grave, s’est laissé tenté par des alliances douteuses voire des compromissions périlleuses pour l’Etat national. C’est le dévouement de centaines de milliers d’agents de l’Etat, du plus haut niveau à l’échelon le plus modeste - restés sous le harnais dans les tempêtes provoquées par l’incurie des dirigeants - qui ont préservé la cohésion et la stabilité de l’administration nationale.
Je n’insisterai pas sur le respect de la constitution convoquée selon les circonstances. D’autres avant moi ont, à juste titre, rappelé, comment et combien de fois la loi fondamentale a été charcutée ou carrément violée. Il n’est, en conséquence, pas judicieux de se référer à cet artifice pour justifier l’injustifiable qui se prépare et dont les premiers signes sont des plus préoccupants.
Continuer d’ignorer le sens profond d’un mouvement déjà inscrit dans l’Histoire du monde, et ceci quelle que soit son issue immédiate, c’est prendre le risque personnel de rester comme l’un des sombres repères de notre mémoire et, plus grave, d’entraîner l’armée dans une aventure où elle connaîtra la pire des épreuves : affronter ses concitoyens. En outre, l’ancien maquisard que vous êtes sait que nul n’a gagné contre un peuple qui se lève.
Général Ahmed Gaïd Salah, L’Algérie asservie, étouffée, humiliée et pillée revient de loin. Elle a su retrouver vigueur, honneur et dignité à travers un mouvement miraculeux inspiré et animé essentiellement par une jeunesse à laquelle, pourtant, on n’avait laissé aucune chance.
Tout appelle à votre retrait. Le poids des ans comme l’époque que nous vivons invitent à la sagesse, au courage et à la lucidité. Il est temps de laisser la place aux nouvelles générations. L’époque des dictats militaristes est révolue. Ce serait une faute de jugement grave de ne pas comprendre qu’aujourd’hui, en Algérie aussi, le cri d’un citoyen est plus audible que le bruit d’un canon.
Général Ahmed Gaïd Salah, La question n’est pas de savoir si vous devez partir mais comment et quand cela va advenir. Ce n’est pas en recourant aux règlements de comptes que l’on va redonner confiance aux citoyens et crédibilité aux institutions; surtout quand les investigations ciblent certains acteurs et épargnent d’autres. La justice à la carte est l’une des facettes les plus insupportables de l’injustice. Il faudra bien sûr récupérer le maximum de ce qui a été détourné dans le cadre d’un État de droit qui reste à construire. Pour l’heure, prendre de vraies mesures conservatoires suffit à enrayer les fuites de capitaux. Les préjudices sont, nous le savons tous, immenses. Mais l’Algérie est d’abord riche de ses fabuleux enfants. Ce qui se passe actuellement en Algérie est un événement planétaire. Vous devez voir que des horizons inédits, par ailleurs inéluctables, se dessinent pour le pays. Comme toute entreprise humaine, surtout quand elle s’est accomplie dans un système opaque et violent, votre parcours a connu des fortunes diverses. Vous avez une occasion unique de clore votre carrière par une décision patriotique qui pourrait transcender ou, du moins, relativiser ses points de faiblesses: faire rentrer l’armée dans les casernes et laisser l’Algérien inventer le grand destin que le militarisme lui a interdit depuis le premier jour de son indépendance.
Aghribs 10 avril 2019 Said SADI

2 pensées sur “LETTRE OUVERTE AU GÉNÉRAL AHMED GAÏD SALAH

  • 12 avril 2019 à 9 h 38 min
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    Mr SADI
    La majorité de ce vous venez de dire est juste, et le problème n’est pas là, car l’intérêt des paroles n’est pas en les prononçant mais en y croyant.
    A mon avis, vous êtes plus concerné par vos conseils que Mr Gaïd Salah.
    Au contraire Monsieur, l’Algérie n’a jamais connu une période où elle a besoin de la protection de l’armée plus qu’aujourd’hui. Je dis l’armée et pas Gaïd Salah exclusivement. A présent, une multitude de tendances émergent et doivent toutes fonctionner sans en exempter une car elles sont toutes vitales à notre peuple. Mais elles doivent être activées simultanément et en harmonie totale, en respectant les proportions selon leurs valeurs et leurs poids convictionnels et principiels au sein du peuple pour qui on élève la voix pour le défendre.
    C’est là le danger qui menace et la Nation et l’État. Et s’il faut agir, prioritairement, dans un sens, c’est justement dans ce sens.
    Ce dont vous vous plaigniez, Mr Sadi, est juste, mais il est loin d’être au premier rang des soucis puisqu’il revêt sa valeur de ce qu’on vient de citer tout à l’heure.
    De surcroît, et soyons sincères, vous n’avez jamais eu d’égard pour la démocratie que lorsqu’elle est au service de vos profits politiques ou culturels. Vous êtes un mauvais perdant, et prêt à tout moment à nier ce qui était une minute plutôt le plus fiable quand c’est l’autre qui gagne conformément aux mêmes règles du même jeu.
    Votre vision est incompatible avec les lois naturelles et spontanées qui régissent l’espèce humaine dans ses choix historiques qui lui avait et continue à convenir depuis l’aube des temps. Elle pourrait bien convenir à une autre société, mais à la notre, non. Tout simplement parce qu’elle ne referme pas les ingrédients de base sur lesquels elle est bâtit et qui continuent à perpétuer ses spécificités. C’est la différence qui dicte les différences. Autrement, c’est l’obligation qui travesti et ne crée que des monstres. Tordre le bras d’un homme est facile, mais essayer de tordre le cours de la nature c’est se casser le bras pour rien.
    Notre peuple doit être gouverné dans sa propre démocratie basée sur son appartenance arabo-amazigho-islamique, et pour ce faire il lui faut une escorte qui lui sécurise sa traversée parsemée de dangers, et ne le quitte qu’après s’être assurée qu’il est en lieu sûr.
    Jusqu’à maintenant il n’y a que l’armée qui peut accomplir cette mission.

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  • 11 avril 2019 à 12 h 25 min
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    Docteur SAADI j’aimes le RCD d’aujourd’hui . Son responsable actuel fait merveille . cette invite est venue bien trop tard pour votre «  » »retour » » ( personnel) vers » » un peuple » » que vous avez qualifié d’erreur , normal à l’époque où vous fraternisiez avec B Henry Levy «  »accompagnateur «  »de l’Hiver Arabe et au moment où vous souteniez les créateurs du GIA , ( qui d’ailleurs s’en vantent aujoudhui) à qui tous les massacres ( 250 000 morts) lui sont imputés . YOU ARE HAS BEEN et ( le surf ne s’exerce) pas sur un tsunami LAISSEZ le RCD d’aujourd’hui MERCI quand même de vous désolidarisez d’nom , un individu, un SEUL alors qu’il n’est que le porte-parole d’un groupe ;;; Complétez la liste des destinateurs ( comme le fait le RCD actuellement sur tous les plateaux) vive la démocratie citoyenne incluant toutes ses composantes et à bas le populisme et l’ethnisme eugénique Mes salutations (ps vous êtes un auteur mais vous n’êtes plus un acteur !)
    le cabotinage humm

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