Le roi, le despote et l’espoir

Par Azzedine Belferag
  C’est l’histoire de ce roi détrôné par son propre fils despote et tyrannique. Pendant que le vieux monarque était soumis à l’exile, le jeune importun s’attelait à soumettre ses sujets et commettre injustice sur injustice. Les habitants souffraient sans rien pouvoir faire sinon prier pour que revienne leur vieux sultan, bon et juste. Chaque jour, les rumeurs d’un imminent retour alimentent les discussions. Au café, au souk et à la mosquée l’on ne parle que de ça. Il se murmure qu’une armée est montée par le vieux roi qui s’apprête à revenir combattre son fils indigne et reprendre son trône. Les spéculations vont bon train et chacun y va de son côté. Les fantasmes se moutonnent et l’on s’est mis même à rêver de droit, de justice et de démocratie. Cet espoir agrémente le morne quotidien des ouailles et les tient en éveil. Un jour, ce qui n’était qu’un songe se réalisa. Le vieux roi traverse les frontières et pénètre, à la tête d’une imposante armée, dans son royaume spolié qu’il récupérera en chassant son rejeton. Reprenant son trône, le vieux souverain s’est engagé à rendre justice et rétablir ses sujets dans leurs droits. Il ordonna qu’à celui-là on rende ses terres, à cet autre ses moutons et brebis confisqués, à d’autres leurs biens et quelque richesses détournées. Émerveillés, les gens remercient le ciel et leur bon roi, ce qui donna un éphémère air de fête à la cité, redevenue momentanément joyeuse grâce à l’équité du vieux sultan. Or, cela ne durera pas. Le monarque, fier de ses actions, part s’enquérir de ses sujets. Mais, il est surpris par ce qu’il voit et ressent. Les gens sont si tristes et mélancoliques. Interloqué par leur manque de gaieté, il profitera d’un jour de marché  pour aller explorer sa cité et interroger les habitants sur ce qui les rend monotones. Marchands et badauds, vieux et jeunes, femmes et enfants, tous lui répondirent la même chose : « Tout est si bien que nous vivons sans plus rien espérer ! Avant que vous ne reveniez nous cultivions l’espoir de votre retour, maintenant que tout est rentré dans l’ordre, nous ne rêvons plus ! »  Le vieux sultan comprit qu’il ne suffit pas de changer de roi pour rendre un peuple heureux, et d’en faire des citoyens, vaillants et travailleurs. C’est à eux de créer leur rêve, de fonder des espoirs et bâtir leur vie.  
A.B

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