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« LA CONFIANCE EST LE MOTEUR DES FLUX FINANCIERS FORMELS »

Ferhat Aït Ali. Expert en finances publiques

ferhat-ait-ali     Propos recueillis par Samira G.   L’emprunt obligataire national a été lancé le 17 avril. Celui-ci est, cependant, englué dans une polémique d’ordre théologique et cultuel. Comment expliquez-vous cela ? Cette dérive vers le volet théologique de part et d’autre des protagonistes de ce débat Byzantin, n’est que le reflet de l’improvisation qui caractérise cette opération dans ses mécanismes et objectifs du côté du gouvernement et de l’incapacité à apporter une réponse alternative de la part de ses opposants et même partisans qui ne sont pas du tout chauds pour lui remettre leur argent pour d’autres motifs que ceux invoqués. N’étant pas sollicité en tant que théologien dans cette affaire, je m’efforce de m’en tenir à ma spécialité déclarée, mais parler de Riba ou usure dans une opération ou le taux d’inflation dépasse réellement celui des intérêts est une fumisterie de la part des théologiens improvisés, théologiens qui soit dit en passant ne considèrent pas comme péchés tous les petits trafics quotidiens de leur ouailles, particulièrement celles qui détiennent de gros montants qu’elles ne confieront jamais à l’État pour des raisons évidentes de besoins financiers dans leurs activités au noir. Du côté gouvernemental, le ministre des Finances perd toujours des occasions de ne pas s’exprimer sur des sujets qu’il ne maîtrise pas et qui ne sont pas les siens, autrement comment peut-on espérer convaincre qui que ce soit que cet intérêt est en fait un bénéfice sur des projets que l’État va lancer, et non un intérêt, alors que ni les projets, ni les prévisions de bénéfices ni encore moins les délais de maturation de projets ne sont énoncés pour permettre une corrélation entre eux et les supposés bénéfices attendus et fixés à 5% des capitaux levés à l’avance sans aucun calcul des besoins en capitaux privés ou bancaires ?   Croyez-vous qu’il aurait été plus judicieux pour les pouvoirs publics de proposer des produits financiers qui auraient pu éviter ce genre de quiproquo ? Les pouvoirs publics ne pouvaient pas proposer des produits financiers pour deux raisons majeures, La première étant que pour cela il aurait fallu avoir un marché financier fluide et connu avec une capitalisation conséquente et transparente, or à ce jour la capitalisation en bourse ne dépasse pas les 140 Millions de dollars au cours actuel, pour quatre entreprises, qui ont déjà levé tous les capitaux ciblés pour trois d’entre elles et en bonne voie pour la quatrième. La deuxième est que l’objectif de cet emprunt est tout simplement la résorption d’une partie du déficit de 2016 sans avoir à pomper le FRR de l’intégralité de ses ressources, il n y a donc ni projets ni bénéfices attendus ni rien de cet acabit, la rhétorique fluctuante au gré des discours du ministre en charge des finances et d’autres ministres sont assez éloquentes pour nous éclairer sur l’objectif réel de l’emprunt, qui aurait pu être dévoilé avec courage, en disant aux Algériens les choses comme elles sont. L’autre objectif accessoire est de trouver une alternative à l’échec évident de la MCFV (Mise en conformité fiscale volontaire, NDLR) déjà lancée pour récupérer une partie des fonds de l’informel.   Pensez-vous que les produits de la finance alternative et de la finance islamique, comme les sukuks pourraient donner plus de profondeur au marché financier qui est jusque là limité ? La Finance dite islamique fait polémique même en Arabie Saoudite, en ce sens que la notion de risque partagé entre le bailleur et le gestionnaire des fonds dans une affaire, est mise sous le boisseau par la plupart des préteurs qui font de l’usure déguisée par toutes sortes de stratagèmes qui renvoient à tout sauf à la morale islamique en affaires. Les Sukuks qui sont des bons d’investissement privés ou publics, n’attirent les clients potentiels que si on les convainc d’un risque quasi nul dans le placement, Or c’est le risque Nul qui renvoie directement à l’usure ou aux activités illicites pour dégager des plus-values coûte que coûte. La Bourse telle qu’elle est connue mondialement est plus islamique que ces fameux Sukuks. Elle permet de fructifier son argent avec une marge de risque conséquente à partir du moment où l’objet de la transaction en l’occurrence l’action est revendue au cours du jour et comme n’importe quel produit après avoir été achetée et pas avant. Dans la cas Algérien, la structure de notre économie aussi bien formelle qu’informelle, fait que quelque soit la mouture religieuse proposée, rien ne convaincra les uns de mettre leur argent souvent gagné de manière douteuse entre les mains d’autres parties qui souvent le dépensent de manière plus douteuse. Et dans toutes les Théologies du monde les intentions et la confiance réciproque sont le moteur des flux financiers formels, et sur ce volet on ne peut pas dire que la confiance règne chez nous.   La finance islamique a généré un succès phénoménal et ce, même dans les économies occidentales. Qu’est ce qui empêche, selon vous l’Algérie de développer ce segment de la finance ? Je ne sais pas ce que nous pouvons dénommer finance islamique dans l’absolu, mais il faudrait peut être un jour parler d’économie islamique, car la nuance est de taille entre les deux concepts. Les occidentaux ont introduit des guichets islamiques dans leurs banques, pour capter des fonds de rente estimés bon an mal an à quelque 1000 Milliards de dollars provenant des pays du Golfe et de leurs résidants musulmans, mais dans les faits l’intérêt est plus porté sur les fonds que sur une économie islamique intrinsèque qui n’existe pas encore, tous ces fonds toujours islamiques au niveau des guichets qui les captent sont placés ailleurs dans des banques planétaires comme la Morgan Stanley ou la Goldman Sachs qui n’a rien d’islamique. Les occidentaux vous proposent dans leurs capitales des placements islamiques en apparence, mais allez vous faire financer un investissement sérieux selon les règles islamiques dans ces mêmes banques ! Ils proposent des crédits immobiliers ou de consommation islamiques selon les règles de la Mourabaha ou de la Moudharaba, mais en prenant toutes les précautions au départ, avec un calcul d’intérêts qui ne change rien à la donne mais juste la formulation et souvent plus chers que les crédits dits usuraires. Quand les pays Musulmans passeront du stade de consommateurs passifs et de détenteurs de fonds sans objet vers celui de créateurs de richesses et de brevets, nous pourrons éventuellement parler d’économie islamique à condition bien sur de trouver la bonne formule entre l’intérêt des bailleurs et les impératifs des emprunteurs toujours selon les règles morales islamiques et sans jeux sur les termes ou les formes.   Le marché actions est aussi un compartiment qui peut dynamiser le marché financier. Or celui-ci demeure atone et limité. Pourquoi ? Comment voulez vous que des entreprises privées à caractère familial ou des entreprises publiques soutenues par le Trésor et gérées extra muros sur injonctions politiques, puissent figurer dans une bourse. Et au cas où quelques-unes échapperaient à cette description comment voulez vous que leurs impératifs de financements, soient conformes à leurs objectifs d’expansion et à la réalité de leurs actifs, passifs et prévisions si tout cela est préalablement étudié par une équipe qui n’a jamais géré une épicerie et de surcroit en attente d’un coup de fil pour accepter ou court-circuiter la démarche. En l’absence de textes clairs et détaillés sur les modalités d’introduction en bourse des entreprises, et en l’absence de mise à niveau de ces mêmes entreprises en matière de gestion et de respect des règles générales du commerce, il n y a pas lieu de parier sur une bourse efficiente dans des délais assez courts. A titre d’exemple qui va parier sur une entreprise qui après quatre assainissements publics est toujours déficitaire même si elle fait les prix les plus chers au monde pour ses prestations? Et qui va parier sur les actions d’une entreprise privée qui du jour au lendemain peut se retrouver aux prises avec un contentieux parfois provoqué par ses agissements et parfois par une cabale ou toutes les instances sont instruites pour lui tomber dessus pour des raisons qui sont tout sauf économiques, imaginez par exemple le cours de l’action de Cevital durant la polémique crée par le ministre de l’Industrie en novembre passé et qui laissait présager des représailles plus importantes contre son patron qui s’est senti menacé par un mandat d’arrêt à tord ou à raison. Si l’entreprise était cotée ce jour là, il y’aurait eu une hécatombe d’arrêts cardiaques au boulevard Amirouche.La bourse est le symbole de la nouvelle division mondiale du travail initiée dans les années entre 1910 et 1920, et dans cette division les politiques sont un appoint aux forces capitalistes, et chez nous l’inverse et de mise, de ce fait la bourse n’est pas de mise dans ces circonstances. Les problèmes de notre économie ne peuvent être dissociés des problèmes plus généraux de gouvernance et de société, si nous avons tout faux dans notre perception de la société et du pouvoir il n y a pas de raison que l’économie qui est en même temps la résultante et le nerf de la guerre dans cette fausse vision du monde, puisse adopter des modèles économiques ou financiers conformes à une autre vision du monde et cette polémique sans objet sur le caractère licite ou illicite de cet emprunt aux objectifs non avoués en est la parfaite illustration. S.G

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