Gouverner, prévenir et choisir…

Par Melissa Roumadi-Belferag
    Bonne nouvelle ! Après quatre années de crise, les marchés pétroliers semblent s’être apaisés. Maintenant que les prix sont orientés à la hausse, tout le monde pourra souffler. Et pourquoi ne pas desserrer la ceinture, pendant qu’on y est. Devrait-on s’en réjouir pour autant ? Le Gouvernement annonce la couleur. On devra maintenir le cap de la rationalisation des dépenses publiques. Pour 2019, le déficit public devra être maintenu à moins de 10 % du PIB. Mais à quel prix ! Une chose est sûre, cette fois, cela ne se fera pas sur le dos des ménages. Aucune nouvelle taxe n’est à l’ordre du jour. Mieux encore, plusieurs centaines de milliards de dinars sont débloqués pour  la réalisation de nouveaux logements et pour la bonification totale des crédits hypothécaires. Les communes bénéficieront d’une rallonge de 100 milliards de dinars. Le budget de fonctionnement explose et bondit de 7,5 %, en cette année d’élection présidentielle. A contrario, les crédits de paiements, destinés à l’investissement public, déclinent de 12 %. Entre les deux maximes « gouverner c’est choisir », et « gouverner c’est prévenir », les autorités politiques ont décidé de « choisir », la voie de la paix sociale. Parfaite illustration de cette « Martingale algérienne », dixit l’ex-Gouverneur de la Banque d’Algérie, Abderrahmane Hadj Nacer, toute velléité de réforme imposée par la crise, est remise en cause dès que les cours du brut se redressent. Cela n’est pas pour rassurer. Cela dénote de l’inconstance des gouvernements successifs dans formulation, la mise en place et le suivi de politiques, budgétaire, économique, puis sociale. Des politiques qui sont souvent dictées par le niveau des prix du baril de pétrole. Ce n’est pas non plus pour rassurer les investisseurs et les opérateurs économiques, seuls garants d’une croissance inclusive. Dans un élan populiste, les gouvernants articulent leur discours politique sur l’amélioration du pouvoir d’achat et des conditions de vie du citoyen. Le pouvoir d’achat doit-il pour autant ne dépendre d’un indicateur aussi incertain que le cours du brut. Car au risque d’être impopulaire, un gouvernement se doit de prévenir, et mettre en place les réformes nécessaires à l’implémentation d’un système économique à même d’assurer la croissance qui seule peut créer plus d’emplois, et garantir une hausse du pouvoir d’achat des citoyens. A moins que les politiques pensent que « gouverner, c’est faire croire », que tout va bien, maintenant que les marchés de l’énergie sont orientés à la hausse. Or, le monde d’aujourd’hui est plus que jamais incertain, et rien ne garantit que ces derniers ne se cracheront pas de façon aussi brutale qu’en 1986, ou en 2014. Nicolas Machiavel le disait déjà au 15esiècle : « l'habituel défaut de l'homme est de ne pas prévoir l'orage par beau temps ». M.R.B.

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