GARE À CE QUE VOUS CONSOMMEZ !

« On creuse sa tombe avec ses dents », disait un proverbe populaire indien. Et c’est encore plus vrai dans notre pays. La qualité des produits mis sur le marché et leur conformité aux normes sont régulièrement remises en cause. Du scandale RHB au cas Amila, en passant par le poulet aux antibiotiques, la pastèque Choléra, le lait frelaté, le café caramélisé ou l’eau minérale contaminée, pour ne citer que ces cas,  les affaires se suivent et se ressemblent.

L’impression est nette que le marché échappe à toute forme de contrôle.  Bien que les pouvoirs publics multiplient les mesures coercitives, le marché algérien semble encore sous l’emprise de l’économie de bazar. Une situation qui nous pousse à nous interroger si notre santé, et celle de nos enfants ne sont pas menacées.

Mi-décembre, le ministère du Commerce décide le retrait du jus en poudre Amila du marché, ainsi que l’arrêt de l’activité de l’unité de production. Une décision tardive, dans la mesure où la réaction du ministère du Commerce intervient une année après les premières alertes suivie par celle lancée à grande échelle sur les réseaux sociaux sur le danger que pourrait constituer ce produit. Une semaine plus tard, c’est une eau minérale, Texanna en l’occurrence,  qui est mise en cause. L’alerte vient une nouvelle fois des réseaux sociaux. Les deux affaires mettent à mal  les professions de foi des responsables du département du Commerce quant à des velléités de régulation du marché.  Elles mettent surtout en avant les défaillances de contrôle du marché.

our le président de l’Association de protection et d’orientation des consommateurs, M. Mustapha Zebdi, c’est surtout le reflet de la défaillance du contrôle en amont. Il explique que la majorité des produits transformés et commercialisés en Algérie, notamment dans l’agroalimentaire, ont pour origine des produits importés.

« Il n’y a pas de contrôle approfondi. Les services de contrôle se contentent souvent de la fiche technique du produit importé, ou de simple analyses  physico-chimiques et bactériologiques », précise-t-il.  Et d’ajouter qu’il « est rare qu’on aille vers l’analyse compositionnelle du produit ». Or, estime-t-il « nous ne sommes plus à l’ère de Pasteur ou le seul souci était le microbe. Aujourd’hui nous devons prendre en compte d’autres menaces comme les radiations, les OGM, les additifs alimentaires, les pesticides, les résidus d’antibiotiques, et les questions liées aux produits Hallal ». Il précise aussi, que la tricherie a été alimentée par l’industrialisation et la transformation des produits proposés à la consommation.

Selon le Dr Zebdi l’ensemble de ces problématiques doit être pris en charge par un ensemble d’organismes de contrôle pas seulement le département du commerce. Les ministères en charge de la santé, de l’agriculture et l’industrie, doivent aussi être impliqués. Notre interlocuteur pense aussi qu’il « faut changer de méthode de contrôle ». Il évoque dans ce sens l’’insuffisance de laboratoires capables d’effectuer des analyses spécifiques. M. Zebdi préconise de mettre en place des instruments juridiques obligeants les opérateurs économiques à faire ce genre de tests, et encourageant les contrôleurs à prélever des échantillons sur les produits commercialisés. S’il se félicite de la création de nouveaux laboratoires par le ministère du Commerce, M. Zebdi plaide pour la création de mécanismes favorisant l’investissement privé dans la réalisation de laboratoires. Il regrette cependant l’impunité dont jouissent parfois les opérateurs économiques, et estime que les défaillances du contrôle s’illustrent parfois en raison du manque de moyens dont disposent les services concernés, soit à cause d’incompétence, ou même de négligence. Le président de l’Apoce pense enfin que si le consommateur doit jouer un rôle sur le marché, il ne dispose pas des données qui lui permettraient d’être en alerte et de contrôler ce qu’il consomme. « Le consommateur algérien ne sait pas ce qu’est un OGM ou un additif alimentaire », explique-t-il. « Nous commençons à peine le processus d’apprentissage. Nous misons sur la sensibilisation du consommateur », conclut-il.

De son côté, Tahar Boulenouar, président de l’association nationale des commerçants algériens, estime que la prédominance de la sphère informelle sur la structure de l’économie algérienne favorise la triche et les comportements délictueux sur le marché. Chose qui affecte la qualité des produits mis sur le marché. Il critique enfin le manque de réactivité des structures chargées du contrôle, notamment le ministère du Commerce, et qui tardent à lancer l’alerte, ou démentir, voire rassurer les consommateurs  en cas de fake news. Il en veut pour preuve ce qui s’est passé lors de l’épidémie de Choléra, lorsque les fruits et légumes ont été incriminés par certaines institutions publiques, avant que celles-ci ne se rétractent. Entre-temps, c’est toute une filière qui a vu ses revenus compromis.

En tout état de cause, il est devient clair que pour consommer responsable, il est nécessaire d’apprendre à lire les étiquetages, à s’informer sur les additifs et les compléments alimentaires notamment, et à s’orienter autant que possible vers les produits non transformés et non industrialisés. Cela suffira-t-il pour autant ? Force est de constater que souvent le consommateur algérien n’a pas le privilège du choix.n 

S.G.

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