Formation, visas, investissements, diaspora, mémoire, retour des Pieds-noirs : les promesses et les attentes de Macron

Au cours d’un point de presse qu’il animé mercredi soir à Alger le président français Emmanuel Macron est revenu sur les principales questions traitées lors de ses entretiens avec le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika. Maîtrisant comme à son habitude l’art de la rhétorique, le locataire de l’Elysée a tenu à présenter sous un jour nouveau les relations bilatérales, estimant que c’est une histoire nouvelle qui s’écrit aujourd’hui. Emmanuel Macron a aussi tenu, comme il l’a fait en Afrique, à s’adresser à la jeunesse, du fait dit-il, d’appartenir à la même génération. Voici les principaux de son intervention :
Visas : de nouvelles facilitations
 
Forcément, le président français a eu à s’exprimer sur la question des visas et de la libre circulation des personnes. Il rappelle dans ce sens avoir rencontré « trop de jeunes qui  me demandaient, simplement des visas ». « Mais un visa n’est pas un projet de vie. Les jeunes ont besoin de formation, de travailler et de fonder une famille. C’est cela un projet de vie », répond-il à leurs sollicitations. M. Macron annoncera toutefois avoir discuté avec le président Bouteflika des moyens de faciliter la circulation des personnes entre les deux rives grâce à la facilitation de l’octroi des visas aux personnels administratifs, politiques et militaires algériens, aux hommes d’affaires, aux journalistes, aux intellectuels et aux artistes. Il évoque aussi la simplification de l’octroi de visas aux Algériens qui souhaitent se rendre en France dans le cadre de l’apprentissage ou pour travailler, considérant que les procédures actuelles sont trop complexes. En contrepartie, il préconise d’investir plus dans la lutte contre l’immigration illégale.
Restitution des cranes contre retour des Pieds-Noirs
 
Attendu sur le dossier de la mémoire, le Président français est resté fidèle au discours tenu jusque-là, celui de n’être ni dans le déni des crimes coloniaux, ni dans la repentance. Il estime que la génération actuelle devrait tourner la page et transcender « un passé qui bloque la jeunesse ». « C’est une histoire nouvelle qui s’écrit », a-t-il dit. Emmanuel Macron a aussi indiqué qu’il s’est engagé avec le Président Bouteflika à restituer les crânes des martyrs algériens conservés au Musée de l’Homme à Paris depuis les années 1850 et que des lois seront faites pour permettre leur restitution. Il a également souhaité que l’Algérie et la France abordent la question de la mémoire de manière sereine et décomplexée et que des efforts soient fournies par les deux parties. C’est dans ce sens qu’il a émis le souhait de voir, dans les prochains mois et les prochaines années que les « hommes et femmes nés en Algérie, et qui souhaitent y revenir, quel que soit leur histoire familiale avec pays, puissent le faire». Faisant référence aux Pieds-Noirs, il dira que ces derniers « aiment l’Algérie au plus haut point ».      
Assouplir la règle des 51/49
La visite du président français a porté aussi sur un enjeu économique. Dans ce contexte Emmanuel Macron a estimé que bien que la règle des 51/49 régissant l’investissement étranger en Algérie relève d’une décision souveraine du gouvernement algérien, la révision de cette règle permettrait de renforcer les investissements Français en Algérie. Il a également annoncé la création d’un Fond d’investissement franco-algérien qui permettrait aux investisseurs des deux rives de transcender les difficultés en matière d’investissement et de financement et qui sera destiné à financer l’innovation industrielle.
Une école française du numérique à Alger
Le locataire de l’Elysée a consacré une partie importante de son intervention au développement de la formation des jeunes en Algérie. Il dit encourager les constructeurs automobiles français installés en Algérie à développer les centres de formation dans le domaine. M. Macron a également insisté sur le développement de la formation dans les métiers du numérique. C’est dans ce sens qu’il a indiqué avoir évoqué avec le Président Bouteflika le projet de création d’une école 42 à Alger qui sera lancée par le patron de Free, Xavier Niel, similaire à celle existant à Paris, laquelle devrait recevoir de 5.000  à 10.000 jeunes par an.  Un projet prêt auquel il ne reste qu’à définir les modalités opérationnelles pour sa concrétisation.  Le locataire de l’Elysée a aussi plaidé pour une multiplication des écoles conjointes, des doubles diplômes et des écoles françaises en Algérie.
Du rôle de la diaspora et des binationaux
 
Des Algériens de France et des binationaux, Emmanuel Macron dira que c’est un atout pour la France et l’Algérie et que la diaspora a un rôle à jouer pour renforcer les relations économiques et les liens bilatéraux. « Nous les avons longtemps évité, tenus à l’écart et nous les avons considéré comme un problème. Mais ils connaissent les deux rives mieux que quiconque et peuvent bien mieux que nos discussions officielles détourner les obstacles », a-t-il dit. Pour le président français la diaspora peut être l’artisan d’un nouvel imaginaire politique, intellectuel et économique entre les deux rives. Ainsi et comme il est demandé de faciliter l’accès aux investisseurs algériens qui souhaiteraient investir en France, M. Macron estime qu’il est nécessaire de permettre aux Algériens de France d’investir En Algérie.
La Libye et le Sahel
Emmanuel Macron a indiqué avoir eu de longs échanges avec le Président Bouteflika concernant la situation en Libye et la situation au Sahel. A propos du Sahel, il a déclaré que "la lutte contre le terrorisme demeure notre priorité, une priorité régionale. Je souhaite que nous continuions à accroître les coopérations opérationnelles que nous menons avec l'Algérie". En ce qui concerne la Libye, le président Français a dit soutenir une stabilité durable dans le cadre d’une solution politique. Il a aussi déclaré que l’action de l’envoyé spécial de l’Onu en Libye, Ghassan Salamé pour trouver des accords institutionnels et organiser des élections, seule solution à même de garantir la stabilité de la Libye. « la stabilité de la Libye est importante pour l’Algérie. Nous travaillons de concert et nous continuerons de travailler ensemble », a-t-il dit
El Qods : Macron désapprouve la décision de Trump
 
Emmanuel Macron n’a pas échappé à l’actualité immédiate et s’est exprimé sur la décision du président américain Donald Trump de reconnaître El Qods occupé comme capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade US. Il a désapprouvé cette décision en la qualifiant de regrettable, appelant toutefois à éviter toute forme de violence. Il évitera cependant de condamner cette décision, estimant que l’administration Trump a contrevenu au droit international et que ce sera à elle de supporter les conséquences d’une telle décision.    

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