Entretien avec Mohamed Gharnaout. économiste : «Il faut privatiser les IOB»

Propos recueillis par Lina Djoudi   La bourse d’Alger n’attire toujours pas le grand public. Beaucoup de citoyens ignorent même son existence. Les transactions sur le marché secondaire restent très timides....pourquoi, selon vous, ces résultats médiocres d’une bourse créée il y a presque vingt ans ? Il y a plusieurs raisons à cela. Excluons d’abord le problème idéologique et cultuel car des bourses existent dans une grande partie des pays musulmans y compris en Arabie Saoudite. Donc c’est du halal, du moins pour la partie actions. S’il y a un problème idéologique, il faut le situer du coté des autorités du pays qui n’ont pas eu de volonté pour la développer … Sinon comment expliquer les privatisations partielles à hauteur de 20% de toutes les entreprises publiques introduites à ce jour en bourse, Saidal et El Aurassi, et leur maintient à ce stade? Il y a également des interférences qui font que la bourse ne peut jouer son rôle entièrement. L’exemple de Saidal est, à ce titre, très édifiant. La cotation de cette dernière a été maintenue à un certain niveau alors qu’elle devait chuter d’avantage. Pourquoi le prix de son action ne bouge pas et qui agit derrière ? Mystère et boule de gomme.   C’est un problème de culture ? L’argument disant que les Algériens n’ont pas de culture boursière ne tient pas, non plus, la route. Les opérateurs des marchés parallèles et notamment du square Port Saïd ont tout le temps les yeux braqués sur les marchés des changes, scrutant toutes les valeurs et notamment l’Euro et ils savent très bien transiger les devises. Un autre élément : l’Algérien moyen n’aime pas partager et ne sait pas partager. La bourse exige de l’entreprise avant son introduction, un statut de Société Par Action (SPA). Or, combien y’a-t-il de SPA Privées en Algérie ? Même pas 1% du total des entreprises existantes en Algérie et la quasi-totalité a un actionnariat familial. En outre, les bourses exigent de la transparence dans les opérations or l’Algérien moyen n’aime pas la transparence. Je prends comme preuve l’importance de la monnaie fiduciaire qui circule en dehors du système bancaire (plus de 4.000 milliards de dinars représentant 25% du PIB). L’Algérien préfère placer son argent là où ça rapporte beaucoup plus, rapidement et loin des yeux du fisc. Aussi, si la Bourse d’Alger n’a pas pris son envole, c’est parce qu’elle est concurrencée par d’autres marchés où les produits sont plus rentables (devises, immobilier) ou discrets (valeurs refuges tel que l’Or) essentiellement.   L’introduction attendue de Biopharm, de la Cimenterie d’Ain El-Kebira et d’autres entreprises publiques, probablement avant la fin de l’année, aura-t-elle un effet d’accélérateur sur le Bourse d’Alger ? Pensez-vous qu’avec plus de titres côtés, les gens seront plus intéressés par les placements boursiers ? Les mêmes causes conduisent aux mêmes effets. Les gens ne seront intéressés par la bourse que si les problèmes que je viens de citer sont résolus. En d’autres termes, il n’est pas sûr qu’avec l’introduction de nouveaux acteurs, il y aura un effet accélérateur de la bourse dans le sens où les gens seront intéressés par les actions. Je cite les exemples de l’introduction d’Alliance Assurance et de NCA Rouiba qui n’ont conduit qu’à une très légère amélioration de l’indice boursier Djzairindex. En effet, l’introduction en bourse de ces deux dernières entreprises n’ont permis que de remettre l’indice boursier au même niveau que celui de 2012 alors que celui-ci a fortement chuté après cette date.   Certains pensent que la liquidité relative des titres représente un obstacle face à l’émergence de la Bourse, qu’en pensez-vous ? En effet, la liquidité relative des actions en Algérie est un handicap pour les détenteurs d’action mais elle n’est pas la seule. En sus des réponses que j’ai donné au niveau de la question une, il y a également le fait que tous les acteurs de la bourse ne jouent pas leurs rôles entièrement et notamment les IOB qu’il y a lieu de privatiser si on veut une bonne relance de la bourse des valeurs. Cependant, il existe, aujourd’hui, une opportunité formidable pour la relance du marché boursier par les émissions d’obligations que la bourse d’Alger a perdu de vue alors qu’elle avait obtenue des résultats extraordinaires auparavant. Celle-ci s’est imposée d’elle même en cette période de baisse des recettes budgétaires de l’État. Mais pour que ces émissions soient bénéfiques à l’économie nationale, il faut que les taux d’intérêt soient assez hauts pour attirer les investisseurs et assez bas pour éviter l’effet d’éviction des autres secteurs de l’économie. En outre, et notamment dans cette période où les banques publiques sont à court de liquidité, l’émission doit se faire essentiellement en direction du grand public. L.D.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *