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EMPRUNT POUR LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE : QUELLES ALTERNATIVES ?

Par Samira Ghrib   L’emprunt obligataire national, a été lancé le 17 avril. Les souscripteurs ne se bousculent pas pour autant au portillon. Certes l’opération n’est qu’à ses débuts. Elle est, cependant, engluée dans une polémique d’ordre cultuel. L’ombre de la Riba ou « prêts usuriers » plane, une fois encore, sur les tentatives gouvernementales de mobilisation de l’épargne des ménages. La dénomination de l’opération n’y changera rien. « L’emprunt pour la croissance économique », laisse pantois plus d’un : prêter de l’argent à l’État, en contrepartie d’un taux d’intérêt serait-il licite ou illicite du point de vue de la chariaa ? Telle est la question qui taraude les esprits d’un bon nombre d’Algériens qui semblent, du moins pour un instant, oublier de s’interroger sur l’objectif de l’opération et de l’utilité des fonds à mobiliser. C’est d’ailleurs le ministre des Finances, M. Abderrahmane Benkhalfa, qui a mis le feu aux poudres en affirmant, « d’avis d’expert », que l’emprunt national serait « Hallal ». Preuve encore que le gouvernement a largement intégré dans sa réflexion la dimension cultuelle de l’échec des tentatives de mobilisation des ressources financières non bancarisées. L’on se souvient, d’ailleurs, que le ministre des Finances avait évoqué, il y’a quelques mois, la possibilité pour les banques de développer des produits spécifiques et des financements « à marge », pour ne pas parler de produits de finance islamique, afin de répondre aux besoins de tous les épargnants potentiels dans le cadre de la mise en conformité fiscale volontaire (MCFV). Des annonces qui n’ont toutefois pas été suivies d’actions concrètes en ce sens. Face à l’échec manifeste de la MCFV, le gouvernement a opté pour le lancement de l’emprunt pour la croissance économique. Néanmoins, la question de la Riba revient comme un boomerang remettre en cause le bien-fondé, sur le plan cultuel du moins, de l’opération. L’émission de sukuks, en plus des obligations classiques, aurait-elle pu, pour autant, permettre d’évacuer ce genre de débat ? La question demeure entière. Il est vrai que les Sukuks sont pour la finance islamique, ce que les obligations sont pour la finance dite classique. Le produit financier représentait plus de 63 milliards de dollars en 2015. Il faut, cependant, préciser que les Sukuks représentent des certificats d’investissements, basé sur des projets et des actifs bien tangibles assurant un revenu stable. Et c’est justement là que le bât blesse. L’emprunt national lancé, bien que devant financer des projets d’investissement publics, demeure assez flou dans ses contours, et reste vague quant aux projets à financer.   UN MARCHÉ FINANCIER IMMATURE   Mais la problématique est loin de se limiter à cela. De l’avis même de l’expert en marchés financiers et président du cabinet Humilis Finances, M. Lyes Kerrar, les obligations classiques n’empêchent en aucun de développer d’autres produits. Celui-ci estime, d’ailleurs, que « les besoins des algériens sont divers. Ce produit de placement (obligations d’État, NDLR) peut convenir à beaucoup d’algériens. Rien n’empêche, d’émettre d’autres produits de placement qui répondent à d’autres besoins ». Encore faut-il que le marché financier se prête au développement de ce genre de produits. Dans ce sens, M. Kerrar explique que bien que des banques soient agréées en Algérie comme étant des banques islamiques, et que les banques algériennes développent des produits de financement comme le leasing ou El Ijar, « ce serait une erreur de penser qu’on peut s’exonérer des fondamentaux pour développer un marché financier ». Et de préciser que l’Algérie a « besoin d’un marché d’actions liquide et qui fonctionne, d’un marché monétaire et obligataire liquide et non segmenté. On a besoin, d’avancée en termes de transparence et disponibilité d’informations financière: en premier lieu la disponibilité en ligne (sur internet) de la base de données des états financiers déposés chaque année au CNRC. On a besoin que la Conservation foncière mette en ligne l’information sur les transactions foncières et immobilières. C’est une clé pour évaluer des actifs immobiliers ». Il ne condamne pas l’opération pour autant. Ainsi et parlant du désamour que certains souscripteurs affichent pour l’emprunt pour la croissance économique, le président d’Humilis Finances estime qu’ «il n’est pas possible de tirer de conclusions après quelques jours. Il ne faut pas oublier que la période de souscription annoncée est de l’ordre de 6 mois. Pourquoi voulez-vous que quelqu’un se précipite à souscrire sachant qu’il a 6 mois pour le faire? D’autant plus qu’il va gagner le même montant d’intérêt qu’il souscrive maintenant ou dans 3 mois ».   L’ORIGINE DES FONDS   Encore faut-il que la démarche ne pâtisse pas des couacs et de la dualité des discours auxquels nous avons été habitués et que le gouvernement réussisse à capitaliser la confiance des souscripteurs. Or, c’est loin d’être évident. Ainsi et au cours de la dernière semaine d’avril, le département de Benkhalfa a lancé une offensive médiatique articulée sur des chargés de missions d’un type particuliers. Les P-DG de banques publiques, que ce soit, le CPA, la BDL et la BEA, ainsi que le premier responsable d’Algérie Poste ont multiplié les déclarations tendant à rassurer les souscripteurs potentiels. Ces derniers se seront d’abord penchés sur la valeur de l’obligation et ont pris la mesure de l’impact d’une obligation à 50 000 DA sur la psychologie du souscripteur. C’est ainsi que le P-DG du CPA, M. Omar Boudieb avait annoncé que deux nouveaux coupons allaient être introduits, celui à 10 000 DA pour mieux coller aux besoins des ménages algériens, et un coupon à 1 million de dinars pour les gros souscripteurs que sont les entreprises, ou encore les compagnies d’assurance. Le P-DG de la BDL a lui insisté sur l’intérêt que représente l’emprunt national, en annonçant pas moins de 20 milliards de dinars de souscriptions, en une semaine. Un record ! Une question demeure cependant, d’autant que l’opération a pour objectif d’absorber les fonds de l’informel : Qu’en est-il de l’origine des fonds ? Les souscripteurs devront –ils justifier de leurs ressources au-delà d’un certain seuil ? Conscients, sans doute de l’obstacle que peuvent constituer les mesures prudentielles et les règles relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent, les banquiers qui se sont exprimés cette semaine ont insisté sur le caractère exceptionnel de l’opération qui permet de fermer les yeux sur cette question. Le P-DG de la BDL s’est même risqué à affirmer que « l’argent n’a pas d’odeur » ! Mais est-ce vrai pour autant. Pour le vérifier nous avons fait un petit tour au niveau des agences bancaires et avons choisi de nous rendre dans une banque publique et une autre privée. Le constat est le même, l’emprunt ne semble pas susciter l’engouement espéré, au point que dès qu’on se présente comme souscripteur potentiel, on est immédiatement pris en charge par un chargé de clientèle qui ne manque pas d’imagination pour vanter les mérites de l’emprunt. Il s’agit surtout d’écarter les craintes relatives à la faiblesse des taux d’intérêt par rapport à la hausse de l’inflation et à l’impact de la dépréciation du dinar, (5 %) pour des fonds mobilisés durant 3 années et 5,75 % pour des fonds mobilisés durant 5 ans.   EFFET D’ÉVICTION   Reste la procédure qui risque de refroidir plus d’un. On nous explique ainsi, que ce soit au niveau de la banque publique ou de la banque privée, que pour souscrire à l’emprunt national, il faut d’abord disposer d’un compte bancaire au niveau de l’agence auprès de laquelle on souhaiterait souscrire à l’emprunt. Un préalable dont l’objectif est sans doute de renforcer l’inclusion financière des ménages et palier au revers infligé à l’opération de bancarisation lancée en août 2015, mais qui risque de déplaire à certains. Les banquiers insistent, d’ailleurs, sur le fait que leurs institutions ne sont que des intermédiaires devant collecter pour le compte du Trésor Public les fonds à mobiliser dans le cadre de l’emprunt national, afin de faire oublier cette bancarisation à marche forcée. Il n’en demeure pas moins que dans cette situation, la question de l’origine des fonds se pose plus que jamais. Rappelons dans ce sens que la réglementation de la Banque d’Algérie impose aux banques de chercher l’origine des dépôts qui devront être justifiés au-delà du seuil d’un million de dinars. D’ailleurs, le chargé de clientèle que nous avons rencontré au niveau de la BNP Paribas, ne tergiverse pas avec la question, expliquant que la banque est, non seulement, une filiale d’une multinationale qui se doit de respecter un certain nombre de procédures, et qui doit se conformer à la loi et à la réglementation de la Banque d’Algérie. Du côté de la banque publique que nous avons visitée, on semble moins affirmatif. Bien que le chargé de clientèle qui nous a reçu consent que la loi impose à la banque de se renseigner sur l’origine des fonds, au-delà d’un certain seuil, il n’écarte pas la possibilité de recourir à des mesures exceptionnelles, pour une opération exceptionnelle. En tout état de cause, la question de la Riba ne semble pas émouvoir plus que ça les banquiers, qui estiment que l’usure peu s’embusquer dans de nombreuses transactions commerciales à caractère spéculatif. Par contre ces derniers semblent craindre un effet d’éviction du crédit de nombreux opérateurs économiques et qui serait induit par l’emprunt obligataires. L’un des chargés de clientèles que nous avons rencontré nous explique ainsi que pour l’heure ce sont les investisseurs « d’un âge certain » ou les entreprises qui investissent le plus dans ce genre d’obligation. Autrement dit, l’opération ne semble pas, pour l’heure, séduire les acteurs de l’informel, mais plutôt des souscripteurs bien intégrés dans le circuit bancaire, d’où la crainte de voir les dépôts bancaires aspirés par cet emprunt, induisant de fait un effet d’éviction du crédit. Le cas de la Cash qui a dernièrement consenti une souscription record en est la parfaite illustration ! S.G.

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