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CONTRIBUTION. RÉVOLUTION CITOYENNE : DE LA MALÉDICTION A LA BÉNÉDICTION DE LA CONSTITUTION

Par Nour-Eddine Boukrouh
 
Paradoxalement, les articles qui ont été épargnés par les multiples révisions de Bouteflika sont aujourd’hui ceux qui posent le plus de problèmes : les 7, 8, 11 et 12, relatifs à la souveraineté populaire. Ni le peuple, ni le pouvoir, ni les constitutionnalistes ne leur accordaient la moindre importance avant les évènements que nous vivons depuis le 22 février.
Le peuple n’ayant rien demandé au lendemain de l’indépendance, le pouvoir usurpé par des imposteurs ne lui proposa rien. C’est ainsi que la Constitution de Ben Bella (1963) a été d’une extrême avarice en matière de pouvoirs dévolus au peuple. Ce qu’elle lui concéda de la main droite, elle le lui retira vite de la main gauche. Cela s’est joué en un seul article, le 27, où il est dit : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants à une Assemblée nationale, proposés par le Front de libération nationale et élus pour cinq ans au suffrage universel, direct et secret ».
La Constitution de Boumediene (1976) marquera une petite avancée, mais en théorie seulement. L’article 27 devient l’article 5 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par la voie du référendum ou par l’intermédiaire de ses représentants élus ».   Lorsque le peuple s’est à moitié réveillé en octobre 1988, son statut aux yeux du pouvoir changea immédiatement et le nombre d’articles qui lui étaient réservés passa de 1 à 4, lui donnant plus qu’il n’espérait. La Constitution de Chadli (1989) est celle qui est à l’origine des articles que tout le monde connaît désormais :
  Article 6 (« Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient au peuple ») ; article 7 (« Le pouvoir constituant appartient au peuple. Le peuple exerce sa souveraineté par l'intermédiaire des institutions qu'il se donne. Le peuple l'exerce par voie de référendum et par l'intermédiaire de ses représentants élus ») ; article 10 (« Le peuple choisit librement ses représentants. La représentation du peuple n'a d'autres limites que celles fixées par la Constitution et la loi électorale ») et article 11 (« L'État puise sa légitimité et sa raison d'être dans la volonté du peuple »).
La Constitution de Zéroual (1996) changera juste les numéros des articles. Le 6 devient le 7, le 7 devient le 8, le 10 devient le 11 et le 11 devient le 12. Le principal mérite de cette Constitution est d’avoir limité le nombre des mandats présidentiels à deux et créé le Sénat.
Jamais les milieux politiques et universitaires n’ont montré autant d’intérêt pour la Constitution que depuis le 2 avril, date d’éjection des Bouteflika dont l’aîné a pu en disposer comme un enfant jouant avec un légo, tandis que le benjamin hantait les travées d’el-Mouradia et de Zéralda avec le sceau de l’État en poche. Ils n’y trouvaient pas d’objection, sinon le règne des Bouteflika n’aurait pas duré autant. Rares étaient ceux qui osaient en dénoncer les viols répétés, et encore moins s’aviser à en appeler à une révolution citoyenne pour y mettre fin.
Depuis, constitutionnalistes opposés les uns aux autres sur de mêmes points et « twaychiya » en quête de portes d’entrée pour investir les lieux de pouvoir au nom, non pas de la loi ou des urnes, mais du « Hirak », voire de la minorité. Ils pullulent sur les plateaux de télévision, les pages de journaux et Facebook. Au point d’en donner le vertige à l’opinion publique, la balançant entre la peur et la stupeur devant ce qui risque d’arriver si elle ne les écoute pas.
Ils poussent l’inconséquence jusqu’à accabler la Constitution de ne pas avoir prévu tel cas de figure, telle situation ou telle occurrence, comme si ce n’étaient pas l’incompétence des hommes, leur courte vue et leurs arrière-pensées sataniques qui en sont coupables, mais l’encre et le papier qui se seraient associés pour qu’elle s’écrive elle-même.
Dans les pays sains d’esprit et de corps, les idées, les actes et les comportements des hommes politiques se conforment à la Constitution et se règlent sur elle, et non le contraire pour ensuite la blâmer de n’avoir pas anticipé leurs fantaisies. Une Constitution ne dit jamais que ce qu’on y a mis. Elle ne peut être ni muette ni loquace sur un sujet ou un autre, s’en tenant à ce que ses concepteurs et ses rédacteurs voulaient en matière de définition et d’articulation des différents pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire et attributions des organes consultatifs).
Il ne lui incombe pas de prévoir les triturations de malades mentaux, apprentis-despotes et « issabate » parvenus par on ne sait quel sortilège au pouvoir, et de les « constitutionnaliser » par avance. Au lieu de pointer du doigt l’état de maladie mentale nationale dans lequel nous nous complaisions, faux constitutionnalistes et vrais « twaychia » cravatés ou en kamis, jeunes ou quasi-centenaires, font aujourd’hui le procès d’une trentaine de pages de papier inanimé qui, pas plus que les idoles de la Kâaba au temps du Prophète, ne peuvent rien par elles-mêmes.
Bouteflika a perverti la Constitution algérienne comme personne avant lui, et c’est pourquoi « La malédiction de la Constitution », titre de l’article que j’ai publié à son intention dans « Le soir d’Algérie » du 24 avril 2011, l’a frappé en deux temps : sous le troisième mandat volé, avec l’AVC qui l’a réduit à l’état végétatif, et sous le quatrième quand il a été chassé par la révolution citoyenne et l’armée. Aujourd’hui, il ne lui reste que les yeux pour pleurer sur ses méfaits.
J’avais conclu cet article sur une pensée pour l’avenir qui est devenu notre présent : « L’âme tourmentée des martyrs trahis par les démons du despotisme qui se sont emparés de nos dirigeants avant même l’Indépendance, ne connaitra le repos que le jour où l’Algérie sera dotée d’une Constitution digne des idéaux pour lesquels ils se sont sacrifiés, une Constitution stabilisée pour un siècle qui consacrerait la souveraineté, les droits et devoirs du peuple, et non les intérêts conjoncturels d’un homme ou d’un clan ». Nous y sommes.
Cette « malédiction de la Constitution » cessera le jour où le peuple algérien présidera enfin à la rédaction de la Constitution qui couronnera sa révolution citoyenne. D’ici-là, attachons-nous au respect de l’actuelle comme à un véhicule défoncé de partout mais qui continue d’avancer sur les jantes pour atteindre la prochaine station où il pourra changer les pneus crevés et la garniture.  

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