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CONTRIBUTION. DÉBRANCHER POLITIQUEMENT BOUTEFLIKA

 Par Nour-Eddine Boukrouh
Pour la première fois depuis 2013 des informations médicales crédibles sur l’état de santé du président Bouteflika filtrent du cercle médical qui le traite, donnant une idée précise de sa réalité et prouvant au monde entier que ce sont d’autres que lui qui s’expriment en son nom pour perpétuer leur mainmise sur l’Algérie et son État à des fins crapuleuses.
Parti il y a deux semaines pour des « contrôles de routine », le voilà risquant de succomber à tout moment aux atteintes qui ont gravement détérioré son état physiologique et cérébral. Si une stabilisation n’est pas exclue, une rémission n’est pas espérée.
Ces informations qui intéressent le peuple algérien mobilisé comme jamais pour mettre un terme au long règne de Bouteflika et du système qu’il représente, rendent urgente la recherche d’une solution légale et pacifique à la crise ouverte par la perspective d’un 5e mandat.
Si les marches et les manifestations pacifiques se poursuivent en s’intensifiant dont celle de vendredi 8 mars sera une nouvelle et grandiose illustration, c’est parce que la nation veut en finir une fois pour toutes avec une époque révolue, celle du parti unique, de la démagogie, de l’homme providentiel, du charlatanisme et de la peur.
Il faut laisser ce malade aux soins que peut encore lui apporter la médecine, mais le moment est venu de le débrancher des responsabilités qu’il ne peut plus assumer : diriger un pays en ébullition qui aspire de toutes ses forces à une nouvelle ère. Le pays, lui aussi, est malade, de la maladie de son président, et a besoin, lui aussi, des bons soins de son peuple pour guérir et refaire sa vie sur de nouvelles bases.
I) LA SOLUTION INSTITUTIONNELLE
Une solution légale et pacifique est possible, disponible. Elle est entre les mains de l’institution habilitée à la mettre en œuvre, le Conseil constitutionnel, dont les membres doivent choisir dans les heures et les jours qui viennent entre la fidélité à un homme en fin de mandat et incapable d’en assumer un nouveau, et la loyauté envers la nation et la Constitution.
Cette institution n’a pas besoin d’être saisie puisqu’elle est penchée en cet instant même sur les dossiers de candidature à l’élection présidentielle du 18 avril pour les valider ou les invalider.
Cette fois elle ne délibèrera pas dans le secret de ses bureaux, mais sous les yeux du monde dans son ensemble qui témoigne qu’un homme de 82 ans gisant sur un lit d’hôpital entre la vie et la mort, loin de son pays, ne peut pas satisfaire aux critères exigés par une élection présidentielle.
Les membres du Conseil constitutionnel doivent, à l’unanimité et en leur âme et conscience, prendre acte de la double incapacité dans laquelle se trouve Bouteflika. Leur décision s’appuiera sur une réalité médicale évidente, reconnue des milieux médicaux, indiscutable et vérifiable.
Ils doivent rejeter son dossier de candidature pour raison médicale, ce qui entraînera aussi la reconnaissance qu’il n’est plus en mesure d’exercer les fonctions de président de la République.      L’article 102 de la Constitution a prévu et balisé une telle situation : « Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité totale d'exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit et, après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose à l'unanimité au Parlement de déclarer l'état d'empêchement. Le Parlement siégeant en chambres réunies déclare l'état d'empêchement du Président de la République à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres et charge de l'intérim du Chef de l'Etat, pour une période maximale de quarante-cinq (45) jours, le Président du Conseil de la Nation, qui exerce ses prérogatives dans le respect des dispositions de l'article 104 de la Constitution. En cas de continuation de l'empêchement à l'expiration du délai de quarante-cinq (45) jours, il est procédé à une déclaration de vacance par démission de plein droit, selon la procédure visée aux alinéas ci-dessus et selon les dispositions des alinéas suivants du présent article. En cas de démission ou de décès du Président de la République, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit et constate la vacance définitive de la Présidence de la République. Il communique immédiatement l'acte de déclaration de vacance définitive au Parlement qui se réunit de plein droit. Le Président du Conseil de la Nation assume la charge de Chef de l'Etat pour une durée de quatre-vingt-dix (90) jours au maximum, au cours de laquelle des élections présidentielles sont organisées ». 
Avec cette solution, l’Algérie pourra en quelques mois entrer dans une nouvelle ère avec une feuille de route élaborée par un organe de coordination du mouvement citoyen qui devra voir le jour et traduisant les aspirations populaires exprimées tout au long du déroulement de la révolution citoyenne.  Cette feuille de route pourrait comporter des points revendiqués depuis longtemps à une occasion ou une autre :
  • Élire un nouveau président de la République sur la base d’un cahier des charges élaboré par la Coordination.
  • Former un Gouvernement provisoire pour la mise en œuvre des objectifs fixés par la Coordination.
  • Restituer le sigle FLN à la mémoire nationale.
  • Dissoudre l’Assemblée populaire nationale et le Conseil de la nation.
  • Élire une Assemblée constituante chargée de rédiger la Constitution de la IIe République algérienne.
  • Adopter la nouvelle Constitution par référendum populaire.
  • Convoquer de nouvelles élections législatives et locales.
II) LA SOLUTION POPULAIRE
Si les institutions en place (Conseil constitutionnel, Parlement, Armée) n’assument pas leurs responsabilités en cette phase cruciale de l’histoire de l’Algérie, ne mettent pas dans la balance leur poids en faveur d’une solution légale pour répondre à la volonté souveraine du peuple, le pays perdra un temps précieux et les problèmes deviendront plus complexes. En tout cas, le pouvoir a tort de compter sur l’essoufflement de la révolution citoyenne engagée ou d’espérer un retour en arrière. Que feront-ils après le 18 avril auquel ils continuent de s’accrocher ?
Le temps passe et rapproche le pays du saut dans l’inconnu qui peut prendre la forme d’un coup d’État que ni le peuple ni l’opinion internationale n’acceptera. En vertu des dispositions de la Constitution en vigueur, la souveraineté, c’est-à-dire le pouvoir légitime de décider, appartient au peuple :
  • Art. 7 : « Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple.
  • Art. 8 : Le pouvoir constituant appartient au peuple. Le peuple exerce sa souveraineté par l'intermédiaire des institutions qu'il se donne. Le peuple l'exerce aussi par voie de référendum et par l'intermédiaire de ses représentants élus. 
  • Art.11 : Le peuple choisit librement ses représentants. La représentation du peuple n'a d'autres limites que celles fixées par la Constitution et la loi électorale.
  • Art.12 : L'État puise sa légitimité et sa raison d'être dans la volonté du peuple.Sa devise est « Par le Peuple et pour le Peuple ». Il est au service exclusif du peuple ».
  • L’élection présidentielle du 18 avril ne peut plus se tenir, sauf pour ceux qui croient à la « chèvre qui vole ».
La pression populaire va aller en s’amplifiant et sera galvanisée par le renfort que lui apporteront les organisations de la société civile (étudiants, avocats, journalistes, médecins, enseignants, syndicats, associations…), les intellectuels, les personnalités, les artistes et les partis politiques.
Elle pourrait recourir à la désobéissance civile et à la paralysie du pays jusqu’à la chute du système qui a gouverné l’Algérie par la fraude depuis l’indépendance si elle est contrainte à cette extrémité.
Les soutiens du pouvoir commencent à l’abandonner les uns après les autres, débouchant bientôt sur une désagrégation de l’édifice politique érigé par Bouteflika.
Il faut aussi compter avec les effets du soutien moral que ne manquera pas d’apporter la communauté internationale à cette révolution citoyenne qui l’a émue par son caractère hautement civilisé, son pacifisme et les idéaux démocratiques qu’elle porte.
Elle ne l’a pas qu’émue, elle est même susceptible de faire tache d’huile, inspirant d’autres peuples en Afrique et dans le monde arabo-musulman et les incitant à relancer des révolutions avortées ou des printemps non aboutis.
Comme jadis la glorieuse révolution de Novembre 1954 qui a malheureusement avorté par la faute d’hommes comme Bouteflika et beaucoup d’autres.
La révolution citoyenne en cours ne devra pas avorter. Il est trop tôt pour parler de la suite, car il faut  d’abord gagner la bataille du 5e mandat et du renvoi du « système ».  

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