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COMPLEXE SIDERURGIQUE EL HADJAR :CHRONIQUE D’UNE FAILLITE PROGRAMMÉE

    Samira Ghrib   Fleuron de l’industrie algérienne, symbole de la politique de l’industrie industrialisante prônée par feu le Président Boumédiène, le complexe sidérurgique d’El Hadjar à Annaba n’est plus que l’ombre de lui-même. Victime d’une privatisation hasardeuse, le complexe ne produit quasiment plus rien de notable depuis plusieurs mois. Fort « heureusement », le gouvernement algérien décide d’agir et de reprendre les actifs du complexe détenus par le partenaire étranger, Arcelor Mittal. L’accord portant transfert définitif de l’ensemble des parts sociales d’Arcelor Mittal Annaba et d’Arcelor Mittal Pipes end Tubes Algeria (AMPTA) à El Hadjar et des mines de Tébessa vers le groupe Imetal a été finalisé et paraphé à la mi-août dernier. Bonne opération ou juste retour des choses ? Rien n’est moins sûr. Il est vrai que la reprise du complexe sidérurgique a été bien accueillie aussi bien par les employés d’Arcelor Mittal Algérie que par l’opinion publique. Un écho favorable qui permet d’alimenter l’optimisme du ministre de l’Industrie et des Mines, M. Abdesselam Bouchouareb, lequel a multiplié les  déclarations quant aux objectifs assignés à l’industrie sidérurgique. Grâce, notamment, à l’apport du complexe en cours de réhabilitation et ceux des nouvelles unités sidérurgiques à Bellara, et à Oran ainsi que la production d’opérateurs privés, le ministre table sur un objectif de 12 à 13 mt/an de produits sidérurgiques tous types confondus à l’horizon 2020. Le plan de réhabilitation d’El Hadjar permettra à lui seul de porter la capacité de ce dernier à 2,2 millions de tonnes/an. Il va sans dire que sur le plan politique, la reprise d’Arcelor Mittal est une bonne opération. Or, il est légitime de s’interroger sur le coût économique de la transaction. Les précédents en la matière ne sont pas pour rassurer. Il n’y a qu’à se remémorer la prise de contrôle de l’opérateur de téléphonie mobile Djezzy motivée par une prise de position politique et ce que cela a coûté au contribuable, 3,5 milliards dollars plus exactement. Fort heureusement, la reprise du complexe El Hadjar et des mines de fer de Tébessa ne coûteront pas un dinar de plus au Trésor public. Le gouvernement fait-il pour autant une affaire ?   L’ÉTAT FLOUÉ UNE NOUVELLE FOIS…   Ce n’est pas le cas selon le propos de l’ex-président du syndicat d’entreprise Arcelor Mittal et actuel député du Parti des travailleurs, Smail Kouadria. S’il se réjouit du retour total et définitif du complexe d’El Hadjar dans le giron des capitaux marchands de l’État, il regrette l’incapacité des responsables en charge du secteur de l’industrie à gérer ce dossier au mieux des intérêts de l’État. En cause, le non-respect de certaines clauses contractuelles induites par le pacte d’actionnaires signés en octobre 2013. Un petit rappel des faits s’impose : lors de la privatisation du complexe en 2001, l’indien Ispat, devenu au fil des fusions acquisitions, Mittal, puis Arcelor Mittal, a acquis 70 % des actifs. Une décennie plus tard, la gestion hasardeuse du complexe et l’instabilité sur le front social assortis d’un total désinvestissement ont mené l’entreprise au bord du gouffre. Il n’en fallait pas plus  pour qu’une intervention de l’État s’impose. Celle-ci intervient en 2013 lorsque le gouvernement décide d’un plan de réhabilitation de près d’un milliard de dollars du complexe d’El Hadjar et des mines de Tébessa grâce à une recapitalisation de l’entreprise et d’un  crédit de la BEA de 700 millions de dollars. Un plan qui s’est accompagné d’un reprofilage par la banque publique d’une dette de 120 millions de dollars contractée auprès de la banque française Société générale. En contrepartie de quoi , Arcelor Mittal cédait 21 % de ses actifs au groupe public Sider lui permettant ainsi de devenir actionnaire majoritaire. Plusieurs clauses étaient introduites dans le nouveau pacte d’actionnaires, notamment celles relatives à l’obligation pour Arcelor Mittal de se maintenir en Algérie durant encore sept années, avec l’impératif de redresser le complexe et de réaliser des résultats positifs sur un délai de trois ans. Selon M. Kouadria aucune de ces clauses n’a été respectée, vu qu’Arcelor Mittal s’en tire au final à bon  compte. Il explique ainsi que si les autorités algériennes n’ont rien payé pour les actifs récupérés, elles héritent d’une lourde dette. « Comment peut-on l’expliquer autrement. Si Imetal récupère des actifs évalués à titre d’exemple à 120 millions de dollars, il se retrouve aussi avec une dette d’un milliard de dollars. Je pense que c’est Areclor Mittal qui fait une bonne affaire dans cette histoire », explique-t-il. Selon M. Kouadria, le partenaire étranger n’a rien versé au titre de la recapitalisation de l’entreprise comme cela a été convenu. Il reproche aussi qu’aucun audit ni bilan de l’action du partenaire étranger n’ait été fait. « Arcelor Mittal est parti avec armes et bagages », assène-il. Mieux encore il décroche « l’exclusivité pour le management de l’entreprise. Ainsi et si les Algériens ressentent le besoin de recourir au savoir-faire étranger en la matière, ils auront forcément recours à Arcelor Mittal ». L’ex-syndicaliste d’El Hadjar pense que cela aurait permis de mieux appréhender la manière dont a été géré le complexe et l’exécution du plan de réhabilitation d’El Hadjar lequel a, d’ailleurs, pris « énormément de retard ! ». « Je trouve le ministre extrêmement optimiste lorsqu’il déclare qu’El Hadjar sera opérationnel d’ici quelques semaines. Je pense qu’il ne sera pas avant début 2017 », avertit-il.  Et d’expliquer qu’une fois les travaux de rénovation entamés plusieurs problèmes ont été mis au jour. C’est d’ailleurs ce qui a poussé le ministre de l’Industrie et des Mines à évoquer «beaucoup de dommages et de dégâts cachés». Kouadria explique que les équipements du complexe, notamment le hauts fourneau, ont atteint leur fin de campagne en 2011 et qu’ils auraient dû dès lors être rénovés. Ce qui n’a pas été fait. A cela s’ajoute les différents mouvements sociaux qui ont induit des arrêts intempestifs du haut fourneau. Il est, selon lui, tout à fait naturel que les installations présentent certains dommages. En attendant la réhabilitation du complexe, la production est en berne et l’entreprise tourne à perte. En plus des fonds destinés aux travaux de rénovation et au renouvellement des équipements, la BEA a, d’ores et déjà, débloqué plus de 300 millions de dollars qui viennent ainsi se greffer aux dettes qui alourdissent le bilan de l’entreprise et qui sont destinés au fonctionnement. Autrement dit à la couverture des salaires des travailleurs, ainsi qu’à l’exploitation du complexe. Un fardeau qui risque de s’alourdir durant les prochains mois, vu que des facilités de caisses devraient être accordées pour la couverture des besoins d’exploitation. Arcelor Mittal s’en sort ainsi à bon compte. Une source proche du dossier expliquait, il y’a quelques mois qu’un retrait d’Arcelor Mittal, sans l’intervention de l’État en 2013 aurait induit en cas d’arrêt de l’unité d’Annaba, des pertes estimées à plusieurs centaines de millions de dollars pour le sidérurgiste. Celui-ci aurait eu alors à payer des charges de personnel, leurs indemnités, des compensations pour les sous-traitants ainsi que des charges de stockage et de manutention.   UNE PRIVATISATION MAL NÉGOCIÉE   Le complexe d’El Hadjar est devenu par la force des choses un cas d’école. Celui d’une privatisation mal négociée. L’indien Ispat avait pourtant bénéficié à la reprise  du complexe en 2001 d’une structure opérationnelle avec 28 unités essaimées sur une surface de plus de 80 hectares, ne nécessitant que ce souffle d’efficience et d’efficacité devant booster ses performances. Il a aussi pu bénéficier d’importants stocks de produits sidérurgiques dont la valeur permettait de couvrir les frais d’acquisitions dès la première année.  En tout état de cause, durant les premières années du partenariat Sider-Ispat, la production a inscrit une courbe ascendante, jusqu’à atteindre un pic de 1,1 million de tonnes de produits sidérurgiques en 2007. Cette même année marque un tournant dans l’évolution du complexe. C’est l’année de la fusion entre le groupe indien Mittal Steel et l’Européen Arcelor. L’arrivée du staff européen à Annaba s’accompagne d’un nouveau modèle de gouvernance pour l’entreprise, mais aussi d’une baisse de la production. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse, le désinvestissement au niveau du complexe, la multiplication des incidents, l’ébullition sur le front social ainsi que les luttes syndicales intestines entraînant souvent des arrêts intempestifs de la production. Il faut aussi prendre en compte la crise économique et financière  de 2008 qui a induit une baisse des prix de l’acier. Certains iront même jusqu’à prétendre qu’Arcelor Mittal  a tenté sciemment de brider l’unité d’Annaba au profit d’autres filiales du groupe mondial. La finalité est que le complexe d’El Hadjar qui se caractérisait par une parfaite autonomie et autosuffisance grâce à la prise en charge des différents process de la production sidérurgique selon une démarché intégrée de la mine à la sortie du produit fini a dû, au fil des ans, recourir à l’importation de coke après l’arrêt de la cokerie, ainsi que de billette.  L’unité qui affichait le taux de rentabilité le plus faible au sein du groupe Arcelor Mittal et les coûts de production les plus élevés, enregistre depuis quelques années des pertes estimées à plusieurs millions de dollars par an. S.G.  

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