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Cité du cinéma d’El Achour : Vers un partenariat public-privé

Mouna Salmi   En 2017, l’Algérie sera dotée d’un site cinématographique à El Achour à Alger. Il sera le premier dans l’histoire du pays. « Le site sera ouvert aux producteurs privés. Le budget de réalisation de ces studios a été prélevé du budget de la superproduction « Ibn Badis » estimé à 350 millions de dinar », a annoncé, en octobre dernier, le ministre de la Culture, Azzeddine Mihoubi. Le film sur le père du mouvement réformiste algérien est en cours de réalisation par le cinéaste syrien Bassil Al Khatib. La construction des décors de ce long métrage a créé le besoin de bâtir un site pour la production cinématographique dans la périphérie de la capitale. «Nous allons avancer pas à pas, nous voulons réaliser tous les objectifs tracés pour la relance du cinéma algérien. D’abord, nous voulons encourager l’investissement privé pour créer des laboratoires de développement, de montage,  d’effets spéciaux, bref,  de post production », a soutenu le ministre de la Culture. En septembre 2016, le cinéaste Belkacem Hadjadj a ouvert un studio de post production (mixage, montage, traitement du son et de l’image) à Bab Ezzouar, à l’Est d’Alger. «Chaque cinéaste peut venir avec ses images ici. Il sortira avec un film complet, prêt à être diffusé aux normes numériques, DCP (Digital Cinema Package, NDLR). Dans tous les cas, les coûts seront moins importants que ceux imposés par les laboratoires européens. Il n’y a ni frais de visas, ni de billets d’avions ni de séjour à payer », a expliqué Belkacem Hadjadj. « Ce studio va éviter à l’Algérie de recourir aux laboratoires étrangers. C’est une première étape. Nous avons constaté que l’industrie du cinéma en Algérie a besoin d’espaces. D’où le projet d’El Achour. Nous avons opté pour une construction graduelle de studios », a-t-il précisé. Le Centre algérien du développement du cinéma (CADC), qui a repris en partie les prérogatives de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC),  est autorisé à reprendre, à chaque fois, une petite partie des budgets des films à produire pour constituer un fonds qui sera utilisé pour les projets futurs (De 1 à 9 millions de dinars). Une gestion imposée par la politique d’austérité du gouvernement. Gouvernement qui ne peut plus accorder d’affectations budgétaires aux grands projets culturels du moins durant les trois prochaines années. « A la cité d’El Achour, des films, des feuilletons et des programmes de télévision seront tournés. La cité sera entièrement construite selon les normes techniques et artistiques mondialement reconnues avec plusieurs compartiments et espaces », a détaillé Azzeddine Mihoubi. Le gouvernement veut profiter des nouveaux besoins nés avec l’éclosion de chaînes de télévision privées qui, souvent, ne trouvent pas de studios pour le tournage des talk-shows ou des drames. Selon Mihoubi, des partenaires privés se sont engagés à participer à l’investissement dans la cité d’El Achour. Les montants seront précisés durant les prochaines semaines. L’idée est d’arriver à un véritable partenariat public-privé puisqu’il faut compter plus de 350 millions d’euros pour le montant initial d’un projet de ce genre.   « LAISSER LE PRIVÉ INVESTIR »   Le cinéaste Ahmed Rachedi a, quant à lui, qualifié de « positive » la création de studios de cinéma. « Mais, je pense que l’Etat n’a pas vocation à gérer ce genre de structures. Nous avons présenté nous même un projet depuis presque une année. Nous ne demandions que l’assiette foncière. Il s’agit de studios, de plateaux, d’ateliers de fabrication d’accessoires, de décors et d’une école de formation aux métiers du cinéma. Nous n’avons pas encore reçu de réponse. L’Etat parle de cité de cinéma. Je demande à voir. J’espère que c’est le début de la construction d’un grand complexe qui peut ressembler à ceux du Maroc ou de Tunisie. Un complexe qui nous permet, nous cinéastes algériens, d’être délivrés et de ne plus être obligés d’aller à l’étranger pour tourner dans les intérieurs ou pour la post production », a estimé le réalisateur de « L’opium et le bâton ». Il a parlé également des initiatives privées comme les studios de  Belkacem Hadjadj. « Il faut laisser le privé investir dans ce domaine. Chacun avec sa spécialité. Un studio de doublage, un studio de musique, un studio de post production. Si l’Etat veut avoir la main sur tout, je pense qu’on n’ira pas loin surtout qu’on nous parle ces derniers temps d’austérité », a relevé Ahmed Rachedi.   CRÉER UN FONDS MAGHRÉBIN   Le cinéaste Karim Traïdia cite l’exemple du Maroc. « Les studios de Ouarzazate sont énormes. Dans tous les festivals, ces studios sont présentés de sorte qu’on a l’impression que c’est le centre du cinéma du monde. Je me suis dit, en assistant à une présentation, pourquoi l’Algérie, qui a les moyens, n’en fait pas autant. Nous avons des cinéastes, des talents … », a-t-il dit. Parlant de son dernier film, « Chroniques de mon village », et les difficultés qu’il a eu pour le produire, Karim Traïdia confie qu’il aurait pu souffrir moins si le projet d’El Achour existait avant. « Quand une structure est installée et quand on sait comment gérer, quand il y a une expérience et une connaissance qui sont prêts, cela arrange beaucoup les choses. Beaucoup dépend donc de l’organisation de la structure, des moyens mis, des portes qu’on va ouvrir. Je pense que c’est là où l’on doit le plus investir. Il facile de construire, d’avoir le matériel, le défi, c’est après. C’est à dire la gestion, l’espoir qu’on va créer, les facilités qu’on va donner aux producteurs et réalisateurs. C’est là qu’on va travailler le plus, à mon avis », a-t-il dit. L’Algérie va, selon lui, faire de l’économie de la devise. « Cela va nous éviter d’aller en Tunisie, par exemple. Mais, il est toujours possible d’aller vers des coproductions. Je plaide pour la création d’un fonds maghrébin de soutien au cinéma. Cela pourrait résoudre beaucoup de problèmes. Et les studios comme ceux d’El Achour pourraient être avantageux. Maintenant, le challenge est d’attirer des producteurs étrangers pour des tournages dans ces studios. Sur ce plan, les tunisiens et les marocains nous ont déjà devancé », a souligné Karim Traïdia qui est établi aux Pays Bas.   S’INTÉRESSER AUX SALLES DE CINÉMA   Le critique et journaliste Djamel Hazourli estime, pour sa part, que la cité du cinéma doit être la base de toute production cinématographique. «C’est une infrastructure essentielle pour toute industrie du cinéma partout dans le monde, en Egypte, au Maroc, en Europe. En Algérie, on s’intéresse beaucoup au film historique. Ce genre de film exige des décors. La nouvelle cité d’El Achour pourrait régler ce problème, permettre plus de production», a-t-il dit. Annuellement, et à titre d’exemple, l’Egypte produit entre 500 et 600 films. Djamel Hazourli s’interroge sur la production future dans cette cité avec la décision du gouvernement d’adopter une politique d’austérité. « J’estime qu’il faut procéder par priorité. Après ce projet de cité du cinéma, il faut se concentrer sur les salles de cinéma, la distribution des films. Il faut suivre tout le cycle d’un film. Il est également important de relancer le cinéma amateur. La Tunisie a produit des films importants grâce à des jeunes formés au festival de Klébia et des cinéclubs. Pour reprendre la production cinématographique en Algérie, il faut donc revenir à la base. Beaucoup de films tournés avec une seule caméra ont eu un succès retentissant », a-t-il relevé. Il a plaidé, dans la foulée, pour l’enseignement du cinéma à l’école et au lycée. « Il faut habituer les jeunes au langage du cinéma. Si nous arrivons à rassembler tous ces éléments, nous pourrons donc avoir une plate-forme de lancement du septième art en Algérie », a-t-il noté. Le critique Abdelkrim Kadri, de son côté, relève que la Cité du cinéma ne serait rentable et efficace qu’une fois tous les mécanismes de fonctionnement réunis. « Les rentrées des studios de Ouarzazate au Maroc dépassent annuellement les 300 millions de dollars. Ces studios sont devenus une destination mondiale pour la production de films en raison des facilités qui sont accordées sur place. Un bureau assure tous les services, répond à toutes les demandes des producteurs. Cela va des autorisations de tournages au matériel de guerre pour le besoin des films ! En moins de vingt-quatre heures, les producteurs ont tout ce qu’ils veulent. En Algérie, le manque de souplesse des lois et règlements ne permet pas encore l’épanouissement d’une production cinématographique », a-t-il souligné. Il a appelé à changer les lois,  à relancer la distribution des films, à ouvrir les salles, à diversifier la production de films. « Avant d’ouvrir une cité de cinéma, il faut d’abord qu’on ait une production régulière de films, car, il s’agit d’être rentable sur le plan économique à long terme », a-t-il dit. Pour lui, le grand sud algérien est l’endroit idéal pour construire des cités de cinéma. « Les producteurs occidentaux ont besoin de ce genre d’espaces pour les films.», a-t-il noté. M.S.

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