CHOC EXTERNE : QUEL EST L’IMPACT DES MESURES PRISES ?

Par M'hamed Hamidouche Docteur en Economie   Le cheval de bataille de tous les gouvernements vise à réduire les déficits en matière des dépenses publiques et, la balance des paiements dans le cadre de la politique budgétaire (lois de finances), à travers la réorientation des subventions accordées et, de la fiscalité appliquée. Cette démarche accompagnée par une politique monétaire dédiée à la lutte contre l’inflation (stabilité des prix) basée sur une monnaie non volatile sur le moyen terme, où la flexibilité du régime des changes est incontestable, avec comme objectif majeur d’atteindre une croissance économique durable au moins légèrement supérieure à la croissance démographique. Évaluons pour l’heure les mesures prises par le gouvernement pour contenir le choc externe…   RÉDUCTION DES IMPORTATIONS   Ces politiques ne peuvent être efficaces que si, en plus de cette stabilité, des mécanismes d’adaptation aux chocs externes sont mises en place. Sachant que l’économie Algérienne souffre du «syndrome hollandais», de facto, les solutions faciles primes sont prônées par l’administration, en quête d’autorité et de pouvoir. À titre d’exemple, la politique de réduction des importations, recommandée actuellement, n’obéit à aucune stratégie de substitution et de concurrence à l’importation et elle ne peut mener qu’à une décennie perdue d’avance.   CROISSANCE ET EMPLOI   Sur le plan social, un programme de lutte contre la pauvreté par la création d’emplois, comme choix central de la politique macro-économique, ne peut trouver de solution seulement si elle s’appuie sur une feuille de route destinée à rendre le pays attractif à l’investissement étranger direct, en s’articulant sur des mesures permettant ainsi la diversification sectorielle, l’amélioration de la productivité et la disponibilité d’une main d’œuvre qualifiée, une infrastructure de transport et de communication, une qualité de vie reconnue, des pôles universitaires de renommée, l’utilisation de la position géographique du pays destinée à devenir une plateforme d’exportation ou au moins de réexpédition. Lorsqu’on prône la création d’emplois par l’investissement étranger direct, il faut se fixer des objectifs. Car les investissements étrangers directs ne peuvent représenter généralement que 10% de l’emploi global mais l’essentiel est dans l’amélioration du volume des exportations. Pour le cas de l’Algérie l’objectif devra être une augmentation annuelle de 200 à 300% par rapport au niveau actuel. 50% de ces exportations devront être issue des grandes entreprises et le reste répartie entre les PME et les entreprises de tailles intermédiaires. Dans ce contexte, les entreprises spécialisées dans la logistique seront privilégiées.   DÉVELOPPEMENT INDUSTRIEL   Pour ce qui est de la vision spatiale du développement économique, on peut commencer avec les zones industrielles pour arriver à des pôles de compétitivité où l’efficacité par la synergie entre les entreprises, les laboratoires de recherche et les établissements de formation d’un même secteur est la base de toute stratégie, pour arriver in fine à des zones franches industrielles d’exportation qui attirent de nouvelles compétences d’ordre internationales et qui sera la seule voie de recours au transfert technologique en sus de la spécialisation. Cette voie retiendra sur le long terme (dix à 15 ans) une croissance soutenue allant de 6 à 9%, avec comme objectif d’atteindre un niveau d’exportation hors-hydrocarbure dépassant largement le seuil de 15 milliards de dollars par an. Cette démarche confortée par une vision sur les investissements futurs et les plans nécessaires et par des reformes structurelles à mener. Celles-ci touchent entre autres, les lois ayant trait au travail, à la retraite, à la fiscalité et à la parafiscalité, les assurances, l’innovation, la formation (fondamentale et professionnelles), la recherche, les statuts, la transition énergétique, le dialogue social, l’attraction des compétences étrangères, l’évaluation des politiques publiques et l’ensemble des lois relatives à l’initiative économique permettant l’égalité des chances économiques partant du foncier industriel, agricole, touristique, jusqu’aux textes régissant l’énergie, les mines, le transport, le commerce, la monnaie et le crédits,…….etc. En plus, des actions d’ordre prioritaires sont nécessaires tels que la mise en place d’un système d’information national, un climat des affaires favorable au business similaire à celui des pays de l’OCDE (par exemple 5 procédures permettant de créer une entreprise en moins de 5 jours), l’amélioration du classement du pays dans plusieurs segments à savoir : l’e-gouvernement, le niveau de la fiscalité générale et celle liée à la recherche & au développement, les brevets d’invention, le numérique, la compétitivité & la productivité, l’attractivité des talents étrangers (établis par l’UNESCO), l’innovation (poids du financement public dans la recherche), le stock des investissements nationaux à l’étranger, le classement dans fortune 500, la mondialisation de la bourse, le poids du transport, les 100 entreprises les plus innovantes, le classement de nos villes dans le palmarès mondiales, pour ne citer que ceux-là.   LUTTE CONTRE L’INFORMEL   Revenons à la politique économique menée actuellement ou la lutte contre l’informel fait grand débat. L’informel de par sa définition n’a pas de relation avec l’administration, l’évasion fiscale devant constituer l’action essentielle. Cela doit conduire logiquement à la conception de structures d’imposition plus résistantes à la corruption. Une des mesures préconisées est la taxe sur les transactions financières «l’imposition des débits bancaires même d’ordre symbolique» afin de collecter les informations relatives aux transactions des entreprises pour détecter les fraudes fiscales. Dans cette logique et dans le quotidien du citoyen on se demande qui a autorisé ou qui permit le système paiement en peer-to-peer (familièrement appelé flexy) dans la téléphonie mobile. Ce système définitivement assis les paiements en cash au lieu des cartes téléphoniques. Le pire est qu’aucune instance ne contrôle les mouvements et encore le paiement de la TVA auprès des 3 opérateurs agréés, par les différents points de vente. Rappelons d’ailleurs que ce système de paiement n’existe que dans certains pays du tiers monde. Tout le monde est conscient que la lutte contre l’informel passe par l’application de la loi relative à la lutte contre le blanchiment d’argent qui exige que tout paiement supérieur à 50.000 Dinars devra se faire par chèque. Depuis 2011, cette mesure est devenue tabou pour tous les gouvernements qui se sont succédées car les esprits restent marqués par les émeutes, alors que le bon sens, voudrait que ne pas imposer cette mesure est le signe que le détournement de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) et qui est synonyme d’un acte passible à un recours aux tribunaux et qui relève du pénal, est toléré.   DETTE ET CRÉDIT   L’une des mesures prises par le gouvernement pour face au déficit budgétaire est l’emprunt obligataire pour la croissance. Une mesure largement insuffisante lorsqu’on sait que le plus adapté est de prendre des mesures anticycliques à pour faire face à l’assèchement du Fonds de régulation des recettes. Une autre action prônée actuellement par le gouvernement, celle relative au retour du crédit à la consommation. Plusieurs études ont démontré que les pays en voie de développement restent caractérisés par un taux d’épargne faible et l’effet multiplicateur serait plus conséquent, s’il est accompagné par une politique de crédit. Dans ce cas de figure, quel est le premier bilan et quelles sont les conclusions qu’on peut tirer de la reprise du crédit à la consommation. Pour le moment, on n’en saura pas plus, en l’absence d’une politique d’évaluation transparente.   CONCLUSION   En conclusion, les actions menées actuellement ne sont point destinées à contenir le choc de la balance des paiements alors qu’il y’a lieu de libérer le taux de change et de rendre à la monnaie sa valeur réelle, de réduire à la fois les dépenses publiques, le déficit budgétaire et les subventions de façon graduelle afin de permettre aux prix et aux volumes de jouer le rôle d’équilibre entre l’offre et la demande, de briser le gaspillage, aussi bien au sein des ménages qu’au niveau de l’Etat et d’aller vers plus de rationalité dans les comportements et dans la régulation décidée par les institutions ou par les autorités administratives indépendantes. L’Algérie dans son marasme est dans la même situation que le chauffeur d’un camion roulant sur une pente raide, il restera maître de son camion uniquement s’il respecte la limitation de vitesse, dans le cas contraire, le camion sera le seul maître. M.H.

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