Championnat algérien de football professionnel : La grande supercherie !

Cinq ans après son lancement en grandes pompes, le football professionnel n’arrive toujours pas à décoller, en Algérie. Et pour cause, le constat établi par les spécialistes en la matière, est édifiant à plus d’un titre.

Par Walid Bouâmama

L’avenir ne s’annonce pas sous de bons auspices, selon de nombreux observateurs, qui n’hésitent pas à faire la comparaison entre le «bricolage de chez nous» et le travail qui se fait dans les autres pays, du moins chez nos voisins tunisiens et marocains pour ne citer que ceux-là.

Aujourd’hui, si le football algérien ne fait plus recette, c’est parce que les choses vont mal au sein de toutes les instances de gestion de ce football, malade de ses hommes.

En vertu du cahier des charges, le club qui dispose d’un statut professionnel est tenu de répondre à une série de conditions et d’obligations.

QU’EST-CE QUE LE PROFESSIONNALISME ?

En termes de ressources financières, d’abord. Ainsi, le club sportif professionnel est tenu d’avoir des ressources financières suffisantes et compatibles avec les exigences de la compétition et en rapport avec ses activités, d’assurer la tenue d’une comptabilité, conformément aux lois et règlements en vigueur.

Le formalisme est aussi de mise dans toutes les transactions. Le club doit régler toutes les opérations financières par chèque ou virement, s’interdire la manipulation d’espèces sauf pour des régies nécessaires aux menues dépenses conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur prévues en la matière et procéder à la comptabilisation régulière de toutes les opérations.

Il doit aussi se soumettre aux contrôles sur pièces et sur place des organes et autorités de contrôle et de leurs représentants habilités à cet effet en permettant, notamment à ces derniers d’avoir accès aux informations comptables et financières nécessaires à l’accomplissement de leur mission.

SUIVI DES SALAIRES ET DE LA BILLETTERIE

Le club sportif professionnel s’engage, en outre, à produire, conformément aux procédures et dispositions législatives et réglementaires en vigueur, auprès de la direction du contrôle et de gestion financière de la Fédération Algérienne de football et auprès de la Ligue du football professionnel ainsi qu’auprès de la Direction de la jeunesse et des sports de la wilaya concernée. Une copie du bordereau des salaires versés mensuellement, une copie de la déclaration des salaires et autres rémunérations effectuées auprès de l’administration fiscale et des organismes de sécurité sociale concernés, ainsi que la situation comptable approuvée par les instances dirigeantes devront également être transmises.

Il est tenu également de fournir un plan détaillé de financement du programme pluriannuel ainsi que le budget annuel, les comptes et bilans dûment certifiés par un commissaire aux comptes agréé. Le compte d’exploitation ainsi que tous documents comptables prévus par le Code de commerce, l’état des ressources perçues au titre du sponsoring, de la publicité, du mécénat, des dons et legs, de même que les livres d’inventaire et registres légaux exigibles par le code de commerce, le cas échéant, doivent être, à leur tour, communiqués. Le club sportif professionnel s’engage, d’autre part, à établir une feuille de recettes à l’occasion de chaque rencontre. Ce document doit mentionner toutes les places vendues et faire apparaître les recettes brutes. La feuille de recettes doit être adressée à la fédération algérienne de football, à la ligue du football professionnel et à la direction de la jeunesse et des sports de la wilaya ainsi qu’à l’administration des Impôts territorialement compétente.

LA RÉGLEMENTATION À L’ÉPREUVE DU TERRAIN

Mais en dépit de tout ce dispositif législatif et réglementaire, la situation n’a pas évolué. Pis encore, les choses se sont empirées au fil des années, donnant lieu à un spectacle désolant d’un football gangrené par des maladresses et des malversations qui en disent long sur la profondeur du marasme du sport-roi en Algérie.

Le président de la FAF, Mohamed Raouraoua, n’avait pas caché sa gêne en parlant de la situation de notre football professionnel en affirmant, sans ambages, que les objectifs tracés « n’ont pas été atteints ».

Il faut admettre que ce qui peut être considéré comme nouveau dans ce système de compétition, ce sont les salaires faramineux que les joueurs perçoivent sans aucun engagement de leur part, puisque 60% des joueurs évoluant dans notre championnat national touchent plus de 160 millions de centimes par mois, ce qui ne peut qu’obérer les caisses de nos clubs.

« Ils sont tous déficitaires, car leurs masses salariales avoisinent les 80% », avait relevé le patron de la FAF, estimant qu’à ce rythme, « on ne pourra pas aller très loin ».

Pour de nombreux spécialistes, il faudra revoir, d’une manière urgente, la gestion de nos clubs, d’autant plus que le plafonnement des salaires peut être envisagé comme une solution, mais on ne pourra pas les obliger à suivre cette voie, comme l’avait dit le président de la FAF.

LES RAISONS DES DÉFICITS

Cependant, même si certains pensent que la réduction des effectifs des clubs d’élite peut contribuer, un tant soit peu, à réduire leur masse salariale qui est trop élevée, il n’en demeure pas moins qu’ils ne pourront rien entreprendre ou investir comme le leur permet aujourd’hui la loi sur les investissements.Actuellement, les clubs recrutent des joueurs, mais, il y en a beaucoup qui ne jouent pas. Et cela ne fait qu’augmenter les charges des clubs lorsqu’on connait la politique des salaires qu’ils sont en train de suivre, d’où le fait qu’ils soient tous déficitaires.

D’autre part et concernant les joueurs étrangers qui ont signé en Algérie avec des clubs professionnels, ils font beaucoup jaser, surtout après la mesure prise par la FAF de mettre fin, d’une façon temporaire, au recrutement de ces joueurs. Toutefois, les joueurs sous contrat resteront à la disposition de leurs clubs respectifs jusqu’à la fin de la saison. Il s’agit d’une mesure temporaire. On l’avait prise afin de répondre à la difficile situation que traverse les joueurs étrangers recrutés par nos clubs. La plupart d’entre eux ne sont pas payés en devises mais en dinars qu’ils échangent par de la devise au square Port-Saïd. Comme ils ne disposent pas de permis de travail, ces joueurs rencontrent des difficultés à leur sortie du pays.

« On ne veut pas que cette situation perdure du moment que les joueurs recrutés ne sont pas des internationaux. On a ramené un joueur comme si il était un international brésilien. Ce qui n’était pas le cas. Ce n’est pas normal. Ils sont très bien payés, mais ne jouent pas. Toutefois, c’est une mesure qui reste temporaire » avait expliqué le premier responsable de l’instance fédérale.

W. B.

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