CARBURANT PROPRE : LE GPL PEINE À S’IMPOSER

Fodhil Ben M’hamed   En dépit de ses avantages économiques et environnementaux ainsi que sa disponibilité abondante, le gaz de pétrole liquéfié (GPL/C) peine toujours à s’imposer comme carburant incontournable auprès des automobilistes algériens en plus de trois décennies d’introduction. Avec un taux de pénétration très timide de moins de 2% de l’ensemble du parc national d’automobile, soit une consommation totale de quelque 291.000 tonnes par an, ce carburant propre et bon marché est loin de pouvoir se tailler une part plus importante par rapport au gasoil ou à l’essence qui, tous les deux, représentent une consommation globale moyenne de 15 millions de tonnes par an. En effet, la consommation du GPL/C est passée par plusieurs étapes depuis son introduction en 1983 dans le parc automobile algérien, une mesure révolutionnaire à l’époque et qui devait transformer à jamais la structure de consommation de carburant. Peine perdue, la révolution n’a pas eu lie ! D’après des données officielles, la consommation de ce carburant a atteint en 2009 un pic de 356.000 tonnes avant de retomber à ses niveaux actuels. L’essentiel de l’énergie consommée dans ce secteur provient des dérivés du pétrole dont 65% gasoil et 26% essence, alors que le GPL, qui est un carburant propre, ne représente que 3%, indique-t-on de même source. Toutefois, la mise en œuvre de la nouvelle tarification des carburant dans le cadre de la loi de finances 2016 s’est traduite par un regain d’intérêt pour le GPL /C dont la demande a connu une croissance de 7% pour le seul mois de janvier dernier avec une consommation de 22.315 tonnes contre 20.811 tonnes en décembre de l’année précédente, avant de passer à 16% de progression en février.   UN CARBURANT MOINS CHER   Il convient de rappeler que le prix du litre de GPL/C, plus connu sous le fameux label ‘’SIRGHAZ’’ s’élève à 9 dinars, un tarif inchangé, alors que les autres carburants ont connu une hausse allant jusqu’à 30% dans le cadre de la loi de finances 2016. A neuf dinars le litre, soit l’équivalent de 0,08 dollar, c’est en Algérie que l’on trouve le GPL/C le moins cher au monde, loin devant le Kazakhstan (0,14 dollar) et la Russie (0,24 dollar). Mais dans les pays où l’on consomme le plus ce carburant, il est paradoxalement, bien plus onéreux. Ainsi, en Pologne, il est à 0,43 dollar le litre, en Italie à 0,62 dollar, comme en Corée, et à 0,83 dollar en Turquie. De même, c’est en Algérie que l’écart entre le GPL/C et l’essence est le plus important avec -71%. Cependant, les faibles capacités de conversion de véhicules en GPL carburant ont sérieusement affecté son amplification et la généralisation de son usage à l’ensemble du parc automobile algérien. Aujourd’hui, ces capacités sont seulement de l’ordre de 140 véhicules par jour, alors que le délai moyen pour répondre à une demande de conversion est de 120 jours. Donc il faut attendre plus de quatre mois pour pouvoir décrocher un rendez-vous pour convertir sa voiture au GPL/C.   Dans un souci de résoudre ces contraintes et dans la perspective d’une plus large utilisation des carburants propres dans le secteur des transports, les pouvoirs publics se sont fixés un objectif de convertir près du tiers du parc automobile à motorisation essence en 2030 parallèlement à l’élargissement de l’utilisation du gaz naturel comprimé (GNC) comme carburant pour le poids lourd et le transport de passagers.   Ces deux objectifs s’inscrivent dans le cadre du programme national d’efficacité énergétique pour les 15 prochaines années qui prévoit surtout la conversion de 1,3 million de véhicules au GPL carburant et 11.000 bus au GNC à l’horizon 2030. Développer le GPL et le GNC comme carburants de substitution aux carburants traditionnels constitue le meilleur outil pour améliorer l’efficacité énergétique dans le transport et limiter la pollution.   DES STATIONS-SERVICES VERTES   La mise en œuvre d’une bonne partie de ces ambitions a été assignée à la Société nationale de transport et de distribution des produits pétroliers (Naftal). Cette dernière table à partir de 2016 sur l’implantation de GPL/C dans un millier de stations services qui ne disposent pas encore de ce carburant, dans la perspective de renforcer les 600 stations services existantes. Ainsi, le taux couverture nationale du réseau de stations-services équipées en SIRGHAZ passera à 73% à l’horizon 2030 contre 27% actuellement. En parallèle, une trentaine de nouvelles stations services vertes dédiées exclusivement aux carburants propres (GPL/C et GNC) seront réalisées sur les cinq prochaines années pour s’ajouter aux six (stations) existantes. Naftal aspire aussi à mettre en place 30 nouveaux centres de conversion au GPL/C pour porter le parc de conversion à 66 centres contre 36 actuellement. Ceci devrait permettre de renforcer les capacités de conversion propres à Naftal à 20.000 véhicules par an, et ce, sans compter la contribution des opérateurs privés. Selon les prévisions de Naftal, la concrétisation de ces mesures permettra à l’horizon 2020 de convertir 80.000 véhicules contre 89.000 conversions depuis 1983, la commercialisation de deux (2) millions de tonnes de GPL/C (4,7 mt depuis 1983), l’économie de 2,1 millions de tonnes d’essences mais surtout réaliser un gain de 200 milliards de dinars (environ 2 MDS USD) pour l’économie nationale.   CHANGER LES MENTALITÉS   Dans le même chapitre, Naftal qui dispose déjà d’une station service dotée de GNC à Rouiba est en discussions avancées avec plusieurs établissements publics de transport urbain et d’hygiène (Etusa, Extranet, Netcom) en vue de convertir leurs flottes en GNC. Selon des chiffres avancés par l’Agence nationale de la promotion et de la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE), le secteur des transports, qui représente à lui seul environ 41% de la consommation totale d’énergie du pays, est considéré comme l’une des premières sources de pollution en Algérie avec des émissions atteignant 14 millions de tonnes équivalent CO2, soit un taux de 46% des émissions de gaz à effet de serre, sans oublier l’impact sur la santé publique, vue l’usage élargi du Diesel et qui présente certains risques induits par l’émission de certaines particules, d’où l’importance de soutenir l’action de sensibilisation sur les avantages environnementaux de l’utilisation des carburants propres. Par ailleurs, et au-delà de toutes ces incitations, un travail est à faire pour changer les mentalités et rassurer les automobilistes algériens qui croient toujours que l’utilisation du GPL risque de réduire sensiblement les performances de leurs véhicules, voire abîmer leur moteur, ce qui est complètement faut à condition d’une bonne adaptation des kits de SIRGHAZ par rapport aux performances de chaque moteur, selon les spécialistes. L’interdiction de faire accéder les véhicules roulant en GPL aux espaces fermés ou souterrains de stationnement par précaution aux risques d’explosions est une autre contrainte à laquelle les pouvoirs publics devraient faire face rapidement. F.B.M.

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