Bolivie: violences après la démission de Morales, des pays dénoncent un « coup d’Etat »

Des violences ont éclaté dans la nuit de dimanche à lundi à La Paz et à El Alto, une ville proche de la capitale bolivienne suite à la démission du président Evo Morales Ayma, après trois semaines de manifestations contre sa réélection à un quatrième mandat, un départ ayant suscité la réaction de nombre de pays l'ayant qualifié de "coup de d'Etat". Le dirigeant d'un collectif de citoyens, Waldo Albarracin, ainsi qu'une présentatrice de la chaîne Television Universitaria, Casimira Lema ont déclaré que leurs maisons ont été incendiées. De plus, plusieurs dizaines de personnes semaient la peur au cours de la nuit dans le quartier d'Achumani, dans le sud de La Paz, selon les médias locaux. Le président bolivien démissionnaire, dont la localisation était inconnue dimanche, a annoncé sur tweeter qu'un mandat d'arrêt "illégal" avait été émis contre lui, dénonçant lui aussi, "une attaque" ayant ciblé dans la nuit du 10 au 11 novembre, son domicile par "des groupes violents". "Les putschistes détruisent l'Etat de droit", a-t-il ajouté. Quant à lui, le chef de l'opposition et candidat malheureux à la présidentielle du 20 octobre, l'ex-président bolivien Carlos Mesa, a indiqué dimanche que les Boliviens ont "donné une leçon au monde" en obtenant le départ de Morales, estimant que "demain la Bolivie sera un nouveau pays", tandis que des milliers de Boliviens fêtaient dans la rue la démission du chef de l'Etat. L'opposition avait, auparavant, appelé M. Morales à démissionner. Le centriste Carlos Mesa, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle, dont l'Organisation des Etats américains (OEA) a demandé l'annulation, a estimé que Morales "n'est pas en conditions" de mener un nouveau processus électoral ni de se présenter à nouveau comme candidat. En réaction à la précédente annonce par le président de la prochaine organisation d'un nouveau scrutin, et sa décision de renouveler l'ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE), le dirigeant le plus radical de l'opposition, Luis Fernando Camacho, avait indiqué que Morales avait brisé l'ordre constitutionnel et devait démissionner. Il a appelé à la formation d'une "commission de gouvernement transitoire", chargée de "convoquer de nouvelles élections d'ici 60 jours maximum". Visé par des manifestants qui ont incendié sa maison à Potosi (Sud-ouest), le président de l'Assemblée nationale, Victor Borda, a démissionné, imité, selon la télévision bolivienne par une dizaine de députés. Peu après, le ministre des Mines, César Navarro, a également renoncé à son poste, disant vouloir "préserver (sa) famille" après l'incendie de sa maison et l'agression de son neveu. "Le cours des événements va à l'encontre de mes principes personnels, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques", a aussi écrit le ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, dans sa lettre de démission publiée sur Twitter. Durant la journée, plusieurs dirigeants de l'opposition avaient exhorté le chef de l'Etat à démissionner, lui aussi. M. Morales, leader indigène, au pouvoir depuis 2006, a annoncé tard dimanche sa démission après trois semaines de vives protestations contre sa réélection à un quatrième mandat, l'armée, la police et l'opposition réclamant son départ. Il faisait état d'un "coup d'Etat" qui a eu lieu. La démission de Morales a suscité une réaction internationale, dont l'ONU, et de nombreux responsables de pays latino-américains. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a fait part dimanche de sa profonde "inquiétude" face à la situation, appelant les Boliviens à s'abstenir de toute violence, et à faire preuve d'un maximum de retenue. Il les a également invités à déployer des efforts pour parvenir à un règlement pacifique de la crise en cours et au déroulement d'un nouveau scrutin transparent et crédible. Les dirigeants du Venezuela, du Nicaragua, de Cuba, ainsi que le président élu argentin Alberto Fernandez et l'ancien président brésilien Lula, ont tous dénoncé un "coup d'Etat" contre Morales. Le président du Mexique, Daniel Ortega, a lui aussi "condamné énergiquement le coup d'Etat" contre le président bolivien, exigeant "le respect de sa liberté, son intégrité physique et sa vie". Le gouvernement colombien a demandé, de son côté, une "réunion urgente" du Conseil permanent de l'Organisation des Etats américains (OEA) "afin de chercher des solutions à la complexe situation institutionnelle". Dans un communiqué de son ministère des Affaires étrangères, le Pérou a appelé au "rétablissement rapide de la coexistence pacifique entre tous les Boliviens", sur la base du respect de la Constitution et des lois, appelant à "la tenue d'élections générales avec des garanties de transparence et la supervision de l'OEA, et d'autres instances internationales". Exprimant sa "préoccupation", la Russie a par ailleurs dénoncé lundi "les violences orchestrées par l'opposition en Bolivie pour forcer Morales à la démission", estimant que le pouvoir bolivien "voulait une solution sur la base d'un dialogue politique, mais à la place, les évènements ont pris une tournure rappelant le scénario d'un coup d'Etat". La réaction du côté européen a été notée via la cheffe de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, qui a appelé lundi à son arrivée à une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles, à la "modération" et à la "responsabilité" de l'ensemble des parties afin de mener le pays "pacifiquement et dans le calme" vers de nouvelles élections crédibles.APS

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