Ahmed Ouyahia, parcours d’un politique honni

Ce mercredi 12 juin marque un tournant historique. Jamais, au cours de l’Histoire de notre jeune nation, un ancien Premier ministre n’a été malmené par la Justice et encore moins incarcéré au même titre que des détenus de droit commun. Et pourtant c’est arrivé ! Fait d’autant plus inattendu qu’il s’agit d’Ahmed Ouyahia, l’insubmersible qui a occupé à plusieurs reprises le poste de chef de gouvernement puis de Premier ministre, en 24 ans. Celui qui détient le record du premier ministre qui aura réussi à se maintenir le plus longtemps, et le seul à avoir occupé ce poste plus d’une fois. Ahmed Ouyahia qui en plus de 40 ans de carrières dans l’administration a réussi à graviter au cœur du pouvoir pendant plus de 25 ans, lorsqu’il se hisse à la fonction de directeur de cabinet de la Présidence de la République, avant d’être nommé une année plus tard par Liamine Zeroual, Chef du gouvernement. Cet énarque qui a intégré la présidence de la République en 1978  pour gravir les échelons, essuyer les revers contraires, et aller de disgrâces en réhabilitation, arrivait toujours à retomber sur ses pattes, au point de se rêver président ! Commis de l’Etat convaincu, qui disait être prêt « à faire de sa propre veste la  serpillère de l’Algérie », si on venait à le lui demandait, Ouyahia devint par la force des choses l’homme des sales besognes. On ne compte plus les « décisions impopulaires » qu’il a réussi à mettre à son actif. Les fonctionnaires, dont beaucoup sont aujourd’hui à la retraite, n’oublieront jamais la ponction autoritaire sur leur salaire décidée entre 1996 et 1998.  Que dire de la vague de privatisations-bradages qui induit la destruction de pas moins de 460.000 postes d’emploi. La colère de la population, l’ancien chef de gouvernement s’arrange pour l’alimenter en assumant complètement ses décisions. Il nargue ainsi la population en affirmant en 2008 devant l’APN, que « quand il a fallu réduire les salaires, je l’ai fait. Quand il a fallu fermer des entreprises et licencier, je l’ai fait. Je ne suis pas de ceux qui cherchent coûte que coûte à être populaires. S’il faut à nouveau prendre des mesures impopulaires, je le ferais ! »  La quintessence du mépris que le commis de l’Etat s’est toujours évertué à afficher envers les populations. Que dire du fameux incident du yaourt qui fera date, et qui fera sortir les Algériens de leurs gonds. La presse a, elle aussi, son lot de griefs à l’encontre d’Ouyahia. Celui qui permis l’emprisonnement des journalistes grâce à un amendement scélérat du code pénal qu’il a imposé lorsqu’il était ministre de la Justice (1999-2002), a également ordonné le monopole de l’Anep sur la publicité publique en 2004, dans le seul objectif d’étrangler les voix dissonantes. Ahmed Ouyahia qui a toujours voulu faire figure de moraliste intègre et incorruptible a même mené une opération mani pullit entre 1996 et 1997 qui s’est soldée par l’emprisonnement de plus de 6.000 cadres d’entreprises publiques, sans motif, juste pour s’arranger d’une conjoncture politique. Qui peut oublier les cadres de Sider, le P-DG Messaoud Chettih, cadre de valeur perdu à jamais, et surtout Mme Fadila Laouar, DRH de Sider, injustement incarcérée et morte en prison. Il est donc légitime de penser que ce qui arrive aujourd’hui est un juste retour de flamme, une question de « Karma ». Il est entendu que pour gravir les échelons et se maintenir au pouvoir aussi longtemps, il faut bien anesthésier la conscience et une bonne dose de compromission. Cette dernière a fini par perdre Ahmed Ouyahia.

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