Accord d’association avec l’UE : l’Algérie grande perdante !

L’accord d’association avec l’Union européenne est-il utile à l’économie algérienne ? La question mérite réflexion dans un contexte où les autorités algériennes songent sérieusement à réexaminer leurs rapports avec les institutions européennes. Il est d’autant plus utile de se pencher sur le bilan de la mise en œuvre de l’accord d’association avec l’Union européenne que l’année 2020 sera celle de la mise en place d’une zone de libre échange entre l’Algérie et l’UE et du démantèlement total des barrières tarifaires. Un démantèlement qui suscite l’inquiétude d’autant qu’opérateurs économiques et experts s’accordent à mettre en avant les déséquilibres de l’accord aux dépends de l’économie algérienne et qui menacent même la viabilité des opérateurs locaux. Un accord signé dans la précipitation est qui a été motivé par des raisons politiques plus qu’économiques. Car il faut bien rappeler le contexte de la signature de l’accord d’association en 2002 à Valence, en Espagne, et qui devait contribuer à sortir l’Algérie de l’isolement dans lequel la décennie noire l’avait plongée. De fait, cet accord qui n’a pas forcément été signé pour les bonnes raisons, n’allait certainement pas induire les retombées économiques et même politiques espérées. L’accord d’association devait ainsi stimuler le commerce et l’investissement entre les deux rives grâce à la libre circulation des biens, des services et des capitaux, sécuriser les approvisionnements énergétiques du marché européen et assurer un débouché au gaz algérien, et à terme, mettre la question de la libre circulation des personnes sur la table des discussions. Mais la réalité est toute autre. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association, le 1er septembre 2005, l’Union européenne a consolidé sa position de principal partenaire commercial de l’Algérie et s’accapare 60 % des échanges. Qui plus est, le déséquilibre est flagrant. Selon les évaluations publiées par différents médias, les exportations de l’union européennes vers l’Algérie ont dépassé les 220 milliards de dollars entre 2005 et 2015. L’Algérie exporte essentiellement des hydrocarbures, notamment du gaz vers l’Europe. Les hydrocarbures ne sont, bien entendu, pas concernés par les dispositions de l’accord de libre échange. Sur le plan des exportations hors-hydrocarbures, l’Algérie n’a exporté vers l’UE que l’équivalent de 14 milliards de dollars. Si certains experts estiment que cela est dû aux faibles capacités de production de l’économie algérienne, force est de constater que les Européens sont passés maîtres dans la mise en place de barrières non tarifaires pour protéger leurs marchés. En tout état de cause le démantèlement progressif des barrières tarifaires n’a en aucun cas induit le moindre avantage pour le marché algérien. Les prix des produits importés de la zone UE n’a pas baissé, mais a, au contraire, augmenté. Le phénomène des surfacturations a pris une ampleur inédite à la faveur des exonérations des droits de douanes à l’import de certains produits à partir de l’UE. Le cas des produits laitiers est en ce sens édifiant. Enfin, le démantèlement tarifaire à induit un manque à gagner en terme de recettes douanières de plus de 7 milliards de dollars entre 2005 et 2015. L'accord d'association pose également une véritable problématique dans le cadre du processus d'adhésion de l'Algérie à l'OMC et ce, en raison de la nation la plus favorisée. En d'autres termes, les avantages accordés à l'UE devront être accordés à l'ensemble des membres de l'OMC à l'instant où l'adhésion de l'Algérie à l'OMC sera actée. La mise en œuvre de l’accord d’association ne s’est pas non plus accompagnée par ce grand flux d’investissements tant espéré. Selon les chiffres d’Eurostat publiés en janvier 2017, le stock d’IDE des pays de l’Union Européenne en s’est établit à 16 milliards d'euros en 2015, soit loin derrière l’Afrique du Sud et ses 43 milliards d’euros d’IDE européens. Il faut aussi savoir que l’ensemble de l’Afrique ne capte que 3,8 % des IDE européens. Sur le plan énergétique, et bien que l’Algérie ait toujours garantit l’approvisionnement du marché européen grâce à son réseau de gazoducs, force est de constater que celui-ci ne constitue plus le débouché sûr et acquis pour le gaz algérien. En raison du surapprovisionnement en GNL Les clients Européens de la Sonatrach font pression depuis quelques mois sur la compagnie nationale pour négocier les prix et réduire la durée des contrats ce qui pousse la Sonatrach, selon les dires de son P-DG Kamel Eddine Chikhi, à investir dans le GNL dans l’objectif de diversifier ses clients. Enfin, pour ce qui est de la libre circulation des personnes, nul besoin d’ajouter que la question n’a jamais été d’actualité. Ainsi, le dialogue politique instauré dans le cadre de l’accord d’association et la politique européenne de voisinage « rénovée » en 2015, s’est toujours évertué à traiter la question de la circulation des personnes et de la migration. Cadre grâce auquel l’UE a toujours tenté de faire des ses « partenaires » du sud de la Méditerranée des centres de rétention pour les migrants, chose que l’Algérie a toujours refusé. Tout autant d’éléments qui tendent à démontrer que quelle que soit la logique, il serait de l’intérêt de l’Algérie de ne plus regarder vers ses voisins du Nord, mais de tourner le regard vers sa profondeur réelle : l’Afrique où tout est à faire.

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