CONTRIBUTION. 2e République : par où commencer ?

Et si une authentique République Algérienne Démocratique venait à naître : Que faire ? Par où commencer ? Quelles sont les urgences et comment éviter un faux départ ? 
 
Par le docteur Lies Goumiri (*)  
 
Nul ne peut s’opposer à l’histoire en marche : Le plus grand orateur, Martin Luther King  prononça un célèbre discours le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington durant la marche pour l'emploi et la liberté : « I have a dream », avant d’être assassiné en 1968 à Memphis, il n’avait que 39ans. Il restera pour nous tous, l’icône de la lutte pour la liberté, contre la discrimination et pour l’émancipation des minorités ethniques. Barack Hussein Obama n’avait alors que 2 ans et il a fallu attendre 43 ans pour qu’il devienne le 44ᵉ président des Etats-Unis.  No ! You had not a dream honorable King : Your dream has turned to reality.
 
Ces deux dernières décennies,  les revenus du pétrole et du gaz ( 800 milliard de US$)ont permis au règne du Président, sans participation citoyenne et  ni transparence, d’engager des dépenses démesurées d’infrastructures réalisées dans l’opacité, par des entreprises étrangères d’une part, d’acheter la soumission d’une grande partie de l’opposition politique d’autre part, mais aussi la paix sociale par une redistribution tout azimut vers les salariés, les jeunes désœuvrés et les familles occupant les innombrables bidonvilles autour des grandes agglomérations. En parallèle, une nouvelle oligarchie a germé et s’affiche ostensiblement aujourd’hui et qui va jusqu’à se substituer à l’exécutif. De plus, durant ces 20 dernières années, l’Etat a continué de subventionner des entreprises publiques non compétitives, de transmettre des activités industrielles et de services largement monopolisées ou financées à des Etats du golfe (Qatar et Emirats Arabes Unis),  d’attribuer à des entreprises privées complaisantes et reconnaissantes des marchés publics sur la base de relations personnelles bien plus que sur les performances et les capacités probantes. L’Algérie reste un pays vulnérable aux fluctuations mondiales des prix des hydrocarbures, ce qui lui a valu depuis 2015, un déclin économique qui vire à la crise de légitimité politique à l’issue de l’échéance   présidentielle du printemps 2019.
Nowadays, Algerians have a dream too : Si la révolte gronde dans toutes les rues des villes d’Algérie, rejetant une quelconque prolongation du règne duprésident actuel, de sa cour et de son système : Les algériens et algériennes marchent dans tout le pays pour la dignité, l'emploi et la liberté.  Aussi, en observant ce qui s’est passé ces 20 dernières années dans un grand nombre de pays du MENA mais aussi ailleurs, il est intéressant de faire un examen parallèle avec plusieurs interrogations.
En effet, si l’Algérie gagnait en 2019 son indépendance après avoir arraché son sol aux forces coloniales d’occupation en 1962, il serait légitime de se poser quelques questions :
 
1/ Que faire dans l’immédiat?
Il s’agit de garder, bien sûr, l’unité du peuple et les limites territoriales, renforcer le contrôle aux frontières, veiller à conserver nos ressources et avoirs, appliquer les textes actuels de notre constitution et adopter un mécanisme provisoire de fonctionnement des institutions et des activités socio-économiques. Tout doit continuer à fonctionner normalement en particulier les services sociaux (hôpitaux, télécommunications, les établissements scolaires et universitaires, le système productif et l’agriculture). Surtout ne pas faire comme les pays arabes, traversés par des crises profondes de régime, qui se sont totalement disloqués. Maintenir coûte que coûte le cap durant la tempête pour que le bateau Algérie ne sombre pas. Autrement dit, il faut éviter de rééditer ce qui s’est produit en Egypte, Syrie, Yémen, Libye et au Venezuela, en Ukraine et en Iran : il y a ici tous les maux les plus terrifiants notamment, la guerre civile, bombardements aériens par des forces étrangères, la famine, les massacres de minorités, l’effondrement économique, l’isolement diplomatique, l’occupation aux frontières, les pillages, les déplacements de populations, une émigration massive, une privation totale des libertés individuelles, un encadrement musclé par une police ou milice militaire, etc. En somme, une réédition de la décennie «noir» version 2, bien plus terrifiante. Attention au piège qui se referme sur nous ! Les irakiens, les libyens, les égyptiens, les syriens, les ukrainiens, les Tunisiens, ont eux aussi massivement manifesté dans les rues pour plus de liberté, de transparence et de démocratie, n’est-ce-pas ? Au final, où en sont-ils ? Qu’ont-ils gagné ? Comment s’en sortiront-ils ? Quelles erreurs ces peuples ont-ils commises ? Certains de ces pays ont été dépecés et détruits, d’autres en guerre civile durable, d’autres occupés et divisés enfin d’autres revenus à la case départ en plomb durci. Certes, nous ne pouvons pas envier leur situation actuelle. Alors, faut-il ne rien faire et accepter l’humiliation et l’oppression des systèmes et des régimesde dictatures ?
Autrement posée, la question serait : Comment réussir à se débarrasser d’une dictature ou d’un système mafieux de gouvernance sans traverser une période indéterminée de terreur et souffrance ? Pour une révolte ou révolution de velours. La bonne réponse mériterait à son auteur, le prix Nobel de la Paix.
2/ Par quelles actions commencer ?
  • Exprimer d’abord haut et avec force notre détermination et appartenance à notre chère patrie bâtie sur le principe de l’unité de la nation et l’intégrité territoriale et l’unicité du peuple et de son armée nationale populaire digne héritière de la glorieuse ALN. Une nation unie autour de valeurs républicaines, une armée nationale au service du peuple et une justice indépendante de l’exécutif et qui s’applique pour tous.
  • Se tourner résolument vers l’édification d’une république authentique basée sur des principes intangibles cités ci-dessus. Cette action ne pourra se construire avec les tenants du pouvoir actuel et tous ses soutiens. Un « dégagisme » complet devant s’opérer pour éviter la rechute qui nous guette à l’instar des expériences récentes des autre pays.
  • Refuser toute ingérence étrangère de tout bord.
  • Faire participer à cette édification, la diaspora algérienne hautement qualifiée. Des milliers d’algériens dans plusieurs continents et pays se sont soulevés pour clamer avec leurs frères et sœurs résidents leur solidarité pleine et sincère. Nous devons les inviter à reconstruire ensemble l’Algérie de demain prenant le meilleur des pays avancés et profiter de leur expérience et expertise.
  • Assurer une représentation de toute la société algérienne, dans toutes ses composantes, d’Est en Ouest et du Sud au Nord pour répondre aux aspirations des paysans, des ouvriers, des artisans, des cadres, des artistes, des intellectuels, des militaires, des forces de l’ordre, des fonctionnaires, des jeunes et des seniors, des femmes, des étudiants, des handicapés, et des sportifs.
  • Agir pacifiquement ensemble pour exprimer à la fois notre grogne et nos aspirations dans la sérénité et la dignité. Les forces de l’ordre sont nos alliés, nos protecteurs, nos camarades, nos frères tout autant que les membres de l’ANP.
3/Quelles sont les urgences pour éviter tout faux départ ?
3.1/ Ne pas user de violence envers les forces de l’ordre et de l’ANP ni même contre nos concitoyens furent-ils les tenants du pouvoir. Ceux qui ont pillé ou trahi, la nouvelle république les rattrapera.
3.2/ Élaborer et Adopter une nouvelle constitution qui sépare les pouvoirs : Législatif – Exécutif – Justice. Réduire les pouvoirs du Président de la république avec des clauses d’une révocation populaire. Une constitution qui nous protège de la dérive autoritaire d’un homme, d’un clan ou d’une idéologie islamiste extrémiste. Dans ce sens, trouver une forme de laïcité applicable à la spécificité algérienne et qui protège notre république contre toute forme d’extrémisme.
3.3/ Associer plus de femmes dans les postes de responsabilité, des organes politiques de transition et modifier aussi le code de la famille.
3.4/ Dissoudre ou renommer le FLN. La libération nationale appartient à tout le peuple algérien mais seule une minorité d’apparatchiks s’est accaparée de ce sigle pour dominer la scène politique pendant plus d’un demi siècle et profiter sans partage d’un système basé sur une économie rentière.
3.5/ Appliquer le principe de l’effet de dominos : Tous les acteurs du pouvoir politique (Ministres, députés et sénateurs), du pouvoir économique (Représentations patronales) du pouvoir social (UGTA) et du pouvoir judiciaire (conseils de la magistrature, du contrôle des élections et du conseil constitutionnel) qui ont conduit le pays durant 20 ans, sont tous ensembles Le problème de l’Algérie et donc ne peuvent en aucun cas apporter La solution pour l’Algérie.
4/ Ceux qui doivent alors mener la transition vers une république authentique.
Tous les commentateurs étrangers ne cessent de dire qu’il n’y a pas d’opposition crédible en Algérie et que ceux qui parlent au nom du peuple aujourd’hui, ont presque tous, peu ou prou, occupé des postes dans le pouvoir en place et sont donc ni audibles, ni crédibles. Le système en place a laminé l’opposition authentique puis s’est judicieusement fabriqué une opposition sur mesure de partis d’obédience islamiste ou de gauche et enfin s’est acheté une coalition politico-mafieuse pour compléter le décor du théâtre politique. En définitive, le système a érigé un clan présidentiel rapproché, entouré d’une cour d’hommes véreux « des affaires » dans un grand vide politique ou seuls des portraits géants du président, à la manière de Saddam Hussein, rappelaient qui était le grand timonier de l’Algérie. Ainsi se pose la question : Y a t-il aujourd’hui des hommes et des femmes libres patriotes pouvant représenter l’avant garde de ce fabuleux mouvement de contestation populaire et le conduire à bon port ?
Personnellement, l’image affligeante que j’ai en tête, c’est un décor de volatils charognards qui tournent dans le ciel ciblant un pouvoir agonisant. Quel contraste avec l’enthousiasme de ces centaines de milliers de jeunes algériens et algériennes que j’ai côtoyées dans les rues d’Alger,  scandant l’espoir de liberté dans une Algérie reformatée, démocratique et prospère.
 
Ce que je souhaite : Ceux qui doivent mener la transition vers une République Algérienne, ne soient surtout pas ceux qui occupent aujourd’hui l’espace dans les médias publics et les tireurs de ficelles tapis dans l’ombre.
Le « Martin Luther King » algérien,notre icône de la lutte pour la liberté et la démocratie,a été lui assassiné le 29 Juin 1992.
(*) Lies GOUMIRI est docteur d’Etat ès-sciences de l’Institut National Polytechnique de Grenoble (France) et diplômé de Sciences Po Paris. Il a occupé d’importants postes dans l’administration centrale, CEO dans plusieurs entreprises publiques et privées. Il a été associé à plusieurs missions de l’ONUDI et enfin consultant pour divers organismes et sociétés étrangères asiatiques et européennes.

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